Parachat Ki Tissa – Récitation du 'Pitoum HaKetoret'
Question
Bon Erev Shabbat !
Dans notre Paracha, il est écrit au sujet des encens (Ketoret) :
(לד) "וַיֹּאמֶר ה' אֶל מֹשֶׁה קַח לְךָ סַמִּים נָטָף וּשְׁחֵלֶת וְחֶלְבְּנָה סַמִּים וּלְבֹנָה זַכָּה בַּד בְּבַד יִהְיֶה: (לה) וְעָשִׂיתָ אֹתָהּ קְטֹרֶת רֹקַח מַעֲשֵׂה רוֹקֵחַ מְמֻלָּח טָהוֹר קֹדֶשׁ"
(34–35) : « Et Hachem dit à Moché : Prends pour toi des aromates : du nataf, du shé’helèt et du helbena, des aromates avec de la levona pure, en parts égales. Et tu en feras un encens composé, œuvre du parfumeur, finement broyé, pur, consacré. »
Chaque jour nous disons «פיטום הקטורת כיצד... - Pitum HaKetoret Kétsad », mais avant cela nous commençons par des paroles de louange et de foi envers le Créateur du monde : nous disons « אין כאלוקינו אין כאדוננו .... - Ein Kélokénou, ein K’Adonénou, ein K’Malkénou… Mi Kélokénou, mi K’Adonénou… ».
La source de cette pratique est rapportée par le Rama . Dans les lois de la Néssiat Kapayim et de la Néfilat Apayim (132,2) il est écrit :
« On a l’usage de dire le Pitoum HaKetoret le soir et le matin après la Téfila, et l’on dit d’abord : “Ein Kélokénou”, etc. »
On peut poser la question : pourquoi précisément avant que nous disions la Paracha des Ketoret, nous précédons par cette prière ? On ne trouve pas une telle introduction avant les autres Korbanot et services du Temple que nous récitons dans la Téfila.
De plus, quel est le lien entre cette prière et la Paracha des Ketoret ?
Réponse
Cette question a été posée au « Noda BiYehouda » et se trouve dans ses responsa, Shou"t Noda BiYehouda (Ora’h ‘Haïm, 10 ; cité également dans le Sha'aré Téchouva ibid, 6).
Le Noda BiYehouda répond que, puisque la récitation de la Paracha des Ketoret est une Ségoula (moyen spirituel ) pour la Parnassa (subsistance) et la richesse, il existe un danger que, lorsqu’un homme s’enrichit, il risque, ‘Hass véShalom, d’oublier Hachem et de dire : « כוחי ועוצם ידי עשה לי את החיל הזה » (« C’est ma force et la puissance de ma main qui m’ont procuré cette richesse »), comme il est dit : « וַיִּשְׁמַן יְשֻׁרוּן וַיִּבְעָט » (« Yéshouroun [le peuple d'Israël] s’est engraissé, et il a rejetté »).
C’est pourquoi, afin que la richesse soit véritablement une bénédiction etn'éloigne pas la personne d’Hachem, on dit avant lea récitation du Pitoum HaKetoret : « Ein Kélohénou, ein K’Malkénou… - Il n'existe nul autre comme notre D.ieu...».
De cette façon, la personne intériorise que tout vient du Créateur du monde, et il n’y a plus de danger à ce qu’elle dise le Pitoum HaKetoret et mérite une grande richesse : elle saura que la bénédiction vient d’Hachem, et Le remerciera pour les biens qu’Il lui a accordés.
Voici les termes du Shou"t Noda BiYehouda (première édition, Ora’h ‘Haïm, 10) :
« …Et le fait qu’on ait l’usage de dire ces vers rimés avant (le Pitoum HaKetoret), c’est parce que (le Ketoret) enrichit, et c’est pourquoi on dit : “Ein Kélohénou”, afin que nous ne disions pas : “C’est ma force et la puissance de ma main qui m’ont fait cette richesse”, mais que tout nous est donné par Hachem, et c’est à Lui qu’il convient de bénir pour la richesse. »
Voir aussi dans le Avoudraham la source que le Pitoum HaKetoret est une Ségoula pour la richesse.
Des paroles du Noda BiYehouda, nous voyons la force extraordinaire de la Ségoula de la récitation du Pitoum HaKetoret, à tel point qu’il a fallu instaurer une sorte de « barrière » et de garde-fou pour que cette grande Ségoula ne devienne pas une cause de faute. On peut demander : quelle est la source de cette Ségoula ?
Il est écrit dans la Paracha Vézot Habéra’ha , dans la bénédiction que Moshé adressa à la tribu de Lévi :
« יָשִׂימוּ קְטוֹרָה בְּאַפֶּךָ וְכָלִיל עַל מִזְבְּחֶךָ....בָּרֵךְ ה' חֵילוֹ וּפֹעַל יָדָיו תִּרְצֶה »
« Qu’ils mettent de l’encens dans Tes narines et l’holocauste sur Ton autel… Bénis, Hachem, sa vaillance, et agrée l’œuvre de ses mains. »
La Guémara, dans le traité Yoma (26a), apprend de là que « Yassimou Ketora Béapé'ha » – celui qui fait fumer le Ketoret mérite l’accomplissement de « Barékh Hachem ‘Hélò ou-Fo'al Yadav Tirtzé » (« Bénis, Hachem, sa force, et agrée l’œuvre de ses mains »; voir Rachi sur place).
Ketoret et Sandak dans la Halakha :
De là, le Rama déduit une Halakha supplémentaire : de même que la Ketoret est une Ségoula pour la richesse, c’est pourquoi on ne le confiait qu’aux « ‘Hadashim la-Ketoret » – des Cohanim qui n’avaient encore jamais effectué ce service, afin de donner à chacun la possibilité de mériter cette bénédiction.
De même, pour la Sandekaout (le Sandak qui tient l’enfant lors de la Brit Mila), on a l’usage de la donner seulement à quelqu’un qui n’a pas encore été Sandak pour cette famille.
Le Rama (Yoré Déa 265, 11) :
« Et la portée du Sandak est plus grande que celle du Mohel pour le faire passer en premier à la lecture de la Torah, car tout Sandak est considéré comme celui qui fait fumer le Ketoret (Mahari"l au nom de Rabbénou Pérets). C’est pourquoi on a l’usage de ne pas donner deux enfants au même Baal-Brit, comme il est dit au sujet des Ketoret : “‘Hadachim la-Ketoret” (nouveaux pour la Ketoret). »
Cependant, le Gaon de Vilna , dans son Biour HaGra sur place, conteste le Rama sur cette comparaison entre Sandakout et Ketoret. Il écrit que la raison ne peut pas être que la Sandakout ressemble à la Ketoret, car nous n’avons jamais vu qu’un Sandak devienne riche pour cela. De plus, si tel était le motif, il faudrait interdire à quelqu’un qui a déjà été Sandak de l’être à nouveau, pour toujours.
Le Gra écrit que la raison pour laquelle on ne fait pas de son ami le Sandak de ses deux fils provient du testament de Rabbi Yehouda Ha'hassid . (Voir aussi Shou"t Noda BiYehouda, première édition, Yoré Déa, 86.)
Sefer ‘Hassidim , Tsava'at Rabbi Yehouda Ha'hassid, §35 :
« Qu’on ne fasse pas de son ami le Sandak de ses deux fils, à moins que l’un d’eux ne soit décédé. »
Halakha en pratique:
Nous avons interrogé notre maître, le Gaon Rav Amram Fried Shlita :
Au sujet de la récitation de la Ségoula du Pitoum HaKetoret, nous avons demandé à notre maître, le Rav Shlita, s’il faut impérativement la lire à partir d’un parchemin (Klaf).
Réponse du Rav Shlita :
La récitation du Pitoum HaKetoret apporte la richesse même si on ne la lit pas à partir d’un parchemin.
Dans le livre Séder HaYom, il est écrit que la récitation à partir d’un parchemin est particulièrement propice à la richesse (voir aussi Kaf Ha'haïm , 132). Toutefois, même sans la lire d’un parchemin, cela reste une Ségoula pour la richesse (voir Kol Bo , 41 , et Beit Yossef , 132, ainsi que le Zohar HaKadoch à la fin de la Parachat Vayakhel, page 218).
Concernant la question de savoir s’il est permis d’honorer une même personne pour être Sandak de deux de ses enfants :
Réponse du Rav Shlita :
Le Rama (Yoré Déa 265, 11) écrit qu’on n’a pas l’usage d’honorer une même personne pour être Sandak chez deux fils de la même famille, et le Birkei Yossef statue ainsi également. Néanmoins, un père ou un grand‑père peut être Sandak même pour deux de ses fils ou petits-fils, comme il ressort des Hagaot Yad Shaoul (Yoré Déa, ibid). De même, pour un grand Talmid ‘Hakham, éminent en Torah, il est permis de lui donner la Sandakout même pour deux fils (voir Shou"t ‘Hatam Sofer, Ora’h ‘Haïm, 158).
Il y en a aussi qui ne tiennent pas compte du tout de la position du Rama sur ce point – voir Noda BiYehouda (Yoré Déa, 86). Et, parmi les Séfarades, certains en tiennent compte, tandis que d’autres n’y prêtent pas attention.
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Shabbat Shalom ouMévorakh !