Parachat Vayakhel-Pekoudeï – À propos de la tsedaka donnée par une femme mariée | Question de la semaine | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Parachat Vayakhel-Pekoudeï – À propos de la tsedaka donnée par une femme mariée

Question

Un guttn Erev Chabbat kodesh.

Dans la paracha de cette semaine, il est écrit (Chémot 35,22) :

"וַיָּבֹאוּ הָאֲנָשִׁים עַל הַנָּשִׁים, כָּל נְדִיב לֵב הֵבִיאוּ חָח וָנֶזֶם וְטַבַּעַת וְכוּמָז, כָּל כְּלִי זָהָב, וְכָל אִישׁ אֲשֶׁר הֵנִיף תְּנוּפַת זָהָב לַה" (Et les hommes vinrent au-dessus/avec les femmes : tous les généreux de cœur apportèrent un bracelet, un anneau de nez, une bague et un ornement, tout objet d’or, et tout homme qui fit balancer un prélèvement d’or pour l’Éternel).

La question est la suivante :
Comment les trésoriers ont-ils pu accepter la contribution des femmes, alors qu’il est écrit dans la Guémara, Baba Kama 119 :

"והתניא: גבאי צדקה מקבלין מהן דבר מועט, אבל לא דבר מרובה" ! (Il est enseigné dans une baraïta : les collecteurs de tsedaka n’acceptent d’elles [des femmes] qu’un petit don, mais pas un don important.)

Et cela est également tranché dans le « Choulhan Aroukh », Yoré Déa, siman רמ"ח (248), séif 4 : pour une petite somme, il n’est pas d’usage que le mari soit pointilleux, mais pour un don important, on craint que cela provienne du vol, c’est-à-dire qu’elle l’ait pris sans sa permission.
Or, ici, les femmes ont donné des présents considérables en or et en argent pour la construction du Michkan ?

Réponse

Le « Siftei ‘Hakhamim » écrit que cette difficulté posait problème à Rachi, et c’est pour cela que Rachi explique le verset :
« וַיָּבֹאוּ הָאֲנָשִׁים עַל הַנָּשִׁים » – que les hommes sont venus avec les femmes.
Voici les termes du « Siftei ‘Hakhamim » :

« Car la question se pose : on ne reçoit pas la tsedaka des femmes, sauf en petite quantité. C’est pourquoi le verset dit que les hommes sont venus avec les femmes. »

Dans le même sens, le Sforno commente ce passage. Voici ses paroles :

« Avec les femmes qui se portaient volontaires sont venus leurs maris, pour agréer le don, afin que les collecteurs puissent l’accepter d’elles, car on n’accepte des femmes qu’un don modique (Baba Kama 119b). »

Le « Panim Yafot » ajoute qu’un mari ne peut pas non plus vendre les bijoux de sa femme sans son consentement, et qu’il fallait donc que le mari et la femme soient tous deux présents au moment du don.
Voici les termes du « Panim Yafot » :

« De même, un homme ne peut pas vendre les bijoux de sa femme ; c’est pourquoi ils devaient les apporter tous les deux, comme il ressort de Even HaEzer, simanim 85 et 88, et c’est pour cela qu’il fallait qu’ils les amènent ensemble. »

Cependant, le Ramban et Rabbénou Ba’hyé expliquent tous deux que les femmes ont elles-mêmes apporté les dons avant leurs maris, car les bijoux se trouvaient principalement chez les femmes ; elles y avaient donc plus facilement accès et pouvaient apporter l’or immédiatement.
Le Ramban écrit :

« Parce que le don sous forme de bijoux se trouve plus couramment chez les femmes, et qu’elles en avaient toutes, elles ont aussitôt retiré leurs bagues et leurs anneaux de nez et sont venues les premières. »

Selon leur approche, la difficulté initiale revient : comment a-t-on accepté de tels dons importants des femmes ?

On peut, semble-t-il, répondre d’après le Noda BiYehouda (Yoré Déa, siman רמ"ח, séif 4), qui écrit une nouveauté quant à la raison de cette halakha selon laquelle on ne reçoit pas de grands dons des femmes. Il explique que l’interdiction pour une femme de donner un don important ne provient pas d’un soupçon qu’elle aurait volé l’or de son mari pour le donner au Michkan, car nous nous appuyons sur le principe : « אין אדם חוטא ולא לו » – « l’homme ne faute pas pour autrui s’il n’en tire aucun bénéfice ».
La crainte est plutôt qu’elle se permette la chose à elle-même, du fait qu’elle gère l’argent de la maison et pourrait penser qu’il lui est permis de prendre l’argent du mari sans sa permission explicite. Voir là-bas.
Ainsi, nous ne la soupçonnons pas de mentir. Par conséquent, lorsqu’elle déclare qu’elle a demandé la permission à son mari de donner ses bijoux pour la construction du Michkan, nous la croyons.
Selon cela, on peut expliquer que les femmes ont elles-mêmes apporté leurs dons en disant qu’elles avaient reçu l’autorisation de leurs maris.

Le « Pit’hé Téchouva » (ad loc.) cite le Noda BiYehouda mentionné ci-dessus et écrit : « Voir le Sforno sur la Torah, parachat Vayakhel, sur le verset “וַיָּבֹאוּ הָאֲנָשִׁים עַל הַנָּשִׁים”. »
À première vue, son intention est la suivante : du fait que le Sforno (et Rachi, selon l’explication du « Siftei ‘Hakhamim ») répondent qu’il fallait que les hommes viennent eux-mêmes avec leurs femmes, cela montre qu’ils ne rejoignent pas l’explication du Noda BiYehouda qui considère que les femmes se permettent simplement à elles-mêmes, tout en n’étant pas soupçonnées de mensonge. Eux craignent plutôt que les femmes dérobent réellement l’argent de leurs maris et mentent au trésorier en disant qu’elles ont reçu leur accord.
Voici les termes du « Pit’hé Téchouva » :

« Concernant [les dons] des femmes, voir les réponses du Noda BiYehouda, première édition, ‘Helek ‘Hoshen Michpat, siman 72, où il écrit que si elle dit qu’elle a donné en tant que déléguée de son mari, avec sa permission, on la croit. Voir aussi les responsa “Besamim Roch”, siman 166. Et voir le commentaire du Sforno sur la Torah, parachat Vayakhel, sur le verset “וַיָּבֹאוּ הָאֲנָשִׁים עַל הַנָּשִׁים”. »

Le-halakha – en pratique :
Peut-on accepter un don d’une femme mariée sans savoir avec certitude que son mari est d’accord ?
Notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita, écrit qu’on ne peut accepter des femmes qu’un don de faible valeur sans le savoir du mari.
Qu’est-ce qu’un « petit don » ? Tout dépend de la situation financière du mari – de son niveau de richesse ou de pauvreté.
Si la femme subvient elle-même aux besoins du foyer, il y a des raisons d’être plus indulgent ; toutefois, a priori (lekhatrila), même dans ce cas, il convient d’obtenir l’accord du mari.
Si la femme déclare que son mari est d’accord, on peut se fier à sa parole.
En revanche, lorsqu’il s’agit de donner des bijoux, il faut le consentement des deux : le mari et la femme.

Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom oumévorakh.

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