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Parachat Vaet’hanan — à propos de la grandeur de la Terre d’Israël

Question

A gutn erev Shabbos !

Au début de la paracha, il est décrit comment Moché Rabbénou pria pour mériter d’entrer en Erets Israël. Le Midrach rapporte que Moché Rabbénou pria selon la valeur numérique du mot « Vaet’hanan » — 515 prières :

״וָאֶתְחַנַּן אֶל ה׳ בָּעֵת הַהִוא לֵאמֹר...אֶעְבְּרָה נָּא וְאֶרְאֶה אֶת הָאָרֶץ הַטּוֹבָה אֲשֶׁר בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן הָהָר הַטּוֹב הַזֶּה וְהַלְּבָנֹן״ — « J’implorai Hachem en ce temps-là, en disant… Que je passe donc et que je voie le bon pays qui est au-delà du Jourdain, cette bonne montagne et le Liban. » Et dans la Guemara, traité Sota (14a), Rabbi Simlaï enseigna :
« Pourquoi Moché Rabbénou désira-t-il entrer en Erets Israël ? Avait-il besoin de manger de ses fruits ? Ou d’être rassasié de sa bonté ? Mais voici ce que Moché dit : de nombreuses mitsvot ont été ordonnées à Israël et ne peuvent être accomplies qu’en Erets Israël ; que j’entre dans la Terre afin qu’elles soient toutes accomplies par moi. »

Nous voyons que l’attente principale d’entrer en Erets Israël n’était pas de manger de ses fruits ni d’être rassasié de sa bonté.

La question :
Dans la bénédiction de Mé’ein Chaloch, nous demandons :

״ובנה ירושלים עיר הקודש במהרה בימינו, והעלנו לתוכה ושמחנו בבניינה, ונאכל מפריה ונשבע מטובה, ונברכך עליה בקדושה ובטהרה״ — « Et reconstruis Jérusalem, la ville sainte, bientôt de nos jours ; fais-nous y monter et réjouis-nous par sa reconstruction ; que nous mangions de ses fruits et soyons rassasiés de sa bonté ; et que nous Te bénissions pour elle dans la sainteté et la pureté. »

Il ressort de là que nous prions pour mériter de manger des fruits d’Erets Israël. Il faut donc demander : n’est-ce pas une contradiction avec les paroles de la Guemara citées plus haut ?

Réponse

En effet, il existe à ce sujet une discussion parmi les grands Richonim, et, avec l’aide de Hachem béni soit-Il, nous présenterons les différentes approches et raisons qui expliquent cette prière que nous disons jour après jour.
Le Tour (siman 208, paragraphe 10) rapporte une controverse entre Rabbénou Yona (et le Roch, selon la version du Tour que nous avons devant nous) et le Baal Halakhot Guedolot ; telle est également la version du Rif et du Rambam — quant à savoir s’il convient de dire « que nous mangions de ses fruits et soyons rassasiés de sa bonté ». Voici ses termes :

« Certains disent : “que nous mangions de ses fruits et soyons rassasiés de sa bonté”, mais il ne faut pas le dire, car il ne convient pas de désirer la Terre pour ses fruits et sa bonté, mais seulement pour accomplir les mitsvot qui en dépendent. Et dans le Baal Halakhot Guedolot, cela figure ; mais mon maître, mon père, le Roch, zatsal, ne le disait pas. »

Et en pratique, voici les termes de la Michna Broura :

« Et réjouis-nous par sa reconstruction, et que nous mangions de ses fruits et soyons rassasiés de sa bonté  (certains ne disent pas : “que nous mangions de ses fruits et soyons rassasiés de sa bonté”) ».

Il nous faut donc comprendre le raisonnement du Baal Halakhot Guedolot.
Le Beit Yossef explique que, selon le Baal Halakhot Guedolot, la demande n’est pas que nous espérions manger des fruits doux et juteux, mais plutôt :

« Le but n’est pas la consommation elle-même, mais ce que l’on dit ensuite : “et que nous Te bénissions pour elle dans la sainteté et la pureté” — tel est le but. Seulement, comme la bénédiction vient à la suite de la consommation, on dit : “que nous mangions de ses fruits et soyons rassasiés de sa bonté”. »

Le Ba’h explique : de nos jours, lorsqu’il n’y a pas de résidence manifeste de la Chekhina, les fruits tirent leur vitalité de l’impureté de la terre :

« Et maintenant, lorsqu’ils mangent des fruits qui tirent leur vitalité de l’impureté de la terre, la Chekhina se retire, car lorsque l’impureté entre, avec la consommation des fruits, au sein des enfants d’Israël, la sainteté sort en contrepartie du sein d’Israël. »
Mais dans l’avenir :
« Lorsque le Beit Hamikdach sera reconstruit, alors la sainteté de la Terre, qui se déverse en elle depuis la sainteté de la Terre supérieure, se déversera aussi dans ses fruits, qui tirent leur vitalité de la sainteté de la Chekhina résidant au sein de la Terre. »
C’est pourquoi nous insérons dans cette bénédiction :
« Que nous mangions de ses fruits et soyons rassasiés de sa bonté, car en mangeant ses fruits, nous sommes nourris de la sainteté de la Chekhina et de sa pureté, et nous sommes rassasiés de sa bonté. »

Cependant, selon les paroles du Ba’h, une difficulté se pose à partir de la Guemara dans Sota citée plus haut, dont il ressort qu’il n’y a pas d’avantage particulier à manger les fruits de la Terre, puisque la Guemara demande : « Avait-il besoin de manger de ses fruits ? » Cela semble, à première vue, ne pas aller dans le sens des paroles du Ba’h.
Et j’ai trouvé, avec l’aide de Hachem, que l’Eliya Rabba rapporte les paroles du Ba’h mentionnées ci-dessus et pose cette question. Il précise que Moché Rabbénou, dans l’élévation de sa grandeur et de sa sainteté, n’avait pas besoin de ce niveau, et que ce n’est pas pour cela qu’il pria tant. Mais pour nous, il y a certainement une grande valeur à manger les fruits d’Erets Israël, comme nous le trouvons en plusieurs endroits dans les paroles de nos Sages, de mémoire bénie. Voici ses termes :

« Et son étonnement est lui-même étonnant : si tel est le cas, que demande la Guemara à la fin du premier chapitre de Sota [14a] : “Pourquoi Moché désira-t-il entrer en Erets Israël ? Avait-il besoin de manger de ses fruits et d’être rassasié de sa bonté ?” On pourrait pourtant répondre qu’il parlait de la sainteté !
Peut-être Moché est-il différent, car la Chekhina était constamment auprès de lui, même sans qu’il mange des fruits d’Erets Israël, comme Rachi l’explique à la fin de la paracha Behaalotekha [Bamidbar 12, 4]. C’est pourquoi le Talmud a précisé : “Avait-il besoin de manger de ses fruits…”, c’est-à-dire que Moché n’en avait pas besoin. » 

De même, dans le livre Mor Ou-Ketsia, les paroles de la Guemara sont expliquées dans cette même approche.

« Mais il est certainement correct de le dire, comme l’a écrit le Rav Beit Yossef. Et bien que nous disions : “Moché avait-il besoin de manger de ses fruits et d’être rassasié de sa bonté ?”, nous, nous en avons certainement besoin, car les fruits d’Erets Israël ajoutent force et sagesse, comme ils ont dit : “Avira de-Erets Israël ma’hkim” — l’air d’Erets Israël rend sage.
Et ce n’est pas en vain que le Talmud s’est longuement étendu sur la consommation extraordinaire de Rabbi Yo’hanan et de ses disciples lorsqu’ils mangeaient les fruits de Guinosar, ce qui paraît véritablement exagéré. Mais, à D.ieu ne plaise, ils n’ont pas voulu parler à leur détriment ; ils ont plutôt voulu faire leur éloge et l’éloge d’Erets Israël, et nous faire savoir que ses fruits donnent la vie au peuple qui y réside et ajoutent force et puissance de compréhension… C’est pourquoi ils en mangeaient beaucoup ; et, à D.ieu ne plaise, ils n’étaient ni gloutons ni gourmands. »

Halakha lemaassé : Les fruits d’Erets Israël ont une priorité dans l’ordre des bénédictions, lorsqu’il n’existe aucune autre priorité, comme cela est expliqué à la fin du feuillet Azamra Lichmekha n°233.

Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom oumevorakh.

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