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Parachat Vayikra – au sujet de tremper la matsa dans le sel

Question

A gutn erev Shabbos.

La paracha parle des korbanot (sacrifices) et du service dans le Temple. Je voudrais, be-ezrat Hachem, apporter un sujet qui entoure le service des korbanot, une minhag que nous observons encore aujourd’hui dans nos maisons : de même que dans le Beit HaMikdash on salait les membres des sacrifices, ainsi nous mettons du sel sur notre table et nous y trempons le pain avant de manger.

Dans la paracha, il est écrit (Vayikra 2, 13) : "וְכָל קָרְבַּן מִנְחָתְךָ בַּמֶּלַח תִּמְלָח, וְלֹא תַשְׁבִּית מֶלַח בְּרִית אֱלֹהֶיךָ מֵעַל מִנְחָתֶךָ; עַל כָּל קָרְבָּנְךָ תַּקְרִיב מֶלַח" («Et sur toutes tes offrandes de min’ha tu mettras du sel, et tu ne laisseras pas manquer le sel de l’alliance de ton D.ieu sur ton offrande ; sur toutes tes offrandes tu offriras du sel»).

Nous savons que, toute l’année, nous avons l’usage de tremper le pain dans le sel. Pourquoi donc, la nuit du Séder, les Ashkénazes ne trempent-ils pas la matsa dans le sel ? En quoi cette nuit est-elle différente du reste de l’année ?

Réponse

Commençons par rappeler la source et la raison pour lesquelles on trempe le pain dans le sel, car en réalité il y a ici deux sujets distincts :

  • Pourquoi trempe‑t‑on le pain dans le sel ?
  • Pourquoi doit‑il y avoir du sel sur la table ?

La raison pour laquelle nous trempons le pain dans le sel est que le morceau de pain sur lequel nous récitons la bénédiction soit savoureux, comme c’est la manière normale de manger le pain. Telle est l’expression de la « Michna Beroura », siman קס"ז, se’if katan כ"ז : "כדי שתהא נאכלת בטעם משום כבוד הברכה" («afin qu’on le mange avec goût, par respect pour la bénédiction»).
C’est pourquoi le « Choulhan Aroukh » écrit que si le pain est « naqi » (fin, de bonne qualité) ou déjà assaisonné, il n’est pas nécessaire de le tremper dans le sel, puisqu’il est déjà savoureux. D’après cela, le pain que nous consommons aujourd’hui est considéré comme « naqi » et bon même sans sel, et il n’y a donc, à strictement parler, aucune obligation de tremper le pain dans le sel pour cette raison.
Néanmoins, nous avons malgré tout l’usage de tremper le pain dans le sel, sur la base de ce qui est rapporté dans la Kabbale : c’est pour « adoucir les rigueurs (les jugements) », comme l’explique le « Maguen Avraham », siman תע"ה, se’if katan א'.
Pourquoi met‑on du sel sur la table
La raison pour laquelle on met du sel sur la table est que la table est comparée à l’autel : de même que l’autel procure l’expiation, de même la table de l’homme procure l’expiation, comme il est expliqué dans le traité « Berakhot », page נ"ה (55). Par conséquent, il doit y avoir du sel sur la table, comme il y avait du sel sur l’autel.
Le Rama ajoute que le repas de l’homme est considéré comme un sacrifice. La « Michna Beroura », là‑bas, se’if katan ל"א, explique que c’est parce que l’homme mange afin de renforcer ses forces, et qu’ainsi il sera en bonne santé et fort pour servir Hachem.
Il y a encore une autre raison pour laquelle il faut du sel sur la table : pendant le laps de temps entre le lavage des mains (netilat yadaïm) et le fait de rompre le pain, les convives ont besoin d’une protection contre les malheurs. Pourquoi ? La « Michna Beroura », se’if katan ל"ב, explique au nom du Midrach qu’au moment où les convives attendent les uns les autres jusqu’à ce que tous aient lavé leurs mains, ils se trouvent alors sans mitsva (car il leur est interdit de parler ou de faire quoi que ce soit), et à ce moment‑là le Satan les accuse, et « l’alliance de sel » les protège.
On voit d’ici l’importance d’avoir du sel sur la table au moment du repas. Nous pouvons maintenant mieux comprendre la halakha concernant la question de savoir si l’on trempe la matsa dans le sel la nuit du Séder.
Concernant la matsa la nuit de Pessa’h
Le Mé’haber, siman תע"ה, se’if א', écrit que l’on trempe la matsa dans le sel, mais le Rama écrit :

"ואין המנהג לטבלם במלח בלילה הראשונה, דפת נקי אין צריך טבילה." («Et le minhag n’est pas de les tremper dans le sel la première nuit, car un pain “naqi” n’a pas besoin d’être trempé»).

Les paroles du Rama demandent explication : si un « pain naqi » n’a pas besoin d’être trempé, pourquoi ne pas le tremper seulement la première nuit ? A priori, pendant tous les jours de Pessa’h, nous serions dispensés de le tremper.
En réalité, à strictement parler, on est en effet dispensé de tremper un pain « naqi » dans le sel, mais l’usage — fondé sur les kabbalistes, comme nous l’avons vu — est de tremper tout pain dans le sel. Or, la nuit du Séder, on ne pratique pas cet usage, et l’on s’en tient à la loi stricte : on ne trempe pas du tout la matsa dans le sel.
Plusieurs raisons sont données à cela :
La « Michna Beroura », se’if katan ד', écrit :

"טפי הוא נראה לחם עוני כשאינו טבול במלח." («Elle ressemble davantage à un “pain de pauvreté” lorsqu’elle n’est pas trempée dans le sel»).

Mais ces paroles demandent elles aussi à être éclaircies, car nous voyons en plusieurs endroits du Chass que la manière du pauvre est précisément de tremper son pain dans le sel, comme il est enseigné dans le traité « Berakhot » (2a) :

"מאימתי קורין את שמע בערבין? משהעני נכנס לאכול פתו במלח." («À partir de quand lit‑on le Chema le soir ? À partir du moment où le pauvre entre pour manger son pain avec du sel»).

De même, dans « Pirkei Avot » (chap. 6, michna 4), il est écrit :

"כך היא דרכה של תורה: פת במלח תאכל ומים במשורה תשתה." («Telle est la voie de la Torah : du pain avec du sel tu mangeras, et de l’eau à mesure tu boiras»).

On peut répondre qu’il existe différents degrés de pauvreté. Les pauvres mentionnés dans le Chass sont certes pauvres, mais restent des hommes libres, et eux mangent leur pain avec du sel. Tandis que, la nuit du Séder, nous voulons montrer que nous n’étions pas seulement pauvres, mais esclaves, et que nous mangions notre pain même sans sel.
On peut d’ailleurs le déduire de l’expression de la « Michna Beroura », qui dit : "טפי הוא נראה" — «il apparaît davantage», ce qui signifie que c’est ainsi que se manifeste plus clairement le « pain de pauvreté », car nous voulons souligner la pauvreté de l’esclavage, et pas seulement celle d’un pauvre ordinaire : la pauvreté d’un esclave si démuni qu’il n’avait même pas de sel pour tremper son pain.
L’approche du Maharil
La raison principale de tremper le pain dans le sel est d’en améliorer le goût. Selon cela, le Maharil écrit que, puisque la matsa de la nuit de Pessa’h est une matsa de mitsva, elle n’a plus besoin d’être relevée par un autre goût. Voici ses paroles :
«Sefer Maharil» (Minhagim), Seder HaHaggadah :

"אמר מהר"י סג"ל מצה דברכת המוציא שתי לילות דפסח אין טובלין במלח כמו בשאר השנה משום חיבת מצה, ולית דין צריך בשש עד שיביא מלח, כדאמרינן גבי מגילה עשרה קורין ועשרה מתרגמין ושמע אחד מהן יצא. וטעמא נמי משום חיבת נס נותן לב לשמוע, אף על גב דאמר בעלמא תרי קלי בהדי הדדי לא משתמעי".
(«Rabbi Yossi Ségal a dit : la matsa sur laquelle on récite la bénédiction de “haMotsi” les deux nuits de Pessa’h n’est pas trempée dans le sel comme le reste de l’année, à cause de l’affection particulière pour la matsa. Et il n’est pas besoin d’ajouter encore un embellissement en apportant du sel, comme il est dit à propos de la lecture de la Méguila : dix lisent et dix traduisent, et si l’un d’entre eux a entendu, il est quitte. Et la raison en est également que, par amour pour le miracle, l’homme prête attention pour écouter, bien que, d’ordinaire, deux voix en même temps ne puissent être entendues»).

De même, le « Choulhan Aroukh haRav », là‑bas, se’if י', écrit :

"ואף שבשאר ימות הפסח מטבילין המצה במלח אף שהיא נקיה, מכל מקום בב' לילות אלו של פסח אין נוהגין כן, מפני חיבוב מצה לצאת ידי חובתו במצה שאין עמה תערובת טעם אחר כלל." («Et bien que, les autres jours de Pessa’h, on trempe la matsa dans le sel, même lorsqu’elle est “naqi”, malgré tout, ces deux nuits de Pessa’h on n’a pas cet usage, à cause de l’affection particulière pour la matsa, afin de s’acquitter de son obligation avec une matsa qui n’a aucun mélange d’un autre goût»).

La halakha dans la pratique :
Notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita
écrit dans son livre « Azméra LeShimkha » (Moadim : Pessa’h) :

"מנהג בני ספרד שאף בליל פסח טובלים את המצה במלח (טור סימן תע"ה בשם הירושלמי, שולחן ערוך שם, ובאר היטב ס"ק ג' מדברי האר"י).
ומנהג בני אשכנז שבליל פסח אין טובלים את המצה במלח (רמ"א שם, ומקורו בלקט יושר ח"י בשם המהרי"ל)".
(«Le minhag des Séfarades est que, même la nuit de Pessa’h, on trempe la matsa dans le sel (Tour, siman תע"ה, au nom du Yerouchalmi ; Choulhan Aroukh au même endroit, et Be’er Hétev, se’if katan 3, citant le Ari).
Et le minhag des Ashkénazes est que, la nuit de Pessa’h, on ne trempe pas la matsa dans le sel (Rama, là‑bas, sa source étant le Leket Yosher, partie I, au nom du Maharil)»).

Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat Chalom ouMevorakh.

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