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Parachat Chemini – à propos du ‘hessed et des bonnes middot

Question

Un guten Erev Shabbos

«וְאֵת הַחֲסִידָה הָאֲנָפָה לְמִינָהּ, וְאֶת הַדּוּכִיפַת וְאֶת הָעֲטַלֵּף» (et la ‘hassidah, l’anafah selon son espèce, la doukhifat et la chauve-souris).

Rachi explique : pourquoi cet oiseau s’appelle‑t‑il «חסידה» (‘hassidah) ? Parce qu’il fait du ‘hessed avec ses compagnes en ce qui concerne la nourriture. (La source de ces paroles se trouve dans la Guemara ‘Houlin, 63.)

Et l’on peut s’interroger à partir des Tossefot dans Baba Metsia, 40. Il y est expliqué que si quelqu’un dépose des fruits chez son ami, avec le temps il y aura une perte, car les souris mangent de ces fruits. Les ‘Hakhamim disent que cette perte est proportionnelle à la quantité de fruits déposés.
Rabbi Yo’hanan ben Nouri demande : en quoi la quantité intéresse‑t‑elle les souris ? Elles mangent jusqu’à satiété, qu’il y ait beaucoup ou peu. Donc la perte causée par les souris devrait être la même, quelle que soit la quantité.
Et les Tossafot écrivent là‑bas :

«וטעמייהו דרבנן מפרש בירושלמי: הני עכברי רשיעי נינהו; כד חמיין עיבור לא מסתייהו דאכלי, אלא קריין לחבריהון דאכלי עמהון.» («Et la raison des ‘Hakhamim est expliquée dans le Yeroushalmi : ces souris sont des réchaïm (méchants) ; lorsqu’elles voient une abondance (de nourriture), il ne leur suffit pas de manger elles‑mêmes, elles appellent leurs compagnes pour qu’elles mangent avec elles.»)

Autrement dit, les souris sont appelées «méchantes» parce que lorsqu’elles trouvent beaucoup de nourriture, elles ne se contentent pas d’en manger seules, mais elles appellent d’autres pour qu’ils se joignent à elles. C’est pourquoi, selon les ‘Hakhamim, la perte dépend effectivement de la quantité déposée.
Nous pouvons donc poser la question suivante :
N’y a‑t‑il pas ici une contradiction ? D’un côté, la ‘hassidah est appelée ainsi parce qu’elle partage sa nourriture avec ses amies ; et d’un autre côté, la souris est appelée «méchante» précisément parce qu’elle partage la nourriture qu’elle a trouvée avec d’autres ?

Réponse

À première vue, on pourrait répondre simplement que la souris est appelée «méchante» parce qu’elle prend ce qui ne lui appartient pas, et qu’en plus elle en fait profiter d’autres à partir de ce qui est volé.
Cependant, cela paraît étonnant de dire que l’oiseau (la ‘hassidah) saurait se garder de prendre de la nourriture volée et ne prendrait que de la nourriture considérée comme hefker (sans propriétaire). Au contraire, nous voyons chez Rachi à propos du sacrifice d’oiseau (‘olat ha‑’of) que l’on jette les entrailles, car les oiseaux se nourrissent de vol.

Voici les paroles de Rachi là‑bas (chap. 1, verset 16) :

«ובעוף, שנזון מן הגזל, נאמר: והשליך את המעים, שאכל מן הגזל.» («Et pour l’oiseau, qui se nourrit de vol, il est dit : “Il jettera les entrailles”, car il a mangé de ce qui est volé.»)

Dès lors, quelle est la différence entre la ‘hassidah et la souris ?
J’ai trouvé, avec l’aide d’Hachem, dans le «Imrei Emes», dans les «Likoutim», qu’il explique cette question de deux manières :
a) Il ne s’agit pas de dire que nous sachions avec certitude que la ‘hassidah prend uniquement de la nourriture réellement sans propriétaire, mais que, de manière générale, telle est l’habitude des oiseaux : ils prennent leur nourriture dans des endroits qui sont, en pratique, hefker, tandis que la souris prend principalement de la nourriture volée. (D’après cela, on peut dire que, pour le sacrifice d’oiseau, la Torah veut nous éloigner de tout soupçon de vol, c’est pourquoi on jette les entrailles.)
b) Le «Imrei Emes» za"tsal relève avec précision la formulation du Yeroushalmi mentionné : «כד חמיין עיבור וכו'», à savoir que les souris invitent leurs compagnes seulement lorsqu’il y a beaucoup de nourriture ; mais lorsqu’il n’y en a juste assez pour elles‑mêmes, elles ne partagent pas, elles mangent tout seules.

Tandis que la ‘hassidah, à son sujet il est écrit qu’elle «משתפת את חברותיה במזון» — «partage sa nourriture avec ses compagnes», c’est‑à‑dire qu’elle partage toute nourriture qu’elle possède. Voilà une véritable mesure de ‘hessed.
Et cela est souligné par les mots de Rachi dans ‘Houlin 63a :

«חסידות – מחלקת מזונותיה» («La ‘hassidout, c’est qu’elle partage sa nourriture.»), c’est‑à‑dire à partir de sa propre nourriture.

Le «Imrei Emes» za"tsal ne s’est pas contenté d’enseigner cette explication, il la vivait réellement. Le «Beit Israël» racontait que, pendant l’année 1915, durant la Première Guerre mondiale, il y eut une grande famine, y compris dans la maison du «Imrei Emes».
Et il raconta qu’à chaque fois que son père avait un morceau de pain, même petit, il le partageait avec d’autres, et en le faisant il répétait cette explication citée dans les «Likoutim» : la souris est appelée méchante parce qu’elle ne partage qu’une fois qu’elle a suffisamment pour elle‑même, tandis que la ‘hassidah est appelée ainsi parce qu’elle partage à partir de ce qu’elle a, même si c’est peu.

Sur cette base, les baalei moussar posent la question : si la ‘hassidah possède de si belles qualités, pourquoi est‑elle considérée comme un oiseau impur ? Les Richonim et le «Sefer Ha’Hinoukh» expliquent que les animaux et les oiseaux impurs sont interdits afin de nous éloigner des mauvais traits de caractère qu’ils portent, et que, en ne les mangeant pas, ces traits n’influencent pas notre cœur.
Et ils répondent : bien que la ‘hassidah partage sa nourriture, elle ne fait du ‘hessed que pour «ses compagnes», uniquement pour celles qui appartiennent à son cercle. Quant à celles qu’elle ne connaît pas, elle les ignore. C’est un mauvais trait dont nous devons nous éloigner, car le véritable ‘hessed consiste à aider toute personne qui a besoin d’aide, sans distinction.
Nous voyons de là combien il est important d’étudier les middot (qualités de caractère) et de les approfondir. Cela est particulièrement vrai en cette période de l’année, où nous nous renforçons dans tout ce qui touche aux relations «bein adam la’havéro» (entre l’homme et son prochain). Ce sont en effet les jours où sont morts les élèves de Rabbi Akiva parce qu’ils ne se témoignaient pas le respect nécessaire. Et ce Chabbat, nous commençons l’étude des Michnayot Avot, afin d’apprendre et de nous fortifier dans les bonnes middot.

Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom oumevoarakh et un été en bonne santé.

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