Parachat Balak — au sujet du Chéma et de la prière lorsque leur temps est en train de passer | L' éclairage Halakhique de la semaine | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Parachat Balak — au sujet du Chéma et de la prière lorsque leur temps est en train de passer

Question

A gutn erev Shabbos !

Dans la paracha de cette semaine, la parachat Balak (dont le ‘Hida explique que c’est l’acronyme de ברכה לא קללה, « bénédiction et non malédiction »), il est écrit :
Bemidbar, chapitre 24, verset 16 :

"נְאֻם שֹׁמֵעַ אִמְרֵי קֵל וְיֹדֵעַ דַּעַת עֶלְיוֹן" (« Parole de celui qui entend les paroles de D.ieu et connaît la connaissance du Très-Haut »)

Et Rachi explique :

"ויודע דעת עליון: לכוון השעה שכועס בה." (« Et connaît la connaissance du Très-Haut : il savait viser l’instant où Il se met en colère. »)

La Guemara dans Berakhot 7a explique que le moment où le Saint, béni soit-Il, se met en colère est extrêmement bref — véritablement un seul instant.

La question :
Si Bil‘am voulait maudire le peuple d’Israël précisément à cet instant de colère, comment aurait-il eu le temps de prononcer toute la malédiction en un laps de temps si court, un seul instant ?

Réponse

Cette question est rapportée par les Tosafot dans Berakhot 7a. Les Tosafot répondent de deux manières. Avec l’aide de D.ieu, nous allons expliquer s’il est possible d’apprendre une nouveauté halakhique à partir de l’une des approches des Tosafot.
Voici les termes des Tosafot :

"ואם תאמר מה היה יכול לומר בשעת רגע? יש לומר כלם, אי נמי מאחר שהיה מתחיל קללתו באותה שעה היה מזיק אפילו לאחר כן". (« Et si tu demandes : que pouvait-il dire en un instant ? On peut répondre : “כלם” — “extermine-les”. Ou bien : puisqu’il aurait commencé sa malédiction à ce moment-là, elle aurait causé du tort même par la suite. »)

Expliquons et approfondissons, avec l’aide de D.ieu, les paroles des Tosafot.
Premier enseignement — et de même cela est rapporté dans les Tosafot sur Avoda Zara 4b :
On peut dire que Bil‘am voulait dire « כלם » — « extermine-les », et Hachem l’a transformé en « מלך » — « roi », comme il est écrit : "ותרועת מלך בו" (« et l’acclamation du Roi est en lui »). 
(Dans les ouvrages de moussar et de ‘hassidout, il est expliqué qu’il ne s’agit pas seulement d’une inversion de lettres, mais d’un grand enseignement. Les initiales de כל"ם sont כבד, לב, מוח : foie, cœur, cerveau. Cela signifie que Bil‘am voulait que le foie et le cœur, lieu de résidence du mauvais penchant et des désirs, dominent le cerveau ; et que le cerveau, placé à la fin, ne serve qu’à justifier et expliquer le mode de vie et les désirs de l’homme.
Mais le Saint, béni soit-Il, l’a transformé en מל"ך : מוח, לב, כבד — cerveau, cœur, foie. À l’inverse, le cerveau et l’intellect dominent les volontés du cœur et les désirs du corps, et alors s’accomplit en eux "ותרועת מלך בו" (« et l’acclamation du Roi est en lui »).)
Mais, à première vue, on peut demander : en quoi cela aurait-il été efficace de dire « כלם », alors que Bil‘am n’avait pas mentionné qui il voulait maudire ?
Le Peta‘h Einayim rapporte cette question au nom du Ya‘arot Devach (et, en raison de cette question, le Ya‘arot Devach propose une autre réponse). Toutefois, le Peta‘h Einayim écrit que l’on peut répondre de deux façons : soit, puisque son intention portait sur le peuple d’Israël, il n’était pas nécessaire de mentionner leur nom ; soit Bil‘am veillait à voir le camp d’Israël, afin que lorsqu’il dirait « כלם », il regarde le camp d’Israël, et cela suffisait.
Voici ses termes : 

"וראיתי בספר יערות דבש ח"א דף ס"א ע"ד שכתב דהך שינויא דהתוס' אינו מתישב דלאיזה אומה יהי' דלא יש זמן להזכיר האומה שמקלל?
ולי ההדיוט נראה דלק"מ דהרי אמרינן לקמן דף ל"ד ע"א א"ר יעקב א"ר חסדא כל המבקש רחמי' על חבירו אין צריך להזכיר שמו שנאמר קל נא רפא נא לה ולא קמדכר שמה דמרים וה"נ נימא דאין צריך להזכיר שם האומה אלא שכשאומר כלם בדעתו על האומה. 
ואם נפשך לומר הכא היה מסתכל באומה ואומר כלם והא ודאי סגי. ואפשר שזה טעם שהוצרך בלק להביאו כדי שיסתכל בהם דאין זמן להזכיר שמם לפום הך שינויא דהתוס'": (« J’ai vu dans le livre Ya‘arot Devach, tome 1, page 61, colonne 4, qu’il écrit que cette réponse des Tosafot ne s’explique pas : à quelle nation cela s’appliquerait-il, puisqu’il n’y avait pas le temps de mentionner la nation qu’il maudissait ? Mais il me semble, à moi l’humble, qu’il n’y a pas de difficulté, car nous disons plus loin, page 34a : Rabbi Ya‘akov a dit au nom de Rav ‘Hisda : quiconque demande miséricorde pour son prochain n’a pas besoin de mentionner son nom, comme il est dit : “קל נא רפא נא לה” — “De grâce, D.ieu, guéris-la donc” — sans mentionner le nom de Myriam. Ici aussi, disons qu’il n’est pas nécessaire de mentionner le nom de la nation ; lorsqu’il dit “כלם”, son intention porte sur cette nation. Et si tu veux, dis : ici, il regardait la nation et disait “כלם”, et cela suffit certainement. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Balak dut l’amener afin qu’il les regarde, car il n’y avait pas le temps de mentionner leur nom selon cette réponse des Tosafot. ») 

Deuxième réponse des Tosafot :

"אי נמי מאחר שהיה מתחיל קללתו באותה שעה היה מזיק אפילו לאחר כן". (« Ou bien : puisqu’il aurait commencé sa malédiction à ce moment-là, elle aurait causé du tort même par la suite. »)

Il existe une discussion halakhique : lorsqu’une personne commence à prier avant la fin du temps imparti, mais poursuit sa prière après la fin du temps de la prière, cela est-il considéré comme une prière dite dans son temps, puisqu’elle a commencé dans le temps ? Autrement dit, dit-on que l’essentiel est de commencer la prière dans le temps ?
Le Maguen Avraham, Ora‘h ‘Haïm 110, paragraphe 1, écrit au nom du Knesset HaGuédola que si une personne voit que le temps est en train de passer, elle ne doit pas commencer la ‘Amida, puisque le temps passera au milieu ; elle doit plutôt réciter « Havinénou ». 
Cependant, le Aroukh HaChoulhan (ibid., paragraphe 5) diverge et apporte une preuve des Tosafot mentionnés : de même que, pour la malédiction de Bil‘am, s’il avait commencé pendant le moment de colère, il aurait pu continuer à maudire, comme si c’était encore le moment de colère, on voit que l’essentiel est le moment du début. Il en serait de même pour la prière : l’essentiel est de commencer avant la fin du temps.
Voici les termes du Aroukh HaChoulhan :

"ודע שיש מי שאומר דכשהשעה עוברת יתפלל הביננו [מג"א סק"א בשם כנה"ג] ומזה נראה דס"ל דאם התחיל בתפלה קודם גמר הזמן של תפלה ונמשכה עד אחר הזמן לא מקרי שהתפלל בזמנו דהא ודאי כונתו שעתה עדיין לא עבר הזמן דאל"כ מאי נ"מ ולכן ס"ל שיתפלל הביננו ויסיים בתוך הזמן אבל כל הי"ח ברכות יסיים אחר הזמן ולענ"ד נראה מתוס' ברכות [ז'. בד"ה שאלמלי] דהולכין אחר ההתחלה ואם התחיל בזמן תפלה מקרי תפלה בזמנה אף על פי שמסיימה לאחר הזמן ע"ש": (« Sache qu’il existe une opinion selon laquelle, lorsque le temps est en train de passer, on prie “Havinénou” [Maguen Avraham, paragraphe 1, au nom du Knesset HaGuédola]. Il ressort de là qu’il considère que si l’on a commencé la prière avant la fin du temps de la prière, et qu’elle s’est prolongée après le temps, cela ne s’appelle pas avoir prié en son temps ; car il est certain que son intention est que, pour l’instant, le temps n’est pas encore passé, sinon quelle différence ? C’est pourquoi il considère qu’il faut prier “Havinénou” et terminer dans le temps, tandis que les dix-huit bénédictions complètes se termineraient après le temps. Mais, selon mon humble avis, il ressort des Tosafot dans Berakhot [7a, s.v. “ché-ilmalé”] que l’on suit le début : si l’on a commencé pendant le temps de la prière, cela s’appelle une prière en son temps, même si on la termine après le temps ; voir là-bas. ») 

À première vue, on peut distinguer entre un ‘et ratson — un moment de faveur — et le temps de la prière. Concernant un moment de faveur, on voit effectivement dans les Tosafot que l’essentiel est de commencer à ce moment. Mais lorsque les Sages ont institué Cha‘harit dans un laps de temps déterminé, si l’on continue à prier après ce temps, la prière n’est pas accomplie selon son institution correcte.
Et nous voyons cela dans les paroles du Ma‘hatsit HaChékel, siman 7, au nom du Ari zal : lorsqu’un particulier récite des psaumes après la prière en communauté, il prolonge le moment de faveur qui existait pendant la prière en communauté, même ensuite lorsqu’il prie avec les Téhilim seul. Cela vaut précisément pour un moment de faveur, mais non pour le temps de la prière.
Voici les termes du Ma‘hatsit HaChékel, Ora‘h ‘Haïm, siman 6 :

"ובתשובת בית יעקב סימן קכ"ז חולק עליו וכתב ודאי אם אומרו בעשרה, דהיינו צבור, יש לאומרו קודם התפלה, אבל היחיד טוב שיאמרו אחר התפלה, והביא בשם האר"י ז"ל שההשפעה היורדת מלמעלה על ידי תפלת הצבור, כל העסק שאדם עוסק בבית הכנסת אחר התפלה, קודם שיצא מבית הכנסת, היא נכללת תוך אותה ההשפעה ועולה עמו. והביא ראיה מש"ס דברכות דף ז' ע"א שאמרינן על פסוק ואל זועם בכל יום [תהלים ז, יב], וכמה זעמו רגע וכמה רגע כמימריה. והקשה התוספות [ד"ה שאלמלי] אם כן איך רצה בלעם לקללם באותו רגע לולי שהקב"ה לא זעם כל אותן הימים, מה היה יכול לומר באותו רגע. ותירץ לחד תירוצא אם היה מתחיל לקלל בעת הזעם, אף שעבר הזעם מכל מקום גם מה שהיה מקלל אחר זה חס ושלום היה חל, כי הכל נמשך אחר ההתחלה שהיה בשעת הזעם, ואם כן כל שכן במדה טובה שהיא מרובה, כיון שתפלת צבור היא רצויה, וכמו שאמרו [שם ח, א] על פסוק ואני תפלתי לך ה' עת רצון [תהלים סט, יד], אימתי עת רצון כשהצבור מתפללים, אם כן כשהתחיל העת רצון אף גם מה שאומר אחר תפלת הצבור היא בכלל רצון אף ביחיד, כיון שהתחיל עם הצבור, ע"ש עוד": (« Dans la responsa Beit Ya‘akov, siman 127, il conteste son avis et écrit : certainement, si on le dit à dix, c’est-à-dire en communauté, il faut le dire avant la prière ; mais pour un particulier, il est préférable de le dire après la prière. Il rapporte au nom du Ari zal que l’influx qui descend d’en haut par la prière de la communauté inclut toute occupation à laquelle l’homme se consacre dans la synagogue après la prière, avant de sortir de la synagogue ; elle est incluse dans cet influx et monte avec lui. Il apporte une preuve du Talmud, Berakhot 7a, où il est dit à propos du verset : “ואל זועם בכל יום” [Téhilim 7, 12] — “Et D.ieu s’irrite chaque jour” ; combien dure Sa colère ? Un instant. Et combien dure un instant ? Le temps de prononcer un mot. Les Tosafot [s.v. “ché-ilmalé”] demandent alors : comment Bil‘am voulait-il les maudire à cet instant, si le Saint, béni soit-Il, n’avait pas retenu Sa colère tous ces jours-là ; que pouvait-il dire en cet instant ? Et l’une des réponses est : s’il avait commencé à maudire au moment de la colère, même si la colère était passée, ce qu’il aurait maudit ensuite, que D.ieu préserve, aurait tout de même pris effet, car tout suit le début qui était au moment de la colère. Si tel est le cas, à plus forte raison pour une mesure positive, qui est plus grande : puisque la prière de la communauté est agréée, comme ils ont dit [ibid. 8a] à propos du verset “ואני תפלתי לך ה' עת רצון” [Téhilim 69, 14] — “Et moi, ma prière est vers Toi, Hachem, en un temps de faveur” ; quand est-ce un temps de faveur ? Lorsque la communauté prie. Dès lors, quand le temps de faveur a commencé, même ce qu’il dit après la prière de la communauté fait partie de la faveur, même seul, puisqu’il a commencé avec la communauté ; voir là-bas davantage. »)


Pour la halakha pratique, nous avons demandé à notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita quelle est la règle à appliquer.
Réponse du Rav shlita :
En pratique, on tranche comme le Maguen Avraham, ainsi qu’il est rapporté dans la Michna Broura, siman 89, paragraphe 4, et siman 233, paragraphe 13 : il faut réciter toute la ‘Amida dans le temps imparti.
Par conséquent, si quelqu’un prie Cha‘harit et voit qu’il ne parviendra pas à réciter toute la ‘Amida avant la fin du temps de la prière, qu’il consulte « Be’azmera Lichmekha » concernant ce qu’il est possible de sauter dans la prière afin de parvenir à réciter toute la ‘Amida avant la fin du temps de la prière.
Si quelqu’un ne parviendra pas à réciter toute la ‘Amida de Cha‘harit avant ‘hatsot, qu’il ne commence pas et qu’il prie deux fois Min‘ha.
Si quelqu’un ne parviendra pas à réciter toute la ‘Amida de ‘Arvit avant l’aube, qu’il ne commence pas et qu’il prie deux fois Cha‘harit.

Au nom de toute l’équipe de Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat Chalom ouMevorakh.

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