Parachat Beha’alotcha — au sujet de la récitation de « Vayehi Binsoa HaAron »
Question
A guten erev Shabbos !
Dans la paracha de la semaine — Beha’alotcha (5786, selon l’ordre de lecture en Erets Israël) — est mentionnée la prière que nous récitons lors de l’ouverture de l’Arche sainte, avant de sortir le Séfer Torah :
(Bamidbar 10, 35)
« וַיְהִי בִּנְסֹעַ הָאָרֹן וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה קוּמָה ה' וְיָפֻצוּ אֹיְבֶיךָ וְיָנֻסוּ מְשַׂנְאֶיךָ מִפָּנֶיךָ » — « Et lorsque l’Arche se mettait en route, Moché disait : Lève-Toi, Hachem, que Tes ennemis soient dispersés, et que ceux qui Te haïssent fuient devant Toi. »
La prière de « Vayehi binsoa » fut dite au moment de leur entrée dans le Pays, lorsque l’Arche avançait devant le peuple afin de chasser les sept nations d’Erets Israël.
Alors Moché pria : « Lève-Toi, Hachem, que Tes ennemis soient dispersés. » Rachi explique : « ceux qui sont rassemblés », c’est-à-dire ceux qui ne sont pas encore venus combattre Israël, mais qui se rassemblent et planifient comment nuire à Israël. C’est pourquoi nous prions Hachem que « qu’ils soient dispersés » : que Hachem les disperse et qu’ils ne s’unissent pas pour nuire à Israël.
Puis : « et que ceux qui Te haïssent fuient devant Toi ». Rachi explique : il s’agit des poursuivants, qui viennent déjà combattre Israël, afin que Hachem les fasse fuir et qu’ils s’enfuient devant Toi.
« Ceux qui Te haïssent », explique Rachi : ce sont ceux qui haïssent Israël, car quiconque hait Israël hait Celui qui a parlé et le monde fut.
Quel est le lien entre cette prière de protection contre les ennemis précisément au moment de l’ouverture de l’Arche sainte ? Quels ennemis et quels haineux y a-t-il dans le beit midrach, et quel rapport cela a-t-il avec la lecture de la Torah ?
Réponse
Tout d’abord, nous devons comprendre que le moment de l’ouverture de l’Arche sainte est un très grand moment de faveur divine, comme cela est expliqué dans le saint Zohar au nom de Rabbi Chimon bar Yo’haï, avant qu’il ne rapporte le texte de « Berikh Chemei » :
Chemot, parachat Vayakhel, l’enseignement « Raza deSefer Torah », paragraphe 224 :
« Rabbi Chimon a dit : Lorsque l’on sort un Séfer Torah en public pour y lire, les portes de la miséricorde céleste s’ouvrent, un éveil d’amour est suscité en haut, et l’homme doit dire ainsi... »
Et les termes du Levouch au sujet de l’ouverture de l’Arche (siman 134) sont : « Car cela tient pour nous lieu d’entrée dans le Mikdach, dans le Saint des Saints. »
Nous voyons de là que le moment de l’ouverture de l’Arche sainte est un moment très particulier pour la prière, et que c’est un temps de faveur divine dans le Ciel.
Cependant, il faut encore comprendre : pourquoi est-ce précisément ici que nous récitons la prière que Moché Rabbénou prononça pour la protection contre les ennemis d’Israël : « וַיְהִי בִּנְסֹעַ הָאָרֹן וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה קוּמָה ה׳ וְיָפֻצוּ אֹיְבֶיךָ » — « Et lorsque l’Arche se mettait en route, Moché disait : Lève-Toi, Hachem, que Tes ennemis soient dispersés » ?
En l’année 5686, lors de l’inauguration du bâtiment de la yéchiva de Gour « Sefat Emet » à Jérusalem, on fit l’honneur au chef du tribunal rabbinique de Jérusalem, Rabbi Yosef Chaim Sonnenfeld, de prendre la parole, et il posa cette question.
Rabbi Yosef Chaim Sonnenfeld expliqua un grand principe : chaque fois qu’une ouverture est faite pour une chose relevant de la sainteté, en même temps que le grand éveil de sainteté, s’éveillent également des accusations et des obstacles qui cherchent à retarder et à annuler la chose sainte qui est accomplie.
C’est pourquoi, précisément au moment où l’on ouvre l’Arche sainte, avant d’aborder le grand moment de la lecture publique de la Torah, nous prions : « Lève-Toi, Hachem, que Tes ennemis soient dispersés. » Nous demandons au Saint béni soit-Il d’écarter tous ceux qui dérangent, tous les obstacles et toutes les forces qui veulent retarder cela.
Rabbi Yosef Chaim Sonnenfeld poursuivit en disant qu’à présent, au moment de l’ouverture d’une nouvelle yéchiva, c’est une grande chose dans le Ciel ; mais en même temps, il faut beaucoup de prières afin qu’il n’y ait ni entraves ni retards, et que rien ne fasse obstacle à la réussite de la yéchiva.
À la lumière de ce qui précède, nous avons posé à notre maître le Gaon Rav Amram Fried shlita deux questions pratiques :
Premièrement, quel est exactement le moment pour dire Vayehi binsoa et Berikh Chemei : est-ce avant de sortir le Séfer Torah, ou faut-il d’abord sortir le Séfer Torah, puis dire « Vayehi binsoa haAron » ?
Et encore : y a-t-il lieu de ne pas publier ou de ne pas parler d’une mitsva ou d’une bonne action, afin de ne pas éveiller des accusations et des obstacles qui pourraient, à D.ieu ne plaise, la retarder ?
Réponse du Rav shlita :
Question 1 :
Il existe à ce sujet différents usages : faut-il le dire à l’ouverture de l’Arche ou au moment où l’on sort le Séfer Torah ; chaque endroit agira selon son usage.
Dans un endroit où il n’y a pas d’usage établi, on le dira au moment où l’on sort le Séfer Torah, comme cela ressort du Zohar (Vayakhel 206), du Séfer HaMa’hkim (prière de semaine), et des Or’hot ‘Haïm (Chabbat 56). C’est également expliqué dans Chaarei Ephraim (cha’ar 10, se’if 1), dans son livre Mateh Ephraim (siman 619), et dans les responsa Rav Pe’alim (vol. 3, Sod Yécharim, siman 8).
Quant à ceux qui ont l’usage de le dire au moment de l’ouverture de l’Arche, leur coutume a un fondement ; voir Maguen Avraham et Michna Broura (siman 282, se’if katan 1), ainsi que Kaf Ha’haïm (siman 134, se’if katan 11).
Question 2 :
Il est expliqué dans Sanhédrin (26b) que « la pensée est efficace même pour les paroles de Torah » ; c’est pourquoi il est important de ne pas trop parler, mais l’essentiel est d’agir.
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom béni.