Parachat Tazria-Metsora – à propos du tikoun d’une maison appartenant à un non-juif
Question
Un gutten Erev Shabbos.
Il est écrit dans la paracha, au sujet de la tsaraat de la maison :
(לד) "כִּי תָבֹאוּ אֶל אֶרֶץ כְּנַעַן אֲשֶׁר אֲנִי נֹתֵן לָכֶם לַאֲחֻזָּה וְנָתַתִּי נֶגַע צָרַעַת בְּבֵית אֶרֶץ אֲחֻזַּתְכֶם" (34) — «Quand vous viendrez dans le pays de Canaan que Moi Je vous donne en possession, Je mettrai une plaie de tsaraat dans une maison du pays de votre possession».
Du fait qu’il n’est pas écrit «נגע צרעת כי תהיה בבית» — «une plaie de tsaraat quand elle sera dans une maison», comme pour la plaie sur une personne «נגע צרעת כי יהיה באדם...» — «une plaie de tsaraat, quand elle sera sur un homme...», mais «וְנָתַתִּי נֶגַע צָרַעַת» — «Je mettrai une plaie de tsaraat», on comprend que c’est une annonce et une promesse. De plus, «וְנָתַתִּי» — «Je donnerai» est une expression de don, de cadeau, donc de quelque chose de positif.
En effet, Rachi explique : «C’est pour eux une bonne nouvelle que des plaies viennent sur leurs maisons, car les Emoréens avaient caché des trésors d’or dans les murs de leurs maisons pendant les quarante années où Israël se trouvait dans le désert, et grâce à la plaie on démolit la maison et on les découvre».
La question :
Si le but de la plaie est de révéler les trésors cachés et que c’est donc quelque chose de positif, quel est alors le lien avec l’impureté de la tsaraat et avec toute la procédure de purification de la maison décrite plus loin dans la paracha ?
Réponse
Avant de répondre à la question, il faut d’abord résoudre ce qui semble être une contradiction entre les Midrashim.
D’un côté, il y a le Midrash cité par Rachi, provenant de Vayikra Rabba au nom de Rabbi Shimon bar Yo’haï (torato magen lanou… hi meïrat eïnénou…).
Mais d’un autre côté, il existe un autre Midrash, qui est également rapporté par le Rambam :
Rav Houna, au nom de Rabbi Yehochoua bar Avine, et Rabbi Zekharia, gendre de Rabbi Lévi, au nom de Rabbi Lévi : Le Miséricordieux ne commence pas par frapper le corps de l’homme.
Les plaies qui viennent sur une personne apparaissent d’abord sur sa maison ; s’il revient sur ses actes (fait téchouva), la maison ne nécessite que le retrait des pierres atteintes, sinon elle doit être démolie.
Ensuite elles atteignent ses vêtements ; s’il se repent, ils nécessitent un lavage, sinon ils doivent être brûlés.
Enfin elles atteignent son corps ; s’il se repent, il devient pur, sinon il doit « habiter seul » en isolement.
Ce Midrash est cité par le Rambam, Hilkhot Toumat Tsaraat, chapitre 16, halakha 10.
Bien que le « Kiryat Sefer » y explique quelque peu différemment la finalité des trois types de plaies, il écrit :
L’homme se distingue de l’animal par trois choses : l’intellect et la parole, les vêtements et les biens. Lorsqu’il utilise ces forces de manière mauvaise, par le lachon hara (médisance), il est frappé mesure pour mesure : s’il parle mal des biens de son prochain, ce sont ses propres biens qui sont atteints, c’est‑à‑dire sa maison. S’il parle mal du corps et de l’honneur de son prochain, ce sont ses vêtements qui sont atteints. S’il parle mal de la personne elle‑même et de son intellect, c’est son propre corps qui est atteint, et il devient metsora, isolé comme un animal.
Voyez là‑bas des paroles merveilleuses : c’est ainsi qu’il explique pourquoi, dans le cas de Myriam qui avait parlé de Moché Rabbénou, les tentures de sa tente et ses vêtements n’ont pas été atteints en premier, mais elle a immédiatement été frappée sur son corps ; car elle avait parlé de sa personne, de son essence. (Même si ses propos contiennent une ‘hidouch — une nouveauté — à savoir qu’il aurait pu y avoir une plaie sur la tente de Myriam bien qu’elle ne se trouvât pas en Erets Israël ; or il ressort du Ramban et d’autres Richonim que les plaies de tsaraat ne s’appliquent que sur la terre d’Israël, ce qui demande examen.)
Quoi qu’il en soit, on voit qu’il existe deux explications au sujet des plaies des maisons : soit il s’agit d’une bonne nouvelle et d’un cadeau pour révéler aux enfants d’Israël des trésors cachés, soit il s’agit d’une punition pour le lachon hara.
En effet, le séfer « Maskil LeDavid », dans son commentaire sur Rachi, explique qu’il n’y a pas de divergence entre ces Midrashim ; tout dépend de l’époque : lors de l’entrée en Erets Israël, l’objectif était de révéler les trésors ; plus tard, lorsque le peuple d’Israël était déjà installé sur sa terre, la finalité devint une punition pour la médisance.
Voici les mots du « Maskil LeDavid » :
« Quoi qu’il en soit, au début de leur arrivée dans le pays, cela ne venait pas comme une punition mais comme une récompense, et c’est à cela que fait allusion le verset. »
D’après cela, il faut revenir à la question posée : si la finalité, en particulier au moment de l’entrée dans le pays, était de révéler les trésors, quel rapport cela a‑t‑il avec l’impureté des plaies et de la maison ?
Cette question est posée par le saint Zohar, qui répond que, puisque les Emorites étaient des idolâtres, lorsqu’ils construisaient leurs maisons, ils mentionnaient le nom de leur idole, et un esprit d’impureté reposait sur la maison. C’est pourquoi, par l’intermédiaire des plaies de la maison, le Saint, béni soit‑Il, non seulement révélait les trésors cachés des Emorites, mais purifiait aussi la maison à travers le processus décrit dans la paracha.
Voici les paroles du Zohar (Vayikra, parachat Tazria, maamar « Nigaé Batim », §147), d’après le « Perouch haSoulam » :
Celui qui sert une idole ou le « côté autre », qui n’est pas saint, dès qu’il la mentionne pendant ce service, un esprit d’impureté repose sur lui, et lorsque ce service « monte » (est accepté), il monte dans l’impureté. Les Cananéens étaient des idolâtres, tous attachés à l’esprit d’impureté par l’idolâtrie ; ils construisaient des édifices pour leurs figures et leurs abominations du côté de l’impureté, pour l’idolâtrie, et lorsqu’ils commençaient à construire, ils prononçaient certaines paroles, et dès que cela était mentionné par leur bouche, un esprit d’impureté s’attachait à l’édifice. Et lorsque leur culte montait, il montait avec l’esprit d’impureté.
Lorsque Israël est venu dans le pays, le Saint, béni soit‑Il, a voulu, pour eux, purifier et sanctifier la terre, et faire place à la Chékhina, afin qu’elle ne repose pas en un lieu impur. C’est pourquoi, par la plaie de tsaraat, on détruisait les bâtiments de bois et de pierre construits dans l’impureté.
Viens et vois : si cet acte de démolition des maisons atteintes n’avait été que pour trouver des trésors, il aurait fallu ensuite remettre les pierres en place comme auparavant et rendre la terre à son endroit. Or le verset dit : « וחלצו את האבנים » — « Ils enlèveront les pierres », et il est dit : « ועפר אחר יקח » — « Il prendra une autre terre », afin d’ôter l’esprit d’impureté ; ainsi la terre sera libérée et sanctifiée comme auparavant, et Israël se trouvera dans la sainteté, dans une demeure sainte, afin que la Chékhina repose parmi eux.
C’est pourquoi celui qui construit une maison, lorsqu’il commence à la construire, doit dire explicitement de sa bouche qu’il la construit pour le service du Saint, béni soit‑Il, car il est écrit : « הוי בונה ביתו בלא צדק » — « Malheur à celui qui bâtit sa maison sans justice ». Alors l’aide du Ciel reposera sur lui et sur sa maison, et le Saint béni soit‑Il y fera résider Sa sainteté et y appellera la paix, comme il est dit : "וידעת כי שלום אהלך ופקדת נוך ולא תחטא" — « Tu sauras que ta tente est en paix, tu visiteras ton habitation et tu ne pécheras pas ». Que signifie « ופקדת נוך » ? Les Sages l’ont expliqué : « ופקדת » signifie prononcer une parole de sa bouche au moment où l’on construit, c’est‑à‑dire dire clairement que l’on construit pour le service du Saint, béni soit‑Il, comme il a été dit. Alors il est écrit : « ולא תחטא » — « Et tu ne pécheras pas » ; sinon, le côté de l’impureté est prêt à reposer sur sa maison.
À la lumière des paroles du Zohar, nous avons demandé à notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita :
Si quelqu’un achète une maison à un non‑juif ou à un juif qui ne garde pas la Torah et les mitsvot (que le Nom ait pitié), doit‑il faire un certain « tikoun » à la maison avant d’y emménager ?
Réponse du Rav shlita : Il est bon de la repeindre (ou blanchir les murs), mais ce n’est pas une obligation.
Et s’il achète cette maison comme investissement pour la louer, le propriétaire est‑il tenu de faire ce tikoun avant de la louer ?
Réponse du Rav shlita : Ce n’est pas nécessaire.
Au nom de toute l’équipe de Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat Chalom ouMevorakh et un ‘Hodech Tov.