Parachat Vayetse – Voler un objet à quelqu’un pour l’empêcher de transgresser | Question de la semaine | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Parachat Vayetse – Voler un objet à quelqu’un pour l’empêcher de transgresser

Question

A guten Shabbos !

Est-il permis de voler à quelqu’un un objet qui le fait transgresser une interdiction ?

Et pourquoi Rahel a-t-elle volé les térafim à Lavan ?

 
Précision de la question : une personne possède un objet qui l’amène à transgresser des interdits. Est-il permis à une autre personne de lui voler cet objet afin de l’empêcher de commettre la transgression ?
Réponse :
Dans la paracha, il est dit (Beréchit 31, 19) : « Rahel vola les térafim qui appartenaient à son père ». Rachi explique qu’elle avait l’intention, par ce geste, de détacher son père de l’idolâtrie.
Des paroles de Rachi, il ressort qu’il serait permis de voler à autrui un objet qui le conduit à la faute. Et bien que Lavan ne fût pas juif, l’idolâtrie lui était tout de même interdite, car un non-juif aussi n’a pas le droit de servir des idoles.
La difficulté est donc la suivante : quelle est la permission de voler les biens d’autrui pour l’empêcher de pratiquer l’idolâtrie ?

Réponse

 Plusieurs explications ont été données à ce sujet :

a) Dans le livre Chvout Yaakov (Responsa, tome III, siman 38), il est écrit que, puisqu’il existe une mitsva d’éradiquer l’idolâtrie du monde, celle-ci n’a aucune valeur pécuniaire ; dès lors, il n’y a pas ici d’interdit de vol. 

b) L’Avnei Nézer (Responsa, Yoré Déa, siman 121, § 4) explique qu’il n’y a pas d’interdit de vol lorsqu’il s’agit d’une chose dont la dépossession est finalement bénéfique à celui à qui on la prend. Étant donné qu’il était bon pour Lavan de ne plus avoir de térafim afin de ne pas transgresser d’interdit, il n’y avait pas là d’interdit de vol. 
La différence entre ces deux réponses est très importante et touche de nombreux cas pratiques. Selon la première raison, il n’existe pas de permission générale de voler pour empêcher autrui de fauter ; cela ne vaut que pour un objet qu’il y a une mitsva d’extirper du monde. Selon la seconde raison, en revanche, tout objet qui entraîne une faute peut être pris afin de sauver l’autre de la transgression. 

Il reste néanmoins une difficulté commune aux deux explications : Rahel a agi conformément à la loi, alors pourquoi fut‑elle punie pour avoir volé les térafim ? Comme Yaakov l’a dit (Beréchit 31, 32) : « Celui chez qui tu trouveras tes dieux ne vivra pas. » Rachi explique que, du fait de cette malédiction, Rahel est morte en chemin. 

Sur cette question, le livre Avnei Zikaron (p. 335) rapporte une réponse intéressante au nom du Gaon Rav Nissim Karelitz zatzal : bien que le vol en soi fût permis, du fait que Yaakov Avinou se trouvait auprès de Rahel, elle n’aurait pas dû accomplir un tel acte sans prendre conseil auprès de lui. 

Dans ce contexte, le livre Otzar HaYahadout (tome I) rapporte une histoire édifiante racontée par le Gaon Rav Yaakov Moché Shurkin zatzal, élève de Maran le ‘Hafets ‘Haïm :
Lorsque le mouvement hérétique de la Haskala se répandit, les maskilim de Radin, la ville du ‘Hafets ‘Haïm, fondèrent un club culturel. On y aménagea une salle de spectacles où l’on présentait des pièces tournant en dérision les étudiants en Torah et les observants des mitsvot. À cette époque, la fille du forgeron local tomba gravement malade et les médecins désespérèrent de sa guérison. Dans sa détresse, le forgeron se tourna vers le ‘Hafets ‘Haïm et le supplia en larmes : « Rabbi, sauvez ma fille ! » Le ‘Hafets ‘Haïm lui répondit : « Si tu veux que ta fille vive, va et détruis le club de l’hérésie, et je te garantis sa guérison complète. » Le forgeron se hâta de rentrer chez lui, prit deux énormes marteaux, se rendit au club, construit comme les maisons de la bourgade en poutres de bois, leva les lourds marteaux et se mit à fracasser et démolir le bâtiment. 
Les jeunes membres du club se rassemblèrent rapidement autour de lui et protestèrent avec véhémence, proférant menaces et injures. Mais le forgeron se tourna vers eux tel une ourse endeuillée et cria : « Que celui qui s’approche sache que je lui lancerai ce lourd marteau ! » Les jeunes écervelés reculèrent, pris de peur, et il poursuivit son œuvre de destruction, brisant murs et cloisons, poutres et toit, portes et fenêtres, bancs et tables, réduisant le bâtiment en morceaux de bois. Le club de l’hérésie fut détruit et ne fut plus jamais reconstruit. 
Quelque temps plus tard, ces jeunes dévoyés s’organisèrent pour fonder une bibliothèque, où seraient introduits des livres de hérésie et des ouvrages se moquant de tout ce qui est saint, afin de détourner les lecteurs du judaïsme. 
Les élèves de la yéchiva, qui avaient entendu l’instruction de leur maître le ‘Hafets ‘Haïm concernant le club, se rassemblèrent – sans consulter leur Rav – se glissèrent dans les lieux au cœur de la nuit et mirent le feu à la bibliothèque avec tous ses livres de hérésie et de blasphème. Mais cette fois, les impies ripostèrent avec vigueur : ils appelèrent la police, soulevèrent un grand tollé, menèrent une campagne de propagande contre les « sectes en noir » qui agiraient, selon eux, contre les partisans du progrès, et organisèrent une collecte pour reconstruire la bibliothèque incendiée. En peu de temps, ils bâtirent une bibliothèque encore plus grande et plus moderne que la précédente. 
« C’est alors que j’ai compris, conclut Rav Shurkin, que même un zèle animé par la sainteté ne réussira pas s’il n’est pas accompli sur l’ordre du Rav. »

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