Parachat Terouma – Contrainte en matière de Tsédaka (charité)
Question
Bon Erev Shabbat !
Il est écrit dans la Parasha :
« (ב) דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְיִקְחוּ לִי תְּרוּמָה מֵאֵת כָּל אִישׁ אֲשֶׁר יִדְּבֶנּוּ לִבּוֹ תִּקְחוּ אֶת תְּרוּמָתִי. (ג) וְזֹאת הַתְּרוּמָה אֲשֶׁר תִּקְחוּ מֵאִתָּם: זָהָב וָכֶסֶף וּנְחֹשֶׁת.»
"Parle aux fils d'Israël et qu'ils prennent pour moi une Terouma (don) ; de chaque personne que son coeur aura porté ils prendront la Terouma . Et voici la Terouma que vous prendrez d'eux : de l'or, de l'argent et du cuivre."
Dans la Guemara (Baba Batra 8), il est écrit :
« שאין עושין שררות על הציבור פחות משניים. מנא הני מילי? אמר רב נחמן, אמר קרא: "והם יקחו את הזהב" וגו'. »
"On ne nomme pas à un poste de responsabilité publique moins de 2 personnes", d'où le sait-on? Rav Na'hman a dit : car il est dit dans le verset "Et eux récolteront l'or..."
C’est-à-dire que les « Sages de cœur - חכמי לב » qui devaient confectionner les vêtements de Kehouna (sacerdoce) collectaient l’or en usant de leur autorité ; en d’autres termes, si quelqu’un ne voulait pas donner, on le contraignait et on prenait chez lui un gage pour l’obliger à contribuer.
N’est-ce pas une contradiction ? Dans notre Parasha, il est écrit « כל אשר ידבנו לבו - celui que son cœur portait à donner», ce qui implique que les dons étaient volontaires, tandis que dans la Parasha Tetsavé il ressort qu’on prenait un gage à celui qui ne voulait pas donner l’or pour les vêtements de Kehouna ?
Réponse
Le « Kovetz Chiourim » sur Baba Batra pose exactement cette question et propose un grand ‘Hidoush (innovation) : ce qui est écrit dans notre Paracha « כל אשר ידבנו לבו » concerne spécifiquement la construction du Mishkan (Sanctuaire) et ses ustensiles. En revanche, les vêtements de Kehouna provenaient de la Lishka, de la caisse des Shékalim (collecte du demi-sicle d'argent), et pour ceux‑ci on pouvait exercer une contrainte et même prendre un gage.
Voici ses termes (Kovetz Chiourim , Baba Batra, § 47 ) :
« וקשה, דהא בנדבת המשכן לא היו ממשכנין, כמפורש בכתוב 'כל אשר ידבנו לבו', ולא היתה שם כפייה כלל. ולמה צריך שנים? אלא דהכתוב 'והם יקחו את הזהב' איירי בבגדי כהונה, דזה בא מתרומת הלשכה מהשקלים, ובזה ממשכנין. »
On peut se demander : Pourtant dans le don du Mishkan on ne prenait pas de gage, comme il est explicite dans le verset "tout celui que son cœur aura porté..."? En fait, le verset impliquant que l'on collectait l'or en prenant un gage parle des habits de Kehouna, qui eux provenaient de la récolte des Shekalim, pour lesquels on pouvait prendre des gages.
A priori, on peut poser deux questions sur cette explication :
1) Les vêtements de Kehouna procurent l’expiation tout comme les Korbanot (sacrifices), comme il est dit dans Zévahim 88 :
« Pourquoi la Paracha des sacrifices est‑elle juxtaposée à la Paracha des vêtements de Kehouna ? Pour te dire : de même que les sacrifices procurent l’expiation, ainsi les vêtements de Kehouna procurent l’expiation. »
Si c’est ainsi, comment pouvait‑on contraindre les gens à donner de l’or pour les vêtements ? Ce serait comparable aux Korbanot 'Hatat et Asham (sacrifices venant pour expier une faute), au sujet desquels la Guemara dans Baba Kama 40 dit qu’on ne prend pas de gage. Et Tossefot sur Baba Batra 48 expliquent que, puisqu’il s’agit d’expiation, la personne désire elle‑même obtenir le Kappara (absolution), et il n’est pas nécessaire de la contraindre.
2) Il ressort de Rachi que l’or pour les vêtements de Kehouna provenait de dons volontaires.
Voici ses termes:
« והם יקחו – אותם חכמי־לב שיעשו את הבגדים, יקבלו מן המתנדבים את הזהב ואת התכלת לעשות מהם את הבגדים. »
« “Et ils prendront” — ces 'Sages de cœur' qui feront les vêtements recevront des donateurs l’or et la Téhéleth pour en faire les vêtements. »
C’est également ce qui ressort des paroles du Ramban (ad loc).
On peut peut‑être répondre autrement, sur la base du Midrash (Pessikta Zoutrata – Lekah Tov) qui explique le verset « ויקחו לי תרומה - Et ils prendront pour moi la Terouma», qui semble, au premier abord, signifier qu’on prend le don même contre son gré. Le Midrash dit :
« תקחו את תרומתי, מאחר שהתנדב מלבו, תקחו את תרומתי בעל כרחו. »
« “Vous prendrez Mon offrande” — après qu’il s’est porté volontaire de tout cœur, vous pouvez ensuite prendre Mon offrande même contre sa volonté. »
Cela signifie que, dans un premier temps, les gens déclaraient ou promettaient de donner pour le Mishkan, puis, lorsque le trésorier venait encaisser lors de la collecte, il devait venir à deux personnes, car, une fois la promesse faite, le recouvrement pouvait être opéré même contre la volonté du donateur. C’est de cela qu’il est question dans la Paracha Tetsavé, où l’on voit qu’ils recouvraient le don promis même contre leur gré.
Halakha en pratique:
Si quelqu’un fait un vœu de don à la synagogue ou s’il a acheté une 'Aliya (montée à la Torah), peut‑on l’assigner au Beth Din (tribunal rabbinique) s’il ne paie pas ?
Réponse de notre maître le Gaon Rav Amram Fried Shlita :
Il s’agit de vœux de Tsédaka (Nidré Tsédaka), et non d’une réclamation purement pécuniaire.
Lorsque l’on vient à la synagogue pour collecter la Tsédaka,le Gaon Rav Fried Shlita écrit :
« Quand on prélève la Tsédaka de manière contraignante, il faut que deux Gabbaïm (trésoriers) la collectent, car on n'use pas d’autorité sur la communauté à moins de deux personnes. En revanche, lorsque la Tsédaka n’est pas prélevée sous la contrainte, et que chacun donne selon la générosité de son cœur, il est permis à un seul Gabbai de collecter la Tsédaka et d’en être responsable. »
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Shabbat Shalom ouMevo’rakh.