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Parachat Tetsavé – Pourim – au sujet du guiour par crainte

Question

Un guten Erev Shabbat, et veille de Pourim !
Cette semaine, avec l’aide d’Hachem, nous allons présenter une question très intéressante tirée de la Meguilat Esther.

Il est écrit dans la Meguila, chapitre 8, verset 17 :

(יז) "וּבְכָל מְדִינָה וּמְדִינָה וּבְכָל עִיר וָעִיר מְקוֹם אֲשֶׁר דְּבַר הַמֶּלֶךְ וְדָתוֹ מַגִּיעַ שִׂמְחָה וְשָׂשׂוֹן לַיְּהוּדִים מִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב וְרַבִּים מֵעַמֵּי הָאָרֶץ מִתְיַהֲדִים כִּי נָפַל פַּחַד הַיְּהוּדִים עֲלֵיהֶם" (Esther 8, 17) – «Et dans chaque province et dans chaque ville, partout où arrivèrent l’ordre du roi et son décret, il y eut joie et allégresse chez les Juifs, festin et jour de fête ; et beaucoup d’habitants du pays se firent Juifs, car la crainte des Juifs s’était abattue sur eux».

C’est-à-dire qu’après que les Juifs se sont rassemblés pour se défendre, pour détruire, tuer et anéantir toutes les forces armées des peuples et provinces qui les assiégeaient, avec leurs enfants et leurs femmes – les non-Juifs eurent peur des Juifs, et c’est par crainte qu’ils se convertirent. A priori, il faut comprendre : s’ils se sont convertis par peur, et non par véritable volonté intérieure, une telle conversion ne devrait pas être considérée comme une conversion valable, n’est-ce pas ?

Réponse

Le «Biour ha-Gra» sur la Meguila écrit qu’en effet, ils n’étaient pas de véritables guérites. Plutôt, c’étaient des «mityahadim» – ils se faisaient passer pour des Juifs par crainte. Et le «Sfat Emet», dans ses «Likoutim», écrit que c’est de là l’origine de la coutume de se masquer à Pourim, en souvenir de ce que les non-Juifs ont fait alors, en se «déguisant» en Juifs.

Cependant, les paroles du Midrach semblent indiquer le contraire : dans «Esther Rabba» 6, 2, il ressort qu’il s’agissait d’une véritable conversion. Voici le texte du Midrach :

Esther Rabba (Vilna), paracha 6, siman 2 :

"וי"א שהיה (מרדכי) שקול כאברהם בדורו. מה אברהם אבינו מסר את עצמו לתוך כבשן האש והחזיר והכיר לבריות גדולתו של הקדוש ברוך הוא, הה"ד (בראשית י"ב) 'ואת הנפש אשר עשו בחרן'. אף מרדכי בימיו הכירו הבריות גדולתו של הקדוש ברוך הוא, הה"ד 'ורבים מעמי הארץ מתיהדים' – וייחד שמו של הקדוש ברוך הוא וקדשו. ולפיכך נקרא יהודי דכתיב 'איש יהודי'. אל תקרי יהודי אלא יחידי." – «Et certains disent que (Mordekhaï) pesait autant qu’Avraham dans sa génération. De même qu’Avraham notre père s’est livré lui-même à la fournaise ardente, et a ainsi ramené les créatures et leur a fait reconnaître la grandeur du Saint béni soit-Il, comme il est dit (Béréchit 12) : “et les âmes qu’ils avaient faites à ‘Haran”, ainsi, aux jours de Mordekhaï, les créatures ont reconnu la grandeur du Saint béni soit-Il, comme il est dit : “Et beaucoup d’habitants du pays se firent Juifs” – et il unifia le Nom du Saint béni soit-Il et le sanctifia. C’est pourquoi il est appelé ‘Yehoudi’, comme il est écrit : “un homme juif”. Ne lis pas ‘Yehoudi’ (juif), mais ‘Yé’hidi’ (unique)».

Il en ressort également des paroles de Rachi sur Yevamot 24b : sur l’expression «rabim me’amé ha-aretz mityahadim», Rachi laisse entendre qu’il s’agit d’une conversion authentique.


D’après le Midrach et l’opinion de Rachi, on peut expliquer ainsi :

Selon le sefer «Nétaé Eitan» (tome 1, «HaNitsanim», lettre 2), l’expression «כִּי נָפַל פַּחַד הַיְּהוּדִים עֲלֵיהֶם» – «car la crainte des Juifs s’était abattue sur eux» – ne signifie pas qu’ils craignaient les Juifs eux-mêmes, mais que sur eux a agi la crainte qu’avaient les Juifs devant Hachem. À travers l’épisode de Haman, ils ont vu qu’il existe un Juge et un jugement, et qu’Hakadoch Baroukh Hou punit les fautes commises. Puis, la grande délivrance, après que les Juifs eurent fait téchouva, les a conduits à une crainte révérencielle élevée – yirat ha-romémout. Ce niveau spirituel a influencé même les non-Juifs et les a poussés à se convertir sincèrement. (Comme il est dit dans le traité Méguila 11a : «Rabbi Yo’hanan ouvrait l’explication de ce passage à partir de ce verset : “זכר חסדו ואמונתו לבית ישראל ראו כל אפסי ארץ את ישועת אלהינו” – “Il s’est souvenu de Sa bonté et de Sa fidélité envers la maison d’Israël ; tous les confins de la terre ont vu le salut de notre Dieu” (Téhilim 98, 3). Quand tous les confins de la terre ont-ils vu le salut de notre Dieu ? – Aux jours de Mordekhaï et Esther».)

Et dans le «Sfat Emet» (sur Pourim 5643), il pose une question : de quelle peur les habitants du pays avaient-ils à craindre ? En effet, les Juifs ne tuaient pas au hasard, mais uniquement ceux qui se levaient contre eux. Pourquoi donc les nations auraient-elles eu peur ? Il explique que le mot «עֲלֵיהֶם» – «sur eux» – se rapporte aux Amalécites, descendants d’Amalek, qui empêchent les nations du monde de venir se convertir et d’entrer sous les ailes de la Chékhina. Mais une fois que «la crainte des Juifs tomba sur eux», c’est-à-dire sur les Amalécites, alors les autres nations purent venir et se convertir.

Et voici ses mots : «Dans le verset “וְרַבִּים מֵעַמֵּי הָאָרֶץ מִתְיַהֲדִים כִּי נָפַל פַּחַד הַיְּהוּדִים עֲלֵיהֶם” – “Et beaucoup d’habitants du pays se firent Juifs, car la crainte des Juifs s’était abattue sur eux”, la chose paraît difficile : les enfants d’Israël n’étaient venus combattre que ceux qui se levaient contre eux pour leur faire du mal. Quelle peur aurait pu les amener pour autant à se convertir ?

On peut expliquer que ‘עֲלֵיהֶם’ se rapporte aux Amalécites, au groupe de Haman le méchant, qui voile le visage (d’Hachem) et empêche ainsi les créatures du monde de se convertir et d’entrer sous les ailes de la Chékhina. Et puisque la crainte des Juifs est tombée sur eux, le nombre de guérites en Israël a augmenté. Par cela se résout la difficulté soulevée par les commentateurs : comment a-t-on pu accepter des guérites issus d’Amalek (cf. le sefer “Manot ha-Lévi”) ? Selon notre explication, “amé ha-aretz” ne se rapporte pas aux Amalécites.»

Halakha lémaassé (en pratique) :

Notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita écrit qu’à notre époque, lorsque des personnes viennent se convertir, il faut examiner et clarifier les motivations qui les ont amenées à demander le guiour. C’est pourquoi on lui demande s’il n’a pas de mobiles étrangers, par exemple des considérations financières, la recherche d’honneur ou de pouvoir, une certaine peur, ou encore s’il n’a pas porté son regard sur une fille juive ; et si c’est une femme, si elle n’a pas porté son regard sur un garçon juif. Si l’une de ces motivations est présente, on ne l’accepte pas à la conversion.

Cependant, bediavad (a posteriori), si la conversion a déjà été effectuée, le guiour est valable dans tous les cas, à condition qu’il ait véritablement et de tout son cœur accepté sur lui le joug de la Torah et des mitsvot avec une entière sincérité.

De la part de toute l’équipe du site, nous vous souhaitons un Chabbat Chalom et une joyeuse fête de Pourim !

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