Parachat Reeh - au sujet de la multiplication des questions lors de l’interrogatoire des témoins
Question
A guten erev Chabbat ! Chabbat Mevarekhim du mois d’Eloul, « הבא עלינו ועל כל ישראל לטובה » (« qu’il vienne sur nous et sur tout Israël pour le bien »).
Il est écrit dans la paracha, Devarim 13, 15 :
« וְדָרַשְׁתָּ וְחָקַרְתָּ וְשָׁאַלְתָּ הֵיטֵב, וְהִנֵּה אֱמֶת נָכוֹן הַדָּבָר » — « Tu rechercheras, tu examineras et tu interrogeras soigneusement ; et voici que la chose est vraie, établie. »
Rachi rapporte de la Guemara dans Sanhédrin :
« מכאן למדו שבע חקירות, מריבוי המקרא » — « De là, ils ont appris les sept interrogatoires fondamentaux, à partir de l’amplification du verset. »
Cela signifie que lorsqu’on vient interroger des témoins, on leur pose sept questions fixes concernant le moment et le lieu de l’acte, à savoir : dans quelle semaine du cycle du Yovel, en quelle année du cycle de la Chemita, en quel mois, à quelle date du mois, quel jour, à quelle heure, en quel lieu.
La question :
Dans la Michna dans Avot, il est écrit :
« שמעון בן שטח אומר: הֱוֵי מַרְבֶּה לַחֲקוֹר אֶת הָעֵדִים » — « Chimon ben Chatah dit : multiplie l’interrogatoire des témoins. »
S’il n’existe que sept questions fixes, comment est-il possible d’en ajouter encore lors de l’interrogatoire des témoins ?
Réponse
Les Richonim, à cet endroit, posent cette question. Avant de rapporter la réponse, les commentateurs relèvent que c’est précisément Chimon ben Chatah qui écrit au sujet de la nécessité de multiplier les interrogatoires des témoins, en raison d’un événement survenu avec son fils, qui fut exécuté parce que l’on n’avait pas suffisamment interrogé les témoins. L’histoire est rapportée dans Rachi, et voici ses termes :
מעשה במוכס אחד, ישראל רשע, שמת. ובו ביום מת אדם גדול בעיר, ובאו כל בני העיר ונתעסקו במטתו. וקרובי אותו מוכס הוציאו גם את מטת המוכס אחריו, וקפצו עליהם אויבים, והניחו המטות וברחו.
והיה שם תלמיד אחד שישב לו עם מטת רבו. לאחר זמן חזרו גדולי העיר לקבור את החכם, ונתחלפה להם מטתו בשל מוכס. והיה אותו תלמיד צועק ולא הועיל, וקרובי המוכס קברו את החכם.
ונצטער בו אותו תלמיד מאד: מה חטא גרם ליקבר זה בבזיון, ומה זכה אותו רשע ליקבר בכבוד גדול כזה?
נראה לו רבו בחלום ואמר לו: אל תצטער. בא ואראך בכבודי בגן עדן בכבוד גדול, ובא ואראך אותו האיש בגיהנם, וציר של פתח גיהנם סובב באזניו. אבל פעם אחת שמעתי בגנות תלמידי חכמים ולא מחיתי, ולכן נענשתי. וזה, פעם אחת הכין סעודה לשר העיר, ולא בא שר העיר, וחילקה לעניים, וזה היה שכרו.
אמר אותו תלמיד: עד מתי יהא אותו האיש נדון בדין קשה?
אמר לו: עד שימות שמעון בן שטח ויכנס תחתיו.
אמר לו: למה?
אמר לו: מפני נשים מכשפניות ישראליות שיש באשקלון, ואינו עושה בהן דין.
למחר סיפר אותו תלמיד הדברים לשמעון בן שטח. מה עשה? כינס שמונים בחורים בעלי קומה, והיה אותו היום יום גשמים. ונתן כד גדול ביד כל אחד ואחד, וקיפל טלית בתוך כל כד, ואמר להם: הזהרו בהן, שהן שמונים, ובשעה שתכנסו יגביה איש אחת מהן מן הארץ, ושוב אין מכשפות שולטות בכם. ואם לאו – לא נוכל להן.
הלך לו שמעון בן שטח לטרקלין שלהן והניח הבחורים מבחוץ. אמרו לו: מי אתה?
אמר להן: מכשף אני, ולנסותכם בכשפים באתי.
אמרו לו: ומה כשפים בידך?
אמר להן: יכולני להביא לכם שמונים בחורים עטופי טליתות נגובות, ואף על פי שהוא יום גשמים.
אמרו לו: הנראה.
יצא לחוץ ורמז להם. הוציאו הטליתות מן הכדים, ונתעטפו בהן ונכנסו. ואחז כל אחד את אחת מהן והגביהה מן הארץ, ויכלו להן, והוציאום ותלאום כולם.
ונתקנאו קרוביהן בדבר, ובאו שנים מהם וכוונו דבריהם, והעידו על בנו של שמעון בן שטח חיוב מיתה, ונגמר דינו.
וכשהיה יוצא ליסקל אמר: אם יש בי עון זה – לא תהא מיתתי כפרה לי. ואם אינו כן – תהא מיתתי כפרה על כל עונותי, וקולר תלוי בצואר עדים.
ושמעו אלו וחזרו בהם, ונתנו טעם לדבריהם מחמת שנאת הנשים. ואף על פי כן לא נפטר, משום שכיון שהגיד שוב אינו חוזר ומגיד.
Il arriva qu’un percepteur, un Juif impie, mourut. Le même jour mourut un grand homme dans la ville, et tous les habitants de la ville vinrent s’occuper de son cercueil. Les proches de ce percepteur firent également sortir le cercueil du percepteur après lui ; des ennemis se jetèrent alors sur eux, ils abandonnèrent les cercueils et s’enfuirent.
Il y avait là un élève qui resta assis auprès du cercueil de son maître. Après un certain temps, les notables de la ville revinrent pour enterrer le sage, mais son cercueil fut échangé avec celui du percepteur. Cet élève cria, mais cela ne servit à rien, et les proches du percepteur enterrèrent le sage.
Cet élève en fut très affligé : quelle faute avait provoqué que celui-ci soit enterré dans l’humiliation, et quel mérite cet impie avait-il eu pour être enterré avec un si grand honneur ?
Son maître lui apparut en rêve et lui dit : ne t’afflige pas. Viens, je vais te montrer mon honneur au Gan Eden, dans une grande dignité, et viens, je vais te montrer cet homme au Guehinam, le gond de la porte du Guehinam tournant dans ses oreilles. Mais une fois, j’ai entendu que l’on dénigrait des Talmidei Hakhamim et je n’ai pas protesté ; c’est pourquoi j’ai été puni. Quant à celui-ci, une fois, il avait préparé un repas pour le gouverneur de la ville, mais le gouverneur n’est pas venu, et il l’a distribué aux pauvres ; telle fut sa récompense.
Cet élève demanda : jusqu’à quand cet homme sera-t-il jugé avec un jugement sévère ?
Il lui répondit : jusqu’à ce que Chimon ben Chatah meure et entre à sa place.
Il lui demanda : pourquoi ?
Il lui répondit : à cause de femmes juives sorcières qui se trouvent à Ashkelon, et il ne les juge pas.
Le lendemain, cet élève raconta les choses à Chimon ben Chatah. Que fit-il ? Il rassembla quatre-vingts jeunes hommes de grande taille, et ce jour-là était un jour de pluie. Il donna une grande cruche à chacun d’eux, plia un talit dans chaque cruche, et leur dit : prenez garde à elles, car elles sont quatre-vingts ; lorsque vous entrerez, que chacun soulève l’une d’elles du sol, et alors les sorcières n’auront plus de pouvoir sur vous. Sinon, nous ne pourrons pas l’emporter sur elles.
Chimon ben Chatah se rendit dans leur salle et laissa les jeunes hommes à l’extérieur. Elles lui dirent : qui es-tu ?
Il leur répondit : je suis sorcier, et je suis venu vous mettre à l’épreuve en sorcellerie.
Elles lui dirent : quelle sorcellerie as-tu en main ?
Il leur répondit : je peux vous amener quatre-vingts jeunes hommes enveloppés de talitot secs, bien que ce soit un jour de pluie.
Elles lui dirent : montre-le-nous.
Il sortit dehors et leur fit signe. Ils sortirent les talitot des cruches, s’en enveloppèrent et entrèrent. Chacun saisit l’une d’elles et la souleva du sol ; ils purent alors les maîtriser, les firent sortir et les pendirent toutes.
Leurs proches en furent jaloux, et deux d’entre eux vinrent, accordèrent leurs déclarations, et témoignèrent contre le fils de Chimon ben Chatah de sorte qu’il soit passible de mort ; son jugement fut conclu.
Lorsqu’il sortait pour être lapidé, il dit : si j’ai cette faute en moi, que ma mort ne soit pas une expiation pour moi. Mais s’il n’en est pas ainsi, que ma mort soit une expiation pour toutes mes fautes, et que la chaîne de culpabilité soit suspendue au cou des témoins.
Ceux-ci entendirent cela, se rétractèrent et expliquèrent leurs paroles par la haine éprouvée à cause des femmes. Malgré tout, il ne fut pas acquitté, car dès lors qu’un témoin a déposé, il ne revient pas déposer de nouveau.
C’est pourquoi Chimon ben Chatah écrit qu’il faut multiplier l’interrogatoire des témoins, puisqu’il a vu quelle défaillance s’était produite.
Revenons à la question que nous avons posée : comment peut-on multiplier l’interrogatoire s’il n’y a que sept interrogatoires fixes ?
L’approche de Rabbenou Yona sur Avot :
Voici ses termes :
לעשות להם דרישה וחקירה הרבה פעמים ובזה תגלה סוד כי ברוב דברים לא יחדל פשע ומלמד תוך דבריהם אם לשקר העידו
שהגם שיש רק שבע חקירות אבל אמר שמעון בן שטח שירבה וישאל אותם שאלות אבל בישר והפוך עוד פעם ועוד פעם שאפי' שהכינו את עצמם את התשובות, אבל ע"י שישאל בכמה אופנים הם יתבלבלו ויכשלו בתשובות, ויגלו את האמת.
Il faut leur faire une dericha et une hakira à de nombreuses reprises, et par cela le secret se dévoilera, car « dans l’abondance des paroles, la faute ne manquera pas », et l’on apprendra de leurs propos s’ils ont témoigné mensongèrement.
Bien qu’il n’y ait que sept hakirot, Chimon ben Chatah a dit qu’il faut multiplier et leur poser des questions, mais de façon directe et inversée, encore et encore ; même s’ils se sont préparé les réponses, en les interrogeant de plusieurs manières, ils se troubleront et échoueront dans leurs réponses, et ils révéleront la vérité.
Et j’ai également trouvé, avec l’aide de Hachem, dans le livre de Rav Abraham Fritsol, l’un des grands rabbins d’Italie à l’époque de l’expulsion d’Espagne, qu’il explique de la même manière. Voici ses termes :
ט. ג.... ואמר לדיין שישמור דברי תורה בעניין שבע חקירות וז' דרישות שלמדו רז"ל בסנהדרין (מ, א), ביום, בשעה, במקום, ובאופנים אחרים וכו', מפסוק "ודרשת וחקרת וכו'" (דברים יג, טו). ואמר שיהיה מרבה להוסיף ולחקור אותם פעמים רבות ובחלוף דברים, בזהירות ובזריזות, שמא מתוך ריבוי החקירות פעמים רבות ובחלוף דברים שונים מתייחסים בעסק חקירת העניין ילמדו לומר השקר אם הוא אצלם, כי השקר לא יצדק בכל החלקים שיפול בו החקירה, ואמנם השקר אין לו רגלים. (רש"י א"ד דרע"ג וילקוט תורה רמז ג' ותקע"ג וזהר חכ"ב, וראה שבת קד, א).
9, 3... Et il dit au juge de garder les paroles de la Torah concernant les sept hakirot et les sept derichot que nos Sages, de mémoire bénie, ont apprises dans Sanhédrin (40a) : le jour, l’heure, le lieu et d’autres modalités, etc., à partir du verset « ודָרַשְׁתָּ וְחָקַרְתָּ וכו' » (« tu rechercheras et tu examineras, etc. ») (Devarim 13, 15). Et il dit qu’il doit multiplier les ajouts et les interroger de nombreuses fois, en variant les formulations, avec prudence et diligence, car peut-être, du fait de la multiplication des interrogatoires, à plusieurs reprises et avec différentes formulations liées à l’examen de l’affaire, ils en viendront à dire le mensonge s’il se trouve chez eux ; car le mensonge ne peut tenir dans toutes les parties sur lesquelles porte l’interrogatoire, et, en vérité, « le mensonge n’a pas de jambes ». (Rachi, Otiot deRabbi Akiva et Yalkout Torah, remez 3 et 573, et Zohar, partie 2 ; voir Chabbat 104a.)
L’approche du Meïri :
En plus des sept hakirot que nous avons mentionnées, il existe des bedikot, c’est-à-dire des questions annexes relatives à l’acte, par exemple : que portait le meurtrier ou la victime au moment des faits, était-ce un jour nuageux ou un jour clair ; pour ces questions-là, il n’y a ni mesure ni limite.
C’est pourquoi le Meïri explique que l’intention de Chimon ben Chatah porte sur les bedikot et non sur les hakirot, bien qu’il ait employé l’expression « interroger ».
Voici ses termes :
....אמר תחילה שירבה לחקור העדים ואף על פי שהחקירות ידועות הן והן שבע וכולם תלויות בזמן ובמקום כמו שביארנו בסנהדרין מ"א א' ועליהם אין להוסיף באה הנה החקירה במקום בדיקה כלו' שירבה בבדיקות היאך היה ומה היה לבוש ההורג או הנהרג וכיוצא באלו כדי לפשפש בעדותם אם נמצאו מכוונים.
...Il a d’abord dit qu’il faut multiplier l’interrogatoire des témoins. Et bien que les hakirot soient connues, qu’elles soient au nombre de sept et qu’elles dépendent toutes du temps et du lieu, comme nous l’avons expliqué dans Sanhédrin 41a, et qu’il ne faille pas y ajouter, le terme hakira vient ici à la place de bedika, c’est-à-dire qu’il faut multiplier les bedikot : comment cela s’est passé, ce que portait le meurtrier ou la victime, et autres questions semblables, afin d’examiner minutieusement leur témoignage pour voir s’ils se trouvent concordants.
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom oumevorakh et un bon mois.