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Parachat Vayé’hi

Question

Un guten erev Chabbat !!
Béréchit 48, 18 :
« וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל אָבִיו לֹא כֵן אָבִי, כִּי זֶה הַבְּכוֹר, שִׂים יְמִינְךָ עַל רֹאשׁוֹ ».
La question se pose :
Dans la Guémara, traité Sanhédrin 81a, il est expliqué que lorsque Rabbi Yehouda n’était pas d’accord avec son père, Rabbi Ye’hezkel, il lui dit :
« Abba, ne l’enseigne pas ainsi ! » (« Aba, lo titnéyé hakhi ! »).
Et Chmouel dit alors à Rabbi Yehouda :
« Chinana, ne lui parle pas ainsi à ton père », c’est-à-dire qu’il est interdit de s’adresser à son père de cette façon.
(Et la conclusion de la Guémara, selon Rachi, est qu’il aurait dû le dire d’une manière plus douce, par exemple : « Ainsi il est écrit dans la Torah », et le père aurait compris de lui-même son erreur.)
Rachi explique que la raison de l’interdit est que lorsque l’on dit explicitement à son père qu’il se trompe, cela lui cause honte et peine.
Si c’est ainsi, comment est-il possible que Yossef ait dit à son père : « Lo kèn, avi » (« Ce n’est pas ainsi, mon père ») ? En effet, il est interdit de contredire les paroles de son père, car cela peut lui causer honte et douleur.
De plus, comment concevoir que Yossef s’adresse à son père avec l’expression « lo kèn, avi », qui semble être une forme de manque de respect envers son père ?

Réponse

Tout d’abord, expliquons l’expression que Yossef emploie : « לא כן אבי » – « ce n’est pas ainsi, mon père ».
Il est certain que le tsadik Yossef n’a pas utilisé une tournure exprimant un manque de respect envers son père.
À ce sujet, nous trouvons deux approches chez les commentateurs. La première se trouve chez le Rashbam et dans le « Da’at Zekénim miBa’alé haTossafot ».

L’explication du Rashbam et du Da’at Zekénim miBa’alé haTossafot
Yossef pensait que son père Yaakov croyait qu’il avait placé les enfants selon sa (celle de Yossef) droite et sa gauche. Or, puisque Yossef se tenait en face de Yaakov, il en résultait que les enfants se trouvaient en sens inverse par rapport à Yaakov. C’est pourquoi Yossef pensa que c’était pour cette raison que Yaakov avait croisé ses mains.
Selon cela, Yossef n’avait pas l’intention de dire à son père qu’il se trompait, mais de préciser que lui-même ne s’était pas trompé dans la disposition des enfants. Autrement dit, il disait : « Ce n’est pas comme tu penses, que je me serais trompé en les plaçant ; je les ai mis correctement, le premier-né à ta droite et le plus jeune à ta gauche ».
Voici les mots du Rashbam (Béréchit 48, 17) :
« Yossef dit à Yaakov : “Les enfants ne sont pas placés comme tu le crois, que je n’aurais pas pris soin de les amener en fonction de ta droite et de ta gauche ; au contraire, j’ai amené le premier-né à ta droite et le plus jeune à ta gauche, et c’est pourquoi tu dois plier tes mains.” »

L’explication du Panéa’h Raza
Dans le livre « Panéa’h Raza », on trouve une autre approche : dans la Torah, nous voyons que le mot « kèn » (כן) signifie « vrai », « correct », comme dans le verset : « כן בנות צלפחד דוברות » – « Les filles de Tselof’had ont bien parlé ».
Selon cela, le sens du verset est que Yossef parle sur le ton de la question et de l’étonnement : « N’ai-je pas bien fait en les plaçant ainsi ? » – et non sur le ton de la contradiction.
Voici ses mots :
« “לא כן אבי” – explication : “kèn”, comme dans “kèn dibarta”, “kèn bnot Tselof’had”, c’est-à-dire “bien, justement”. Et c’est sur le ton de l’étonnement qu’il dit : “Ne les ai-je pas bien disposés ainsi ?” »

Comment Yossef a-t-il eu le droit de contredire son père ?
Le « Tsefénat Panéa’h » sur la Torah pose cette question et répond que l’interdit de contredire les paroles de son père concerne principalement les sujets de Torah et d’étude, comme dans la Guémara mentionnée plus haut, tandis que pour les choses matérielles, ce serait permis.
Cependant, les décisionnaires discutent sur la manière de comprendre les paroles du Choul’han Aroukh (Yoré Déa, סימן 240) qui écrit qu’il est interdit de contredire son père : s’agit-il uniquement des choses spirituelles (ciel) ou également des choses matérielles ?
En pratique, le « ‘Hayé Adam » (klal 67, 8) tranche que c’est interdit dans les deux cas, et selon cela, la difficulté subsiste.
Néanmoins, on peut résoudre la question de deux façons, à la lumière des commentaires déjà cités :

1. Selon l’approche du Rashbam, Yossef craignait que son père ne bénisse le mauvais fils. Certains avis estiment même que, dans un tel cas d’erreur sur la personne, la bénédiction ne prendrait pas effet. Dans une telle situation, corriger son père d’une erreur est assurément permis, et peut-être même obligatoire.
2. Selon l’approche du Panéa’h Raza, Yossef parlait sous forme de question concernant ce que faisait son père. Le ‘Hazon Ich (Yoré Déa, סימן 149, ot 1) écrit que l’interdit consiste à contredire son père d’une manière affirmative et catégorique, mais que parler avec respect sous forme de question est permis.

On peut proposer une troisième approche :
Rachi explique plus haut que la raison de l’interdit de signaler l’erreur de son père est que cela lui cause honte et souffrance. Cela concerne les cas où le père se trompe dans un raisonnement ou une halakha. Mais lorsque le fils ne fait qu’indiquer la réalité factuelle, avec respect, il n’y a pas là de quoi causer de la honte.
Par exemple, si un père pense avoir garé sa voiture dans telle rue, et que le fils lui dit doucement et avec respect que la voiture est garée dans une autre rue, il est évident qu’il n’y a là aucun interdit. De même ici, Yossef n’a fait que clarifier la réalité avec honneur — soit parce qu’il craignait que son père ne se trompe, selon le Rashbam, soit parce que la vue de Yaakov s’était affaiblie avec l’âge. Dans un tel cas, il n’y a pas à craindre que cela lui cause honte ou peine.

Halakha pratique
Notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita, tranche que si une personne voit que son père se trompe, aussi bien dans les choses du Ciel que dans les choses matérielles, il est interdit de lui dire : « Tu t’es trompé » ; il devra plutôt lui dire : « Peut-être est-ce autrement… ».

Paroles d’encouragement sur la mitsva de Kiboud av vaèm
Concernant l’importance de la mitsva d’honorer son père et sa mère, j’ai entendu au nom de l’auteur de « Eïlet haChachar » za"tsal qu’il a dit :
Dans les générations passées, les gens vivaient en général jusqu’à cinquante ou soixante ans, alors que dans notre génération, Baroukh Hachem, beaucoup méritent une longévité remarquable.
Il expliquait que, puisque nous sommes dans l’exil d’Édom, et que ‘Essav possédait le mérite de la mitsva de Kiboud av vaèm (il honorait beaucoup ses parents), Hachem a fait que les parents vivent longtemps afin que le peuple d’Israël puisse acquérir, par le fait d’honorer ses parents, un grand mérite capable de surpasser celui d’Édom. Et c’est par ce mérite de Kiboud av vaèm que nous mériterons la délivrance complète, rapidement et de nos jours.

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