Parachat Yitro – à propos de la mitsva du kiddouch de Chabbat
Question
Un gutten Erev Shabbos.
Il est écrit dans les Dix Commandements : (8) « זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ », (9) « שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹד וְעָשִׂיתָ כָּל מְלַאכְתֶּךָ », (10) « וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לַה' אֱלֹהֶיךָ, לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה, אַתָּה וּבִנְךָ וּבִתֶּךָ, עַבְדְּךָ וַאֲמָתְךָ, וּבְהֶמְתֶּךָ, וְגֵרְךָ אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ », (11) « כִּי שֵׁשֶׁת יָמִים עָשָׂה ה' אֶת הַשָּׁמַיִם וְאֶת הָאָרֶץ, אֶת הַיָּם וְאֶת כָּל אֲשֶׁר בָּם, וַיָּנַח בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, עַל כֵּן בֵּרַךְ ה' אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת וַיְקַדְּשֵׁהוּ ».
On voit donc que le Chabbat est un rappel de la Création du monde : de même que Hachem a créé le monde en six jours et s’est reposé le septième jour, ainsi nous cessons tout travail le septième jour.
La question est donc la suivante : pourquoi, dans le kiddouch du vendredi soir, disons‑nous que le Chabbat est « un souvenir de la sortie d’Égypte » ? Nous disons : « ve‑Shabbat kodsho be‑ahava uveratson hinhilanu, zekheron lemaʿassé Bereshit, ki hou yom tehilah le‑mikraʾé kodesh, zekher leyetsi’at Mitsrayim ».
De plus, n’est‑ce pas une contradiction intérieure ? Au début nous disons que le Chabbat est un « souvenir de l’œuvre de la Création », et à la fin « un souvenir de la sortie d’Égypte » ?
Réponse
On trouve chez les Richonim trois approches très intéressantes pour expliquer ces formulations.
L’approche du Tour (Ora’h ‘Haïm, lois de Chabbat, siman 271). Voici ses paroles :
« “Zikhron lemaʿassé Bereshit” signifie que nous cessons tout travail le jour où le Saint, béni soit‑Il, s’est Lui‑même reposé après l’achèvement de l’œuvre de la Création.
“Te’hila le‑mikraʾé kodech” — le Chabbat est mentionné en premier dans la paracha des fêtes.
“Zekher leyetsi’at Mitsrayim” — on peut dire que le Chabbat est le premier des jours de convocation sacrée, lesquels sont un souvenir de la sortie d’Égypte. » Fin de citation.
Il ressort donc, selon le Tour, que le Chabbat est un jour de souvenir de l’œuvre de la Création, comme nous le disons dans le kiddouch : « zikhron lemaʿassé Bereshit ». Ensuite nous disons que le Chabbat est le premier des jours de fête, et ces fêtes sont un « souvenir de la sortie d’Égypte ».
Néanmoins, selon le Tour, il reste à comprendre, car dans les secondes Tables, dans la paracha Vaet’hanan, il est écrit :
Devarim 5, 14–15 : (14) « וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לַה' אֱלֹהֶיךָ, לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכה »,
(15) « וְזָכַרְתָּ כִּי עֶבֶד הָיִיתָ בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם… עַל כֵּן צִוְּךָ ה' אֱלֹהֶיךָ לַעֲשׂוֹת אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת ».
Apparemment, il est donc explicitement dit que le Chabbat a été donné en souvenir de la sortie d’Égypte.
On peut dire que le Tour suit l’explication de Rachi sur place, qui précise qu’il ne s’agit pas là de la raison même du repos du Chabbat, mais que le verset signifie : « C’est à cette condition‑là qu’Il t’a racheté, pour que tu sois Son serviteur et que tu observes Ses commandements ».
L’approche du Rambam dans le Moreh Nevoukhim.
Le Chabbat comporte deux dimensions :
a. Un jour particulier et sanctifié.
b. Un jour où l’on cesse tout travail.
La dimension de sainteté du jour vient du fait que c’est le jour où Hachem s’est reposé après les six jours de la Création.
Quant à la cessation du travail, elle est « un souvenir de la sortie d’Égypte » : là‑bas, nous étions des esclaves forcés de travailler sans répit ; à présent que D. nous en a fait sortir, nous nous souvenons que nous sommes des hommes libres et, pour marquer cela, nous nous abstenons de tout travail le jour du Chabbat.
Il ressort que le Chabbat est à la fois un souvenir de la Création du monde et de la sortie d’Égypte.
Voici les termes du Rambam, cités par le Ramban dans la paracha Vaet’hanan :
« והרב אמר בספר המורה (ב, לא) כי המאמר הראשון הוא כבוד היום והדורו, וכאשר אמר (שמות כ, יא) על כן ברך ה' את יום השבת ויקדשהו, ועל כן הזכיר טעם כי ששת ימים עשה ה'.
אבל בכאן יזהיר אותנו לשמור השבת, בעבור היותנו עבדים במצרים עובדים כל היום על כרחנו ולא היתה לנו מנוחה, והוא יצונו עתה לשבות ולנוח, כדי שנזכיר חסדי השם עלינו בהוציאו אותנו מעבדות למנוחה.... »
On peut apporter un appui à ses paroles d’après Tossafot sur Pessa’him 117 : Tossafot écrivent que le mot « פרך » (travail pénible) devient, par le système de transposition atbash, « וגל », dont la valeur numérique est 39, correspondant aux 39 catégories de mélakhot interdites le Chabbat.
Dès lors, il est clair que la cessation du travail le Chabbat montre que nous ne sommes plus des esclaves soumis au « avodat perekh ».
L’approche du Ramban.
Le Ramban objecte au Rambam : comment peut‑on établir un « souvenir de la sortie d’Égypte » par une simple abstention de travailler — puisqu’il n’y a là aucun signe visible par un acte positif ?
C’est pourquoi le Ramban explique que le Chabbat est essentiellement un souvenir de l’œuvre de la Création. Et c’est par le souvenir des miracles de la sortie d’Égypte que nous reconnaissons que D. est vivant, éternel, et qu’Il dirige le monde par des signes et des prodiges, parce que c’est Lui qui a créé le monde.
Voici les termes du Ramban :
« והנה השבת זכר ליציאת מצרים ויציאת מצרים זכר לשבת… כי הוא אשר ברא את הכל במעשה בראשית ».
Il n’y a donc aucune contradiction : la Création du monde et la sortie d’Égypte viennent toutes deux renforcer notre émouna, notre foi, que D. a créé le monde et qu’Il le dirige en permanence.
Sur le plan pratique (lé‑halakha) :
Notre maître le Gaon Rav Amram Fried shlita écrit : « L’obligation de mentionner la sortie d’Égypte dans le kiddouch (Pessa’him 117) est indispensable, puisqu’elle constitue une partie essentielle du kiddouch. Voir Min’hat ‘Hinoukh, mitsva 31, et Biour Halakha, siman 271. »
Et voici les paroles du Min’hat ‘Hinoukh, à propos de la paracha Yitro, mitsva 31 :
« …Il ressort clairement que cette obligation est d’ordre toranique, et si l’on n’a pas mentionné la sortie d’Égypte, on n’a pas accompli la mitsva du tout, puisque cette obligation est déduite par une guézéra chava, et qu’une guézéra chava a le statut même d’une loi explicite de la Torah. »
En mon nom et au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom oumevorakh.