Parachat Devarim — à propos de la bénédiction « Et reconstruis Jérusalem »
Question
A gutn erev Shabbos !
Cette semaine, qui est la troisième des « trois semaines de malheur », le « Shabbat ‘Hazon », avec l’aide de D.ieu, nous présenterons une question tirée de la haftara, au sujet de l’exil et de la délivrance.
Il est écrit dans la haftara :
"צִיּוֹן בְּמִשְׁפָּט תִּפָּדֶה, וְשָׁבֶיהָ בִּצְדָקָה." — « Sion sera délivrée par la justice, et ceux qui y reviennent par la charité/la droiture. »
La question :
Dans le Birkat Hamazon, certains disent : « Boné berahamav Yeroushalayim, amen » — « Celui qui reconstruit, dans Sa miséricorde, Jérusalem, amen ». Est-il correct de dire ainsi ? Pourtant il est écrit : « Sion sera délivrée par la justice », ce qui semble indiquer que Jérusalem est reconstruite par la justice et non par la miséricorde.
Réponse
En effet, cette formulation fait l’objet d’une controverse parmi les Richonim et les décisionnaires, et nous rapporterons les éléments avec l’aide de D.ieu.
La source de la formulation « Boné berahamav Yeroushalayim » se trouve dans les propos du Mordekhaï (Berakhot, siman 217), qui écrit que le Maharam disait « Boné berahamav » ; ses paroles sont rapportées dans le Beit Yossef (Ora’h ‘Haïm, siman 188).
Cependant, le Kol Bo et le Or’hot ‘Haïm (lois du Birkat Hamazon, paragraphe 49) ont écrit que ce n’est pas une formulation précise, car Jérusalem ne sera reconstruite que par la justice, comme il est dit : « Sion sera délivrée par la justice ».
Voici les termes du Beit Yossef :
« Et il conclut : “Béni sois-Tu, Hachem, qui construit Jérusalem.” Le Mordekhaï, à la fin de Berakhot (siman 217), a écrit que le Maharam disait “Boné berahamav” — “qui construit dans Sa miséricorde” ; mais le Kol Bo (siman 25) et le Or’hot ‘Haïm (lois du Birkat Hamazon, paragraphe 49) ont écrit que ce n’est pas une formulation précise, car Jérusalem ne sera reconstruite que par la justice, comme il est écrit (Yechayahou 1, 27) : “ציון במשפט תיפדה” — “Sion sera délivrée par la justice”. Et s’il a dit “berahamav”, il me semble qu’on ne le fait pas recommencer, car nous trouvons déjà, à propos de la construction du Temple, la notion de miséricorde, chez Zekharia (1, 16) : “שבתי לירושלים ברחמים, ביתי יבנה בה” — “Je suis revenu à Jérusalem avec miséricorde ; Ma maison y sera reconstruite.” »
Dans le Choulhan Aroukh (paragraphe 4), le Me’haber tranche selon l’avis du Or’hot ‘Haïm et du Kol Bo, à savoir que l’on ne dit pas « berahamav », tandis que le Rama tranche selon l’avis du Maharam, que l’on dit bien « Boné berahamav Yeroushalayim ».
Voici les termes du Choulhan Aroukh :
« La formulation de cette bénédiction... et il la conclut : “qui construit Jérusalem”.
Note : et certains disent : “qui construit, dans Sa miséricorde, Jérusalem”, et tel est l’usage. » (Mordekhaï, fin de Berakhot)
La Michna Broura (alinéa 11) explique que, selon le Rama, la raison de cette formulation est que la conclusion corresponde à l’ouverture : puisque nous commençons en disant « Ra’hem na Hachem Elokénou » — « Prends pitié, de grâce, Hachem notre D.ieu », nous terminons donc par « Boné berahamav Yeroushalayim » — « qui construit, dans Sa miséricorde, Jérusalem ».
Cependant, il reste à demander : selon le Maharam et le Rama, comment peut-on dire que Jérusalem est reconstruite par la miséricorde, alors que le verset dit : « Sion sera délivrée par la justice » ?
Le Darkei Moché (ad loc.) explique que le verset ne signifie pas que le Saint béni soit-Il délivrera Jérusalem au moyen du jugement, mais que si Israël juge avec vérité entre un homme et son prochain, par ce mérite ils obtiendront la délivrance.
Voici les termes du Darkei Moché :
« Et l’usage est conforme aux paroles du Maharam, car ce qui est écrit “sera délivrée par la justice” ne veut dire que ceci : si Israël juge un jugement vrai entre un homme et son prochain, alors Sion sera délivrée, comme il est écrit : “ושביה בצדקה” — “et ceux qui y reviennent par la charité/la droiture”. »
Et l’on peut poser, selon la méthode du Me’haber qui ne dit pas « Boné berahamav », plusieurs questions :
Le verset lui-même dit pourtant : « et ceux qui y reviennent par la charité/la droiture ». De plus, que fera-t-il du verset de Zekharia : “שבתי לירושלים ברחמים, ביתי יבנה בה” — « Je suis revenu à Jérusalem avec miséricorde ; Ma maison y sera reconstruite » ? De même, dans la prière, nous disons : « VeliYeroushalayim ir’kha berahamim tachouv » — « Et vers Jérusalem, Ta ville, reviens avec miséricorde », ainsi que : « Vete’hezena einénou bechouvkha leTsion berahamim » — « Que nos yeux voient Ton retour à Sion avec miséricorde ».
J’ai trouvé, avec l’aide de D.ieu, dans la Haggadat Beit Brisk, qu’ils rapportent au nom de Rav ‘Haïm Soloveitchik zatzal une explication merveilleuse du verset de la haftara. C’est-à-dire qu’il y a ici deux aspects.
Jérusalem elle-même sera reconstruite par la justice ; mais qui dit que chacun méritera d’être à Jérusalem ? C’est pourquoi le verset poursuit : « et ceux qui y reviennent par la charité/la droiture ». Pour que nous méritions de vivre là-bas au temps de la délivrance, dans Jérusalem reconstruite, et d’être dans le Temple, il nous faudra une grande miséricorde.
Et, semble-t-il, les paroles du Rav de Brisk sont également explicitées dans les propos du ‘Hatam Sofer sur la paracha de cette semaine (3, 22). Consultez-le, et vous en retirerez beaucoup de satisfaction.
Selon cela, on comprend très bien :
C’est précisément dans la conclusion du Birkat Hamazon, où nous mentionnons que le Saint béni soit-Il construit Jérusalem, qu’il s’agit de la construction accomplie par la justice.
Mais dans les autres prières, où nous demandons qu’Hachem construise Jérusalem prochainement, de nos jours, la demande nous concerne : que nous méritions d’être à Jérusalem avec la résidence de la Chekhina. De même, « que nos yeux voient Ton retour à Sion avec miséricorde » signifie que nous méritions de voir la délivrance, comme il est dit : “עין בעין יראו בשוב ה' ציון” — « Ils verront œil dans œil lorsque Hachem reviendra à Sion » ; et cela, assurément, dépend de la miséricorde, comme il est dit : « ...et ceux qui y reviennent par la charité/la droiture ».
Puissions-nous tous mériter la délivrance complète, et qu’Hachem transforme pour nous le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième en allégresse, en joie et en jours de fête (Zekharia 8, 19), bientôt et de nos jours.
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Shabbat Chalom ouMevorakh.