Parachat Matot-Massé — au sujet de la prière pour une personne qui va être jugée
Question
A gutn erev Chabbat !
Dans la parachat Massé, il est écrit que si quelqu’un a tué une personne par inadvertance, il doit fuir vers une ville de refuge jusqu’à la mort du Cohen Gadol. Rachi explique pourquoi cela dépend de la mort du Cohen Gadol :
"וְהֵשִׁיבוּ אֹתוֹ הָעֵדָה אֶל עִיר מִקְלָטוֹ אֲשֶׁר נָס שָׁמָּה וְיָשַׁב בָּהּ עַד מוֹת הַכֹּהֵן הַגָּדֹל אֲשֶׁר מָשַׁח אֹתוֹ בְּשֶׁמֶן הַקֹּדֶשׁ" — « L’assemblée le ramènera dans sa ville de refuge où il s’était enfui, et il y demeurera jusqu’à la mort du Cohen Gadol que l’on a oint avec l’huile sainte. »
Rachi : "לפי שהיה לו לכהן גדול להתפלל שלא תארע תקלה זו לישראל בחייו" — « Car le Cohen Gadol aurait dû prier afin qu’un tel malheur n’arrive pas à Israël de son vivant. »
La Michna, dans le traité Makot, page 11, rapporte que si le jugement du meurtrier n’a pas encore été achevé et que le Cohen Gadol est mort, puis qu’un autre a été nommé à sa place, et qu’ensuite le jugement a été rendu, le meurtrier doit rester dans la ville de refuge jusqu’à la mort du Cohen Gadol qui était en fonction au moment du verdict.
La Guemara demande : qu’aurait pu faire le second Cohen Gadol ? Il n’était pas Cohen Gadol au moment du meurtre ; il n’est donc pas pertinent de dire qu’il aurait dû « prier afin qu’un tel malheur n’arrive pas à Israël de son vivant ».
La Guemara répond :
מאי הוה ליה למעבד? היה לו לבקש רחמים שייגמר דינו לזכות ולא ביקש. — « Qu’aurait-il dû faire ? Il aurait dû demander miséricorde afin que son jugement se termine par un acquittement, et il ne l’a pas demandé. »
La question :
Comment peut-on reprocher au Cohen Gadol de ne pas avoir demandé miséricorde afin que le jugement se termine par un acquittement ? Est-il concevable de prier pour que le Sanhédrin se trompe dans le jugement et ne rende pas une décision juste ? S’il a effectivement tué un Juif, alors le droit et la justice exigent qu’il doive s’exiler dans une ville de refuge. Comment peut-on donc dire que le Cohen Gadol devait prier pour qu’il soit acquitté ?
Et, de manière pratique, est-il juste de bénir un ami ou de prier pour lui afin qu’il gagne son procès devant un tribunal civil ou un beth din, et qu’il ne soit pas condamné ? Car s’il est tenu responsable selon la loi, comment peut-on le bénir pour que le jugement se trompe et que la vérité ne soit pas révélée ?
Réponse
Nous allons d’abord, avec l’aide d’Hachem, expliquer la question tirée de la Guemara dans le traité Makot, puis nous répondrons à la question pratique que nous avons posée à ce sujet à notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita.
Il existe deux approches très intéressantes pour expliquer la Guemara dans le traité Makot 11 :
1. L’approche du Iyun Yaakov (sur le Ein Yaakov) et des responsa Techouva MéAhava.
Le Cohen Gadol devait prier que, si l’accusé était innocent, tous les juges l’acquittent ; et s’il était coupable, que la vérité apparaisse également au grand jour et que tous les juges le condamnent. Or, si c’est effectivement ce qui s’était produit, que tous l’aient condamné, il n’aurait pas été astreint à l’exil, car la halakha est (d’après Sanhédrin 17a) que si tous les juges se prononcent pour la culpabilité, on l’acquitte.
Bien que, là-bas dans la Guemara, il soit question de lois capitales, et qu’en matière de droit civil il est certain que si tous les juges le déclarent redevable, il reste redevable, il y a seulement lieu de s’interroger au sujet de la peine d’exil, car elle comporte certains aspects semblables aux lois capitales et certains aspects semblables aux lois civiles. Ainsi, d’après le Iyun Yaakov, on voit qu’en ce qui concerne cette halakha, les lois de l’exil ressemblent aux lois capitales.
Les responsa Techouva MéAhava, première partie, siman 194, rapportent cette réponse, mais se demandent effectivement si l’on peut comparer cette halakha des lois capitales aux lois civiles.
Et voici ses termes :
"אבל האי כהן מאי ה"ל למיעבד ומשני הי' לו לבקש רחמים שיגמר דינו לזכות והוא בעיני פליאה ממני דעת נשגבה אם הדין נותן שזהו חייב גלות עפ"י התורה וכי שייכה תפלת כ"ג שיהיו ב"ד מוטעין בגמר דין?
ע"כ אם כלן עונים לחיוב זכאי הוא כמו בד"נ ולכך אם דנוהו שחייב גלות ודאי יצא פס"ד עפ"י הרוב דאי חייבוהו כלם חי' יצא זכאי בדין וא"כ ע"כ המיעוט מב"ד הי' טעו בדין וה"ל לכ"ג להתפלל שלא יטעו המיעוט רק להשוות דעתם עם הרוב ואז ממ"נ מכל צד יחייבוהו כלם או יזכוהו כלם פלוני זה יצא נקי וזכאי ושפיר קאמר התלמודא דה"ל להתפלל שיצא דינו לזכות.
אמנם כ"ז אם דין גלות שוה בזה לדיני נפשות דאמרינן אם כלן מחייבין זכאי הוא אבל אי אמרינן אם כלן מחייבין אותו חייב ומשפטן משפט אחד כדיני ממונות מה הי' לו לכ"ג להתפלל ומה טיבה של תפלה זו בין שהי' חייב גלות מפי הרוב ובין מפי כלן משפט אחד ותורה אחת לחיוב עיין בזה הכ"ד חמיו הדורש ש"ת. הק' אלעזר פלעקלס". — « Mais ce Cohen, que devait-il faire ? Et l’on répond : il devait demander miséricorde afin que son jugement se termine par un acquittement. Cela me paraît étonnant : si, selon la loi de la Torah, il est passible d’exil, comment pourrait-il être question d’une prière du Cohen Gadol pour que le beth din se trompe dans le verdict ? Il faut donc nécessairement dire que si tous se prononcent pour la culpabilité, il est acquitté, comme dans les affaires capitales. C’est pourquoi, s’ils l’ont jugé passible d’exil, le verdict a certainement été rendu selon la majorité ; car si tous l’avaient déclaré coupable, il serait sorti acquitté selon la loi. Il en ressort donc nécessairement que la minorité du beth din s’est trompée dans la loi, et le Cohen Gadol aurait dû prier pour que la minorité ne se trompe pas, mais qu’elle aligne son avis sur celui de la majorité ; alors, dans tous les cas, soit tous l’auraient condamné, soit tous l’auraient acquitté, et cet homme serait sorti pur et innocent. Le Talmud dit donc bien qu’il devait prier pour que son jugement aboutisse à un acquittement. Toutefois, tout cela n’est vrai que si la loi de l’exil est, à cet égard, semblable aux lois capitales, où nous disons que si tous condamnent, il est acquitté. Mais si nous disons que, lorsque tous le condamnent, il est coupable, et que leur jugement est un jugement unique, comme en matière civile, que devait donc demander le Cohen Gadol dans sa prière, et quelle est la nature de cette prière ? Qu’il soit passible d’exil par la majorité ou par tous, le jugement est le même et la Torah est la même pour le déclarer coupable. Examine cela. Telles sont les paroles de son beau-père, qui recherche votre paix. Le petit Elazar Fleckeles. »
2. L’approche du Aroukh laNer à cet endroit.
Le reproche adressé au Cohen Gadol était qu’il aurait dû prier pour que le Saint béni soit-Il ait pitié de lui et lui pardonne ses fautes ; dès lors, il n’aurait plus eu besoin de la peine d’exil, et, par conséquent, du Ciel on aurait orienté son jugement vers l’acquittement.
Et voici ses termes :
"שיגמור דינו לזכות. אין להקשות שהרי ודאי לא נאמר שטעו הב"ד וא"כ היאך יענש הכה"ג על שלא התפלל שיטעו הדיינים?
די"ל שהרי אם הי' הקדוש ברוך הוא מוחל לחטאיו ל"צ עוד לכפרת גלות ואז באמת הי' פטור מגלות ולכן ה"ל להתפלל על זה שימחול הקדוש ברוך הוא חטא הרוצח ואז יטה מן הדין לב הדיינים לגמור דינו לזכות". — « Que son jugement se termine par un acquittement. Il ne faut pas objecter que, de toute évidence, nous ne dirons pas que le beth din s’est trompé ; dès lors, comment le Cohen Gadol pourrait-il être puni pour ne pas avoir prié afin que les juges se trompent ? On peut répondre que si le Saint béni soit-Il lui avait pardonné ses fautes, il n’aurait plus eu besoin de l’expiation de l’exil, et alors il aurait véritablement été exempté de l’exil. C’est pourquoi le Cohen Gadol devait prier pour cela : que le Saint béni soit-Il pardonne la faute du meurtrier ; alors Il aurait, selon le droit, incliné le cœur des juges à conclure son jugement par un acquittement. »
Halakha pratique :
Nous avons demandé à notre maître le Rav shlita s’il convient de prier pour quelqu’un qui a un procès contre lui.
Réponse du Rav :
On peut prier ainsi.
Comme l’a expliqué Rabbi Tsadok HaCohen de Lublin dans son livre Or Zaroua laTsadik, Midot veHanhagot, paragraphe 12, et voici ses termes : « De même, dans les jugements humains, la demande de miséricorde est utile : il est possible qu’il soit acquitté au jugement, non pas que l’on fasse dévier le jugement, mais seulement que leurs yeux soient éclairés pour voir le mérite, car en toute chose il y a un côté de mérite et un côté de culpabilité. »
(Il s’agit d’un cas où la chose n’est pas claire de manière univoque, et où il y a deux côtés à considérer dans le jugement.)
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons Chabbat Chalom ouMevorakh.