Parachat Ki Tetsé – au sujet de l’obligation de s’occuper des préparatifs de Chabbat
Question
A guten Erev Shabbes !
Nous savons qu’il existe une halakha concernant la restitution d’un objet perdu dans le cas d’un homme âgé pour qui cela n’est pas conforme à son honneur, comme il est écrit :
« לֹא תִרְאֶה אֶת שׁוֹר אָחִיךָ אוֹ אֶת שֵׂיוֹ נִדָּחִים וְהִתְעַלַּמְתָּ מֵהֶם, הָשֵׁב תְּשִׁיבֵם לְאָחִיךָ » — « Tu ne verras pas le taureau de ton frère ou son agneau égarés en te détournant d’eux ; tu les ramèneras assurément à ton frère. »
Rachi – Dévarim 22, 1, écrit : « Tu ne verras pas et tu te détourneras » — nos Sages ont dit : il y a des cas où tu peux te détourner, etc. Comment cela ? S’il était kohen et que le taureau se trouve dans un cimetière, ou s’il était un homme âgé et que cela n’est pas conforme à son honneur.
Question :
Que signifie « un homme âgé pour qui cela n’est pas conforme à son honneur » ? De quel honneur parle-t-on ? S’agit-il d’un talmid hakham, et cela n’est pas conforme à son honneur en raison de l’honneur de la Torah qui est en lui, ou bien s’agit-il de l’honneur de toute personne qui ressent que marcher dans la rue avec un tel objet ou avec un animal ne convient pas ?
Réponse
Avec l’aide de Dieu, j’ai trouvé que les Richonim discutent de ce point, et les propos sont rapportés dans le Chita Mekoubetset, Baba Metsia, page 30.
L’opinion du Ritva est la suivante :
« Un homme âgé pour qui cela n’est pas conforme à son honneur » : notre maître a expliqué qu’il s’agit d’un homme âgé par sa sagesse, et que cela n’est pas conforme à son honneur en raison de sa sagesse ; c’est donc au titre de l’honneur dû à sa Torah qu’il est dispensé. Mais un homme simplement âgé ou honoré dans le monde n’est pas considéré comme quelqu’un pour qui cela n’est pas conforme à son honneur ; il devra soit s’en occuper, soit en payer la valeur.
Mais le Rambam écrit, au chapitre 11 des Hilkhot Guézela va-Avéda, halakha 13, que s’il s’agissait d’un sage ou d’un homme âgé honoré. Et le Ran écrit de même plus loin.
Voici les termes du Rambam :
S’il a trouvé un sac ou un panier, s’il s’agissait d’un sage ou d’un homme âgé honoré qui n’a pas l’habitude de prendre de tels objets en main, il n’est pas tenu de s’en occuper. On évalue son intention : si ces objets avaient été les siens, aurait-il accepté de les rapporter pour lui-même ? S’il les aurait rapportés pour lui-même, il est également tenu de rapporter ceux de son prochain ; mais s’il n’aurait pas renoncé à son honneur même s’ils avaient été les siens, il n’est pas non plus tenu de rapporter ceux de son prochain.
On voit de là que cette halakha concerne toute personne : si elle n’aurait pas agi ainsi pour un objet lui appartenant, elle n’est pas non plus obligée de le soulever pour les besoins d’autrui. C’est ainsi que la halakha est tranchée dans le Choulhan Aroukh, Hoshen Michpat, siman 263.
La question se pose alors : nous avons pourtant trouvé, concernant d’autres mitsvot, par exemple les préparatifs de Chabbat, que même une personne qui, en général, ne s’occupe pas du ménage de la maison ou de la cuisine, nous tranchons qu’elle a une mitsva de s’occuper elle-même des préparatifs de Chabbat. Il est rapporté dans le Choulhan Aroukh, siman 250 :
On se lèvera tôt le vendredi matin afin de préparer les besoins de Chabbat ; et même si l’on possède plusieurs serviteurs pour le servir, on s’efforcera de préparer soi-même quelque chose pour les besoins de Chabbat afin de l’honorer. Car Rav Hisda coupait les légumes très finement ; Rabba et Rav Yossef fendaient du bois ; Rav Zeira allumait le feu ; Rav Nahman arrangeait la maison, faisait entrer les ustensiles nécessaires pour Chabbat et retirait les ustensiles de la semaine. De leur exemple chaque personne apprendra, et elle ne dira pas : « Je vais porter atteinte à mon honneur », car tel est son honneur : honorer le Chabbat.
Le Biour Halakha pose la question et y répond ainsi :
« Car tel est son honneur » — par cela, il résout la difficulté soulevée dans les responsa Havot Yaïr : comment ont-ils pu être indulgents concernant leur honneur, alors que la dignité humaine est si grande qu’elle repousse un interdit négatif de la Torah ? C’est pourquoi il dit que tel est leur honneur : s’occuper soi-même de la mitsva, et il est reconnaissable que l’on agit ainsi en l’honneur de Hachem יתברך. Et de même chez David haMelekh, paix sur lui : « וְנִקְלֹתִי עוֹד מִזֹּאת » — « je m’abaisserai encore davantage que cela », etc. Ce qui n’est pas le cas lorsque cela n’est pas reconnaissable, comme pour un homme âgé pour qui cela n’est pas conforme à son honneur dans le cas d’un objet perdu, et situations similaires, où l’honneur du talmid hakham se trouve profané par cela. C’est-à-dire que tout le monde ne sait pas qu’il est occupé à accomplir une mitsva.
De ce que nous avons appris ci-dessus, nous avons posé deux questions pratiques, de halakha lemaassé, à notre maître le Gaon Rav Amram Fried shlita :
A. Dans quelle mesure une personne doit-elle s’occuper elle-même des préparatifs nécessaires pour Chabbat ? Est-il suffisant qu’elle fasse une seule chose ?
B. En pratique, quelle est la définition du fait de se déshonorer pour accomplir une mitsva ? Est-on toujours tenu de se déshonorer soi-même, comme pour les préparatifs de Chabbat ?
Réponse de notre maître le Rav shlita :
A. Il suffit de faire une seule chose.
B. Seulement s’il est reconnaissable qu’il s’agit d’une mitsva.
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat Chalom béni.