Chabbat Hol Hamoed Pessa'h – à propos de la consommation de kitniyot | Question de la semaine | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Chabbat Hol Hamoed Pessa'h – à propos de la consommation de kitniyot

Question

Nous mangeons de la matsa faite à partir des cinq espèces de céréales. Dans ce cas, pour les Ashkénazes, à qui il est interdit de consommer des légumineuses (kitniyot) à Pessa'h en raison d'un décret par crainte de ‘hamets provenant des cinq espèces de céréales, de la même manière que nous mangeons de la matsa faite des cinq espèces, nous pourrions aussi manger de la matsa faite de kitniyot (pas la nuit du Séder, mais pendant les autres jours de Pessa'h).
Pourquoi donc les kitniyot, dont l'interdit n'est qu'un décret rabbinique, sont‑elles interdites plus strictement que les cinq espèces de céréales elles‑mêmes ?

Réponse

Commençons par expliquer la raison du décret et la source de l'interdit des kitniyot.
La Guemara dans le traité Pessa'him (35a) écrit que seul les cinq espèces de céréales peuvent subir un processus de ‘himaoutz (levain), tandis que le riz et le millet (qui font partie des kitniyot) ne lèvent pas, mais se gâtent simplement. Voici les termes de la Guemara :

"תנא: כוסמין מין חיטין, שיבולת שועל ושיפון - מין שעורין. כוסמין - גולבא, שיפון - דישרא, שיבולת שועל - שבילי תעלא. הני - אין, אורז ודוחן - לא. מנהני מילי? אמר רבי שמעון בן לקיש, וכן תנא דבי רבי ישמעאל, וכן תנא דבי רבי אליעזר בן יעקב: אמר קרא לא תאכל עליו חמץ שבעת ימים תאכל עליו מצות דברים הבאים לידי חימוץ - אדם יוצא בהן ידי חובתו במצה, יצאו אלו (אורז ודוחן) שאין באין לידי חימוץ אלא לידי סירחון. 
המקור לאיסור קטניות הוא משני גדולי הראשונים, וכל אחד מהם גזר על הקטניות מטעם אחר. ושני הטעמים ננקטים להלכה".
(Traduction : « Le maître a enseigné : la coussimine est une espèce de blé, l’avoine et le seigle sont une espèce d’orge. Coussimine, c’est goulba, seigle, c’est dishra, avoine, c’est chevilei tala. Ceux‑là, oui (sont des espèces de céréales), le riz et le millet, non. D’où l’apprenons‑nous ? Rabbi Chim‘on ben Laqich a dit, et ainsi ont enseigné la maison de Rabbi Ichmaël et la maison de Rabbi Eliezer ben Ya‘aqov : il est dit : “לא תאכל עליו חמץ, שבעת ימים תאכל עליו מצות — Tu ne mangeras pas de ‘hamets avec lui, sept jours tu mangeras avec lui des matsot” — ce sont les choses qui peuvent arriver à un état de ‘himaoutz avec lesquelles on s’acquitte de l’obligation de matsa, à l’exclusion de celles‑ci (riz et millet) qui ne peuvent arriver au ‘himaoutz mais seulement à la putréfaction. »)

La source de l’interdit des kitniyot est rapportée par deux grands Richonim, et chacun d’eux a décrété au sujet des kitniyot pour une raison différente. Les deux raisons sont retenues en halakha.

La raison du Ritva (Pessa'him, ibid.) :
puisque l’interdit de ‘hamets à Pessa'h s’applique même dans la plus infime quantité (be‑machéhou), il est très difficile de veiller à ce qu’un grain de blé ne se mélange pas aux grains de kitniyot, et si cela arrive, tout le plat devient interdit. C’est pourquoi on a décrété de ne pas consommer de kitniyot, afin de ne pas en arriver à manger un mets contenant du ‘hamets.
Et voici les termes du Ritva :

"ומ"מ צריך להזהר מאד שהרי נמצא עם האורז ממין הכוסמין תמיד ואם נשאר שם אפי' גרגיר אחד נמצא שנאסר הכל בבשולו במשהו, ולכן צריך לבדוק אותו פעם אחר פעם בעיון גדול, דהא לאו אחזוקי איסורא הוא כיון דמילתא דשכיחא טובא, והרבה מן החסידים נמנעו מלאכול מהם בפסח מבושלים מפני ערבובים שעולה עמהם, גם זה להרי"ט ז"ל".
(Traduction : « Néanmoins, il faut être très vigilant, car on trouve presque toujours avec le riz des grains de coussimine, et s’il reste là ne serait‑ce qu’un seul grain, tout le plat sera interdit dans la cuisson à cause du ‘hamets, même en quantité minime. C’est pourquoi il faut le vérifier plusieurs fois avec une grande attention. Et ce n’est pas considéré comme une présomption d’interdit, car ce mélange est très fréquent. De nombreux ‘hassidim se sont abstenus de manger ces choses cuites à Pessa'h à cause des mélanges qui montent avec elles. »)

La raison du Mordekhaï (siman 588) :
pas en raison d’un risque de ‘himaoutz, mais parce que les mets ou le pain préparés à partir de kitniyot ressemblent à ceux faits des cinq espèces de céréales, et l’on craint que les gens en viennent à penser que les mets ou le pain de ‘hamets sont permis.
Voici les mots du Mordekhaï :

"....נראה לי לקיים המנהג ולאסור כל קטניות בפסח, ולא מטעם חימוץ, כי טעות הוא בידם כדפרישית, אלא משום גזירה הוא, דכיוון דקטניות מעשה קדרה היא ודגן נמי מעשה קדרה הוא כדייסא, אי הוה שרינן קטניות דילמא אתי לאחלופי בהו להתיר דייסא, דהא אידי ואידי מעשה קדרה נינהו. וגם יש מקומות שרגילין לעשות מהן פת כמו מחמשת המינין, ולכך אתי לאחלופי לאותן שאינן בני תורה".
(Traduction : « Il me semble juste de maintenir la coutume et d’interdire toutes les kitniyot à Pessa'h, non parce qu’elles deviennent ‘hamets — c’est une erreur, comme je l’ai expliqué — mais en tant que décret. En effet, les kitniyot servent à préparer un plat en marmite, et les céréales aussi servent à préparer un plat en marmite, comme une bouillie ; si nous permettions les kitniyot, on pourrait en venir à permettre également la bouillie de céréales, car l’un et l’autre sont des plats de marmite. De plus, il y a des endroits où l’on a l’habitude de faire avec elles du pain comme avec les cinq espèces, et l’on risquerait donc de confondre, surtout pour ceux qui ne sont pas des gens de Torah. »)

La « Michna Broura » (siman 453, §7) rapporte ces deux raisons comme faisant autorité en halakha.

Revenons maintenant à notre question. D’après ces deux raisons, il semblerait qu’on puisse faire des matsot de kitniyot, en les cuisant dans les dix‑huit minutes, de sorte qu’elles ressemblent à des matsot ordinaires, et la crainte du Mordekhaï ne s’appliquerait pas. Même si un grain de blé s’y mélange, selon le Ritva il n’y aurait pas non plus de risque de ‘himaoutz, puisque la matsa est cuite en moins de dix‑huit minutes. Pourquoi cela serait‑il alors interdit ?

Effectivement, nous trouvons dans le « ‘Hayei Adam » (klal 127) qu’il écrit qu’il est permis de manger des matsot faites de kitniyot (pendant les autres jours de Pessa'h). Voici ses mots : 

"אבל מותר לטחון ולאפותה כעין מצות ולאכלה." 
(Traduction : « Mais il est permis de les moudre, de les cuire comme des matsot et de les manger. »)

Notre maître le Gaon Rav Amram Fried shlita explique :

"אולם למעשה אין להקל לעשות מצה מקטניות, והטעם כי לאנשים קשה להבין את החילוק בין קטניות למצת קטניות, לכן נהגו איסור אף במצת קטניות, כמו שכתוב בשו"ת 'שואל ומשיב' חלק א' סימן קע"ה (דף סג'), שאין להקל כמו החיי אדם כיוון שנהגו איסור בדבר ועיין שם עוד טעמים למנהג."
(Traduction : « En pratique, il ne faut pas être indulgent et faire de la matsa à partir de kitniyot. La raison en est que les gens ont du mal à comprendre la différence entre les kitniyot et la matsa de kitniyot. C’est pourquoi l’usage s’est établi d’interdire même la matsa de kitniyot, comme il est écrit dans les responsa “Shoel Oumesiv”, première édition, vol. I, siman 175 (p. 63), qu’il ne faut pas être indulgent comme l’opinion du ‘Hayei Adam, puisque l’on a déjà pris l’habitude de l’interdire ; vois‑y encore d’autres raisons à cette coutume. »)

Le « Shoel Oumesiv » y explique que, puisque la matsa de kitniyot serait cuite selon les lois de la matsa, les gens pourraient penser qu’il s’agit d’une véritable matsa avec laquelle on peut s’acquitter de son obligation la nuit de Pessa'h. De plus, certains pourraient même se dire que, puisque la farine de kitniyot ne peut pas devenir ‘hamets, elle est a fortiori plus appropriée pour accomplir la mitsva de la matsa.
De plus, il arrive que les gens ajoutent du ‘hamets à un plat, comme ils le font toute l’année. Et le « Shoel Oumesiv » écrit que cela s’est effectivement produit une année où l’on avait permis de consommer des kitniyot ; cf. là‑bas.
Voici les termes du responsa « Shoel Oumesiv », première édition, vol. I, siman 175 :

דיש לאסור אף לאפות מיני קטניות דהיינו קמח מקאקריזע משום דשמא יטעו העולם ויצאו בהם י"ח מצה וזה הוה גזירה קרובה כי ההמון אינו מבין כלל שידי מצה לא יצא ואדרבא חושב שכל שאין לחוש משום חמוץ יותר ראוי לצאת בו ידי מצה ודו"ק. והנה גאון אחד כתב בספרו להתיר לאפות מיני קטניות דהיינו רעצקי וקאקריזע אבל אינו כדאי והגון לזה שיתיר דבר שאבותינו ואבות אבותינו נהגו איסור ואדרבא במה שאופים יותר יש לחוש לאחלופי וגם שמא יצא בו ידי חובת מצה וכמ"ש ועיין מהרי"ל הלכות פסח שהחמיר מאד בזה והעידו אלי אנשים רבים שאבותיהם ספרו להם שפ"א נתאספו הרבנים הגאונים והתירו לקנות בוניס לאכול בפסח והיה מכשול גדול שההמון בשלו בוני"ס עם טשיפקליך כמנהג בחול וחזרו בהם הרבנים והיתה שנה קשה אח"כ ורבים מתו בחולאות קשות ורעות ר"ל ותלו הרבנים אז באותו חטא ד' יצילנו משגיאות הוראה ובפרט להקל על סייגי חז"ל. 
(Traduction : « Il faut interdire même de cuire des produits à base de kitniyot, c’est‑à‑dire de la farine de kaakrize, car les gens pourraient se tromper et s’acquitter avec eux de l’obligation de la matsa. Et c’est un décret très proche [à appliquer], car la masse ne comprend pas du tout qu’on ne s’acquitte pas de la matsa avec cela ; au contraire, elle pense que tout ce qui ne présente pas de crainte de ‘himaoutz est encore plus approprié pour accomplir la mitsva de matsa. Et un certain Gaon a écrit dans son ouvrage de permettre de cuire des produits de kitniyot, à savoir ratski et kaakrize, mais il n’est ni convenable ni digne de lui de permettre une chose que nos pères et nos ancêtres ont l’habitude d’interdire. Bien au contraire, plus on en cuit, plus il y a à craindre la confusion, et même qu’on en vienne à s’acquitter de l’obligation de matsa avec eux, comme nous l’avons écrit. Vois le Mahari"l, lois de Pessa'h, qui est très rigoureux sur ce point. Et de nombreuses personnes m’ont témoigné que leurs pères leur ont raconté qu’une fois les rabbins gaonim se sont réunis et ont permis d’acheter des bonis pour les manger à Pessa'h, et il y eut un grand écueil : le peuple a cuit les bonis avec des tchifklikh, comme on le fait en semaine. Les rabbins sont alors revenus sur leur permission, et l’année suivante a été dure : beaucoup sont morts de maladies graves et mauvaises, à Dieu ne plaise, et les rabbins ont attribué cela à cette faute. Que Dieu nous préserve des erreurs de décision, en particulier quand il s’agit d’alléger les barrières dressées par nos Sages. ») 

Il ressort de tout ce que nous avons étudié au sujet des kitniyot que nous voyons à quel point les ‘Hakhamim, dans leurs décrets, ont su prévoir des formes de trébuchement spirituel auxquelles d’autres n’auraient peut‑être pas pensé. Par leurs takkanot, ils ont protégé le peuple d’Israël de l’interdit de ‘hamets.
Nous voyons aussi, des propos du « Shoel Oumesiv », que même lorsque l’on a pensé qu’il existait une voie pour permettre quelque chose, cela a finalement conduit à un très grave écueil.
C’est donc pour nous un grand enseignement : toujours écouter les paroles des Sages, apprécier leurs décrets, et agir conformément à ce qu’ils nous ont ordonné.

Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom ouMevorakh et une fête de Pessa'h cachère et joyeuse.

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