Paracha A’haré Mot-Kedochim – à propos d’une perte financière pour l’honneur des parents | Question de la semaine | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Paracha A’haré Mot-Kedochim – à propos d’une perte financière pour l’honneur des parents

Question

Un gutten Erev Shabbos !

Il est écrit dans la paracha :
«אִישׁ אִמּוֹ וְאָבִיו תִּירָאוּ» (\"Ich imo vé-aviv tiraou\" — «Chacun doit craindre sa mère et son père»). Ces paroles sont rapportées dans le «Choulhan Aroukh», Yoré Déa, lois de l’honneur du père et de la mère, siman ר"מ, saïf 1 :

On doit être très vigilant quant à l’honneur dû à son père et à sa mère et à la crainte qu’on leur doit. Qu’est-ce que la crainte ? Il ne se tiendra pas à l’endroit qui est réservé à son père pour se tenir parmi les anciens avec ses compagnons, ni à l’endroit qui est réservé à son père pour prier ; il ne s’assiéra pas non plus à la place qui lui est réservée pour s’asseoir dans sa maison ; il ne contredira pas ses paroles et ne tranchera pas la halakha à sa place en sa présence...

La Guemara (Kiddouchin 31a) rapporte :

Les élèves ont demandé à Rav Oula : jusqu’où va la mitsva d’honorer son père et sa mère ? Il leur a répondu : allez voir ce qu’a fait un certain idolâtre à Ashkelon, du nom de Dama ben Netina. Une fois, les Sages voulurent acheter chez lui une marchandise pour soixante myriades (une somme énorme), et la clé se trouvait sous l’oreiller de son père, qui dormait, et il ne voulut pas le déranger.
...L’année suivante, le Saint béni soit-Il lui donna sa récompense : une vache rousse naquit dans son troupeau. Les Sages d’Israël vinrent chez lui ; il leur dit : je sais bien que si je vous demandais tout l’argent du monde, vous me le donneriez, mais je ne vous demande que la somme que j’ai perdue à cause de l’honneur de mon père.

Si c’est ainsi, pourquoi était-il interdit à Dama de réveiller son père ? En effet, nous tranchons que l’honneur des parents se fait aux frais du père, et non du fils.
Et, pratiquement parlant, cela signifie-t-il que, par exemple, si j’ai un magasin et que la clé se trouve chez mes parents, et qu’ils dorment, il m’est interdit de les réveiller pour prendre la clé, même si des clients arrivent pour acheter des produits ?

Réponse

Cette question est abordée par les Richonim, et leurs réponses sont tranchées lehalakha. Nous citerons donc d’abord leurs réponses, puis la halakha pratique sur ce sujet telle qu’exposée par notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita :
Les Tossafot haRoch et le Ran donnent deux réponses, et voici les paroles des Tossafot haRoch :

«Et si l’on demande : selon l’opinion que (le kiboud av) se fait aux frais du père, pourquoi ne l’ont-ils pas réveillé de son sommeil ? En effet, le fils n’est pas tenu de l’honorer à ses propres frais !
On peut répondre qu’ici c’est différent : il n’a pas subi de perte pour son père, mais il a simplement renoncé à un gain qui aurait été le sien.
On peut encore répondre que, bien qu’il ne soit pas tenu de l’honorer avec son propre argent, il lui est néanmoins interdit de lui causer de la peine pour son propre profit.»

De même, le Rama écrit que ce n’est que lorsqu’il y a une perte réelle de capital pour le fils que nous disons qu’il est dispensé de l’honneur dû au père ; mais s’il s’agit uniquement d’un manque à gagner, il doit écouter son père.

Et voici les paroles du Rama (Yoré Déa, siman ר"מ) :
«Et seulement s’il veut jeter sa bourse à la mer, lorsqu’il y a une véritable perte d’argent ; mais s’il veut seulement lui faire perdre un simple profit, il est en tout cas interdit (de l’en empêcher)» (Ran, début du premier chapitre de Kiddouchin).

Cependant, l’«Aruch haChoulhan» et le «Be’er Heitev», au nom du «Sefer ‘Hassidim», écrivent que cela ne s’applique que lorsque le père ne serait pas content et ne voudrait pas être réveillé. Et dans l’histoire de Dama ben Netina, il s’agit d’un cas où le père n’aurait pas été heureux d’être réveillé pour le gain de son fils, puisque c’était un bénéfice pour ce dernier (un père non-juif, que peut-on en attendre...). Mais si le père était heureux et voulait être réveillé, et que, dans le cas contraire, il serait peiné et dirait : pourquoi ne m’avez-vous pas réveillé ?, alors il est permis de le réveiller.
L’«Aruch haChoulhan» explique que, pour interdire de réveiller son père, il faut réunir les deux conditions mentionnées dans la réponse du Ran et des Tossafot haRoch ci-dessus : à la fois qu’il ne s’agisse que d’un manque à gagner, et aussi que le père ne souhaite pas être réveillé pour cela.
Et voici les paroles du «Be’er Heitev» et de l’«Aruch haChoulhan».
«Be’er Heitev» :

«Et il est écrit dans le “Sefer ‘Hassidim” que le cas où la clé se trouvait sous l’oreiller de son père et qu’il ne l’a pas réveillé ne concerne que lorsque le père ne souffre pas du fait qu’on ne l’ait pas réveillé ; mais si le père se réjouit grandement lorsqu’on le réveille, c’est une mitsva de le réveiller, et on le réveille pour qu’il aille à la synagogue ou pour accomplir une mitsva» (voir là-bas, siman של"ז).

«Aruch haChoulhan» :

«Et il écrit encore : et seulement s’il veut jeter sa bourse à la mer, lorsqu’il y a une perte réelle d’argent ; mais s’il veut seulement lui faire perdre un simple profit, il est en tout cas interdit. Fin de citation. Et, en vérité, c’est ainsi que le Ran écrit pour répondre à la question suivante : puisque nous tranchons que (le kiboud av) se fait aux frais du père, pourquoi la Guemara rapporte-t-elle le cas de Dama ben Netina qui a perdu un gain énorme parce qu’il ne voulait pas réveiller son père ? Et il répond par deux réponses : la première, qu’il y a une différence entre l’honneur dû (kiboud) et l’interdit de causer de la peine ; et la seconde, qu’il y a une différence entre une perte effective et un manque à gagner, car, s’agissant de la peine ou du manque à gagner, tout le monde reconnaît que cela incombe au fils. Voir là-bas.»

Mais le Rambam et le Tour ne rapportent pas cela, ce qui laisse entendre qu’ils ne partagent pas cette opinion. Et même selon le Ran, on ne peut apporter de preuve de ce récit que lorsque les deux conditions sont réunies : à la fois l’absence de gain et la peine causée, comme lorsqu’on réveille son père de son sommeil ou dans des cas semblables, comme dans l’histoire de Dama ben Netina. Et bien qu’il présente ces points comme deux réponses distinctes, malgré tout, en pratique, on ne peut déduire l’interdit que lorsqu’il y a ces deux facteurs, et, à mon humble avis, la halakha nécessite encore un examen plus approfondi.
Halakha le-maassé (en pratique) :
1. Dans l’exemple que nous avons mentionné dans la question, lorsque la clé du magasin se trouve chez les parents et qu’ils dorment.
2. Réveiller le père pour qu’il vienne prier à la synagogue.
Notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita, écrit :
Il ne faut pas réveiller le père.
Mais lorsqu’on sait que le père se réjouira d’être réveillé, il est permis de le réveiller.

Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom oumévorakh.

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