Paracha Bechala'h – à propos de fixer un lieu de rendez-vous près d'une maison d'idolâtrie
Question
Un guten erev Chabbat.
Lorsque Hachem a ordonné à Moché où camper dans le désert, quand le peuple d’Israël sortait d’Égypte, il est dit ainsi :
(a) « Vaïedaber Hachem el Moché léémor », (b) « Daber el bné Israël véyachouvou véyachannou lifné Pi Ha’hiroth ben Migdol ouvén ha-yam, lifné Baal Tsafon, nikho tahanou al ha-yam ».
Or il existe une halakha selon laquelle il est interdit de dire à quelqu’un de se rencontrer près d’une maison d’idolâtrie, car c’est comme si l’on accordait de l’importance à cet endroit.
Cette halakha est rapportée dans la Guémara, traité Sanhédrin 63 :
« Détanya : “véchem elohim akherim lo tazkirou” — qu’un homme ne dise pas à son prochain : “attends-moi à côté de telle et telle avoda zara” ».
Si c’est ainsi, on doit s’étonner : comment le verset peut-il dire qu’Hachem a dit à Moché d’ordonner au peuple d’Israël de camper devant Baal Tsafon ?
Réponse
Nous présenterons d’abord le cheminement des paroles du « Da’at Zekenim mi‑Baalei Tossafot », puis nous examinerons ses propos, avec l’aide d’Hachem.
Il rapporte cette question au nom de Rabbi Yehouda, et il la laisse en suspens, comme une question « tsarikh iyoun » (qui nécessite un approfondissement).
Cependant, le Da’at Zekenim donne lui-même deux approches : la première est que certaines halakhot ont été données spécifiquement au peuple d’Israël, comme nous trouvons que Hachem juge le monde entier même le Chabbat, alors qu’il est interdit à Israël de siéger en jugement le Chabbat. De même ici, cette halakha a été donnée au peuple juif, mais cela est permis pour Hachem.
Ou bien, puisque cela eut lieu avant le don de la Torah, l’interdiction n’était pas encore en vigueur.
Et voici les termes mêmes du Da’at Zekenim mi‑Baalei Tossafot :
« “Nikho tahanou”. Le Rav Rabbi Yehouda s’étonne : comment [Hachem] a‑t‑Il pu lui dire qu’ils camperaient au bord de la mer devant Baal Tsafon, alors que nous disons qu’il est interdit à un homme de dire à son prochain : “attends-moi à côté de telle avoda zara” ? Cela nécessite explication.
Et il me semble que cela vaut seulement pour un homme, mais pas pour le Saint béni soit-Il, car nous trouvons que le Saint béni soit-Il siège et juge le monde entier même le Chabbat, et même à Roch Hachana et à Yom Kippour, bien que cela soit interdit à Israël (et c’est ainsi qu’a écrit Rachi, de mémoire bénie, dans Roch Hachana 30a, vois là-bas).
Et il me semble encore que, la Torah n’ayant pas encore été donnée, il n’y avait pas lieu de s’en inquiéter, même si elle était déjà écrite et déposée devant le Saint béni soit-Il. »
Mais on peut s’interroger sur la question elle-même, car il est clairement écrit dans le traité Sanhédrin, page 63, qu’il est permis de mentionner le nom d’une idolâtrie lorsque ce nom figure déjà dans la Torah.
La Guémara y rapporte une histoire : Oula arriva à Bavel et dormit dans un endroit appelé Kolnavo (qui était le nom d’une avoda zara). Le lendemain, Rava lui demanda : « Où as-tu dormi ? » Il répondit : « À Kolnavo. » Rava lui dit : « Mais il est interdit de mentionner le nom d’une avoda zara ; comment peux-tu prononcer ce nom ? » Oula répondit que, puisque c’est un nom déjà mentionné dans la Torah, il est permis de le mentionner.
J’ai trouvé, avec l’aide d’Hachem, que telle est également la question de l’Or Saméa’h (chap. 5 des lois d’Avoda Zara, halakha 11) :
« C’est pourquoi le Nom, béni soit-Il (Chémot 14,2), a dit : “devant Baal Tsafon, en face de lui vous camperez, etc.”, bien qu’il soit interdit de dire : “garde pour moi à côté de telle idolâtrie”, car ce qui est écrit dans la Torah est permis à mentionner ; vois Tossafot sur la Torah, et cela reste étonnant. »
À première vue, on peut expliquer les paroles du Da’at Zekenim de deux manières :
Ou bien la Guémara ne parle que du fait de prononcer le nom de l’idolâtrie : si le nom est mentionné dans la Torah, on peut le prononcer dans la conversation, mais l’utiliser comme point de repère ou comme indication de direction reste interdit, car on montre ainsi de l’importance pour ce lieu.
Ou bien on peut dire que la difficulté du Da’at Zekenim mi‑Baalei Tossafot porte sur le fait même que le Nom divin ait été écrit ainsi dans la Torah : comment a‑t‑Il pu, a priori, y inscrire le nom d’une avoda zara, puisqu’il est en principe interdit de le mentionner ? Et la permission de la Guémara ne s’applique qu’une fois que cela est déjà écrit dans la Torah.
En pratique :
Notre maître le Gaon Rav Amram Fried shlita écrit qu’aujourd’hui encore, un bâtiment de chrétiens, étant considéré comme une maison d’idolâtrie, il est interdit de dire de se rencontrer près de cet endroit. Et même en donnant un itinéraire, il est interdit de dire : « À cette église, tourne à droite. »
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat chalom et mévorakh.