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Parachat Tsav – à propos de Chabbat HaGadol

Question

Un gutten Erev Shabbos.

Cette année (5786), il y a quelque chose de particulier : la date de Chabbat HaGadol tombe le 10 Nissan. C’est la même date que le tout premier Chabbat HaGadol, lorsque le peuple d’Israël se trouvait en Égypte et a risqué sa vie en prenant un agneau, qui était l’idole des Égyptiens, pour le korban Pessa’h, comme il est expliqué dans le Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm, siman 430, où il est écrit :

« Le Chabbat qui précède Pessa’h est appelé Chabbat HaGadol, à cause du miracle qui s’y est produit. »

La Michna Beroura explique en quoi consistait ce miracle, et écrit :

L’année où ils sortirent d’Égypte, le dix Nissan tomba un Chabbat, et chacun des enfants d’Israël prit un agneau pour son korban Pessa’h et l’attacha au pied de son lit, comme il est écrit : בעשור לחודש הזה ויקחו להם איש שה לבית אבות וגו' (le dixième jour de ce mois, qu’ils prennent chacun un agneau pour la maison de ses pères, etc.). Les Égyptiens virent cela et leur demandèrent : « Pourquoi faites‑vous cela ? » Ils répondirent : « Pour l’égorger en tant que korban Pessa’h, selon l’ordre qu’Hachem nous a donné. » Les dents des Égyptiens grinçaient de rage à l’idée que l’on égorgeait leur dieu, mais ils n’avaient pas le droit de leur dire quoi que ce soit. Et puisque, cette année‑là, le dixième jour du mois tomba un Chabbat, ils ont donc institué que le Chabbat qui précède toujours Pessa’h soit appelé Chabbat HaGadol.

Il ressort donc que le miracle eut lieu le 10 Nissan. Pourquoi alors a‑t‑on fixé sa commémoration spécifiquement au Chabbat, alors que, la plupart des années, celui‑ci ne tombe pas le 10 Nissan ? En quoi cela est‑il différent de toutes les autres fêtes, qui sont fixées en fonction de la date du mois et non pas en fonction du jour de la semaine où l’événement s’est produit ?

Réponse

Si vous le permettez, je voudrais d’abord partager avec vous une belle idée, dite avec humour, que j’ai entendue une fois à propos de la raison pour laquelle ce Chabbat s’appelle Chabbat HaGadol.
Ce Chabbat est généralement différent des autres Chabbatot de l’année : par exemple, nous ne mangeons pas forcément à l’endroit habituel où nous avons l’habitude de manger le Chabbat. Il arrive que nous mangions dans la cuisine ou dans un autre coin de la maison. Les aliments eux aussi ne sont pas tout à fait les mêmes : on mange parfois de la pita au lieu des hallot habituelles et délicieuses, afin qu’il ne reste pas de miettes, etc. On pourrait donc penser qu’à cause de cela, ce Chabbat est un peu « plus petit »…
C’est précisément pour cela qu’on l’appelle Chabbat HaGadol, afin de nous enseigner le contraire. Ces changements ne diminuent en rien la sainteté du Chabbat. Au contraire, la sainteté de ce Chabbat est grande, car nous y sommes occupés à la grande mitsva de la préparation à Pessa’h.
C’est pourquoi, avec l’aide d’Hachem, nous apporterons deux explications à cette question, et à travers elles nous apprendrons la grandeur de la sainteté de ce jour.
La démarche du Taz, où il est écrit :

« J’ai entendu de la bouche du rav, morénou ha-rav rabbi Moché ‘Harif, zatsal, que ce même dixième jour du mois, un autre miracle eut lieu : le Jourdain se fendit. On aurait donc pu penser que la grandeur du jour provient du miracle du Jourdain. C’est pourquoi on l’appela Chabbat HaGadol, car le jour de la montée du peuple hors du Jourdain ne fut pas un Chabbat. J’ai rapporté cela devant mon beau‑père, zatsal, et il en fit l’éloge. »

Explication de ses paroles : on a voulu que l’on sache qu’il s’agit précisément du miracle de la prise de l’agneau en Égypte, et non du miracle de la fente du Jourdain, qui eut lui aussi lieu le 10 Nissan. C’est pourquoi on a fixé ce souvenir spécifiquement au Chabbat, le jour où l’agneau fut pris avec mesirut néfech (don de soi).
L’« Aroukh HaChoul’han » objecte : qu’est‑ce que cela nous dérangerait de penser que ce grand jour rappelle aussi la fente du Jourdain ?
Il répond que, puisque les miracles d’Égypte étaient plus grands que le miracle du temps de Yéhochoua, on n’a pas voulu ajouter ici encore un souvenir de ce miracle‑là.
Et voici les mots de l’« Aroukh HaChoul’han » :

« Car le dixième jour du mois, ils montèrent hors du Jourdain, comme il est écrit dans Yéhochoua (4, 19), et l’on pourrait dire que ce souvenir est pour le miracle du Jourdain. C’est pour cela qu’on l’a fixé au Chabbat, car la sortie du Jourdain n’eut pas lieu un Chabbat (B"H). Et si tu dis : quelle importance si nous le rattachons au Jourdain ? On peut répondre que, durant ces jours, nous rattachons tout aux miracles d’Égypte, qui sont plus grands que les miracles du Jourdain. »

À première vue, ses paroles demandent encore explication : même si nous disons que les miracles d’Égypte sont plus grands que ceux du Jourdain, pourquoi ne pas mentionner également le miracle de la fente du Jourdain, en plus du miracle de la prise de l’agneau au moment de la sortie d’Égypte ?
Avec l’aide d’Hachem, j’ai trouvé une voie pour expliquer les paroles de l’« Aroukh HaChoul’han » dans la Haggada « Beit Aharon », où il écrit, d’après la Pessikta (Piska 5 – « ha’hodech hazé ») :

« Rabbi Helbo au nom de Rabbi Yo’hanan : ici, tu dis — בעשור לחודש הזה (Chemot 12, 3), et plus loin tu dis — והעם עלו מן הירדן בעשור (Yéhochoua 4, 19).
Rabbi ‘Hiya au nom de Rabbi Yo’hanan : la prise (de l’agneau) leur a tenu lieu de mérite pour le Jourdain, et sa consommation leur a tenu lieu de mérite aux jours de la manne. Et il est écrit : ואכלו את הבשר בלילה הזה (Chemot 12, 8) — («Ils mangeront la viande cette nuit‑là») — בלילה ההוא נדדה שנת המלך (Esther 6, 1) — («Cette nuit‑là, le sommeil du roi fut troublé »). »

Nous voyons donc, au contraire, qu’il ne s’agit pas de deux miracles indépendants qui se seraient produits le même jour, mais que, grâce à la mesirut néfech du peuple d’Israël, un miracle futur lui fut accordé. Grâce à la prise de l’agneau le dixième (du mois), ils méritèrent la fente du Jourdain le dixième, et grâce à la mesirut néfech avec laquelle ils mangèrent l’agneau dans la nuit du 15, ils méritèrent le miracle de Pourim — « בלילה ההוא נדדה שנת המלך » («Cette nuit‑là, le sommeil du roi fut troublé»), qui fut le début du salut du peuple d’Israël à l’époque de Mordekhaï et Esther.
Nous comprenons maintenant les paroles de l’« Aroukh HaChoul’han » : on a voulu instituer un souvenir pour ce grand jour de la prise de l’agneau, afin que l’on mesure la valeur de ce jour, car c’est grâce à la mesirut néfech manifestée ce jour‑là que des miracles se produisirent par la suite. Et si l’on avait fixé cela au 10 Nissan, nous aurions pu penser que les deux miracles sont de même niveau, et non que l’un a entraîné l’autre.
La démarche du « Pri ‘Hadach », où il est écrit :

« Malgré tout, il y a lieu de s’interroger : pourquoi n’a‑t‑on pas rattaché le miracle au dixième jour du mois, quel que soit le jour de la semaine où il tombe, et ne pas l’appeler “Grand Jour” ? Et pourquoi a‑t‑on rattaché le miracle au Chabbat précédant Pessa’h ? Peut‑être que le mérite du Chabbat les a aidés, ne serait‑ce qu’un peu, à être sauvés de la main des Égyptiens, et c’est pourquoi on a rattaché le miracle au Chabbat. »

Le « Pri ‘Hadach » explique que nous appelons précisément ce jour Chabbat HaGadol pour montrer que c’est ce jour‑là qui fut la cause du miracle, et que, par le mérite du Chabbat, nous avons été gratifiés du miracle selon lequel les Égyptiens n’ont rien fait au peuple d’Israël lorsqu’ils ont vu qu’ils prenaient leur idole pour en faire leur korban.
Dans la même ligne, le Maharal (Deracha du Maharal pour Chabbat HaGadol) ajoute que le Chabbat est un temps particulièrement propice à l’abolition de l’idolâtrie, davantage que les autres jours, car le Chabbat atteste de l’unicité d’Hachem, qu’Il est le Créateur du monde, et que les idoles sont sans aucune réalité.
Il en ressort :
Ces deux démarches nous apprennent que nous devons chérir et apprécier le jour de Chabbat HaGadol : c’est un jour de délivrances, obtenu grâce à la prise de l’agneau et à la mesirut néfech de émouna (foi) que le peuple d’Israël a manifestée à cette époque, et qui agit pour l’avenir, dans chaque génération.

Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat Chalom ouMévorakh et un Pessa’h cachère et saméa’h.

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