Parachat Pin’has — à propos de la lecture des sacrifices du Chabbat dans le maftir | L' éclairage Halakhique de la semaine | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Parachat Pin’has — à propos de la lecture des sacrifices du Chabbat dans le maftir

Question

A gutn Erev Chabbat !

Dans la paracha de cette semaine sont mentionnés les sacrifices que l’on apportait au Beth Hamikdach chaque jour, le Chabbat, à Roch ‘Hodech et les jours de fête, comme il est écrit : 

(9) "וּבְיוֹם הַשַּׁבָּת שְׁנֵי כְבָשִׂים בְּנֵי שָׁנָה תְּמִימִם וּשְׁנֵי עֶשְׂרֹנִים סֹלֶת מִנְחָה בְּלוּלָה בַשֶּׁמֶן וְנִסְכּוֹ" — « Et le jour du Chabbat : deux agneaux d’un an, sans défaut, et deux dixièmes de fleur de farine en oblation, pétrie avec de l’huile, et sa libation. » (10) "עֹלַת שַׁבַּת בְּשַׁבַּתּוֹ עַל עֹלַת הַתָּמִיד וְנִסְכָּהּ" — « C’est l’holocauste du Chabbat en son Chabbat, en plus de l’holocauste perpétuel et de sa libation. »  (11) "וּבְרָאשֵׁי חָדְשֵׁיכֶם תַּקְרִיבוּ עֹלָה..... " — « Et aux débuts de vos mois, vous offrirez un holocauste… ».


La question :
De même que nous lisons dans le maftir les sacrifices de Roch ‘Hodech à Roch ‘Hodech, et les sacrifices des jours de fête pendant les fêtes, pourquoi ne lisons-nous pas chaque Chabbat, dans le maftir, le passage des sacrifices du Chabbat ? Quelle est la différence entre le Chabbat, d’une part, et Roch ‘Hodech et les fêtes, d’autre part ?

Réponse

Cette question est rapportée par les Richonim, et de leurs réponses nous pouvons apprendre plusieurs enseignements nouveaux au sujet de l’institution de la lecture du maftir.
Le Da‘at Zekenim miBa‘alei HaTossafot pose cette question et propose deux réponses très intéressantes.
1.  (Cette réponse est également rapportée dans les Tossafot, Meguila 23a.) Le but de la lecture des passages des sacrifices est l’expiation. En effet, par la lecture des passages des sacrifices, le Saint béni soit-Il dit à Avraham Avinou, lors de l’Alliance entre les morceaux, qu’au temps de l’exil, lorsque nous n’avons pas la possibilité d’offrir des sacrifices, si le peuple d’Israël lit le passage des sacrifices, « Je les considérerai comme s’ils les avaient offerts devant Moi ».
Par conséquent, puisque l’essentiel de la lecture des passages des sacrifices a pour but l’expiation, cela concerne précisément les fêtes et Roch ‘Hodech, où il est mentionné que les sacrifices viennent expier. Mais pour les sacrifices du Chabbat, la notion d’expiation n’est pas mentionnée ; c’est pourquoi on ne lit pas le Chabbat le passage des sacrifices du Chabbat.
Voici les termes du Da‘at Zekenim miBa‘alei HaTossafot :

Il y a lieu de demander : pourquoi ne lisons-nous pas chaque Chabbat ce passage de « Et le jour du Chabbat », comme nous lisons à Roch ‘Hodech et lors des fêtes leurs sacrifices de moussaf ?
...Et l’on peut répondre que toutes les lectures de ces passages ont pour but l’expiation, comme nous le disons dans le traité Ta‘anit : lorsque Avraham Avinou dit : « בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה » — « À quoi saurai-je que j’en hériterai ? », c’est-à-dire : par quel mérite en hériterai-je, le Saint béni soit-Il lui dit : « קְחָה לִּי עֶגְלָה מְשֻׁלֶּשֶׁת » — « Prends-Moi une génisse de trois ans », c’est-à-dire par le mérite des sacrifices. Avraham Lui répondit : cela vaut lorsque le Beth Hamikdach existe ; mais lorsque le Beth Hamikdach n’existera plus, qu’adviendra-t-il d’eux ? Le Saint béni soit-Il lui dit : qu’ils lisent devant Moi les sacrifices, et Je les considérerai comme s’ils les avaient offerts devant Moi, et Je leur accorderai l’expiation. Or, dans tous les passages des fêtes et de Roch ‘Hodech, l’expiation y est écrite, comme il est dit : « וּשְׂעִיר עִזִּים אֶחָד לְכַפֵּר עֲלֵיכֶם » — « et un bouc en expiation pour vous » ; mais dans le passage du Chabbat, l’expiation n’est pas écrite, c’est pourquoi nous ne le lisons pas.

Le Da‘at Zekenim miBa‘alei HaTossafot propose encore une autre réponse : la source de l’institution de lire les sacrifices de Roch ‘Hodech et des fêtes est apprise du verset « אֵלֶּה מוֹעֲדֵי ה' אֲשֶׁר תִּקְרְאוּ אֹתָם בְּמוֹעֲדָם » — « Voici les temps fixés de l’Éternel que vous proclamerez en leur temps ». Il s’agit donc d’une loi propre aux fêtes, tandis que le Chabbat n’est pas appelé moed, « temps fixé », et n’est donc pas inclus dans cette institution.
Roch ‘Hodech aussi est appelé « moed », comme il est écrit : « קָרָא עָלַי מוֹעֵד לִשְׁבֹּר בַּחוּרָי » — « Il a convoqué contre moi une assemblée pour briser mes jeunes gens », ce qui fait référence à Roch ‘Hodech Av.
Voici les termes du Da‘at Zekenim miBa‘alei HaTossafot :

Autre explication : au sujet des fêtes, il est écrit : « אֵלֶּה מוֹעֲדֵי ה' אֲשֶׁר תִּקְרְאוּ אֹתָם » — « Voici les temps fixés de l’Éternel que vous proclamerez », et un verset ne sort pas de son sens simple, ce qui implique une véritable lecture de la Torah. Mais au sujet du Chabbat, il n’est pas écrit ainsi, et il n’est pas non plus appelé moed. Roch ‘Hodech, en revanche, est appelé moed, comme il est écrit : « קָרָא עָלַי מוֹעֵד » — « Il a convoqué contre moi une assemblée », etc. 

Les Tossafot dans Meguila (23a) posent également cette question et ajoutent encore deux réponses :
1. (rapporté dans la Michna Broura, siman 283:1) étant donné qu’il faut lire chaque Chabbat une haftara en rapport avec la lecture du maftir, si l’on lisait chaque Chabbat le passage des sacrifices du Chabbat, il faudrait toujours lire une haftara sur le même sujet ; ainsi, toutes les haftarot de tous les Chabbatot porteraient sur un seul et même thème.
Voici les termes des Tossafot :

Et l’on peut encore répondre : puisqu’il faut lire chaque Chabbat une haftara en rapport avec le sujet du jour ; si nous lisions le passage du Chabbat, il faudrait alors lire une haftara sur ce par quoi l’on a terminé, c’est-à-dire sur le Chabbat, et toutes les haftarot seraient donc sur un même sujet.

Les Tossafot donnent encore une autre réponse (qui fait l’objet d’une discussion, et cette réponse est rapportée dans le Choulhan Aroukh, siman 283, paragraphe 1), et les Tossafot écrivent ainsi :

La raison pour laquelle on ne sort pas deux Sifrei Torah tous les Chabbatot, afin de lire dans le second « Et le jour du Chabbat », comme on le fait à Yom Tov, semble être que ce passage ne contient que deux versets, et l’on ne lit pas dans la Torah moins de trois versets ; et l’on ne peut pas commencer dans le passage précédent ni terminer dans le passage suivant, car cela ne relèverait pas du sujet du jour.

Cela est également rapporté comme halakha dans le Choulhan Aroukh, Ora‘h ‘Haïm, lois du Chabbat, siman 283 :

« La raison pour laquelle on ne sort pas le Chabbat un second rouleau pour lire le passage des sacrifices de moussaf est qu’il ne contient que deux versets. » 

Mais le Da‘at Zekenim précité rapporte cette explication et la rejette par une forte objection : en effet, à Roch ‘Hodech aussi nous lisons le passage de « Et le jour du Chabbat », qui ne relève pas du sujet du jour ? 
 Voici les termes du Da‘at Zekenim :

Et l’on ne peut pas dire que c’est parce qu’il n’y a dans ce passage que deux versets, et que nous disons dans le traité Meguila que l’on ne commence pas un passage avec moins de trois versets. Nous aurions dû le lire et commencer au passage « Ordonne à Aharon : Mon offrande, Mon pain », comme nous commençons même à Roch ‘Hodech qui tombe un Chabbat.

J’ai trouvé, avec l’aide de D.ieu, que le Sefat Emet pose cette question (Meguila 23a) et répond que les Tossafot considèrent que le passage principal des sacrifices du Chabbat ne comporte pas trois versets, mais seulement deux ; contrairement à Roch ‘Hodech, où le passage des sacrifices de Roch ‘Hodech comporte cinq versets, et l’on peut donc instituer une lecture à partir de ce passage.
Voici les termes du Sefat Emet (traité Meguila, page 23a) :

Et ce que l’on ne sort pas deux Sifrei Torah tous les Chabbatot, etc., parce que ce n’est pas le sujet du jour, est étonnant : pourquoi le passage du sacrifice perpétuel, écrit avant le passage « Et le jour du Chabbat », est-il considéré comme ne relevant pas du sujet du jour, alors que le sacrifice perpétuel était offert chaque jour, même le Chabbat ? De plus, il est difficile de comprendre : à Roch ‘Hodech, on lit le passage « Et le jour du Chabbat », bien qu’il ne relève absolument pas du sujet du jour.
Mais on peut répondre que dans notre cas, concernant le Chabbat, c’est différent : dans le passage du jour lui-même, il n’y a que deux versets ; il n’est donc pas apte à être lu même pour une seule personne, sauf en l’associant à un autre passage. En revanche, à Roch ‘Hodech, le passage lui-même contient au moins cinq versets, et l’on peut donc y adjoindre même un élément qui ne relève pas du sujet du jour.

[Et voir chez les Ba‘alei HaTossafot, parachat Pin’has, qui ont également demandé qu’il aurait fallu commencer au passage du sacrifice perpétuel, comme nous commençons même à Roch ‘Hodech qui tombe un Chabbat ; or cela ne correspond pas à notre coutume, car lors d’un Chabbat Roch ‘Hodech nous ne commençons pas au passage du sacrifice perpétuel. Mais indépendamment de cela, la difficulté demeure : en quoi cela diffère-t-il d’un Roch ‘Hodech ordinaire, où l’on commence au passage du sacrifice perpétuel ? C’est également ce qu’a demandé le Mordekhaï plus loin, dans le chapitre Bnei Ha‘Ir ; voir là-bas] :

Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat Chalom ouMevorakh.

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