Parachat Bo – à propos des horaires de prière en avion
Question
Un gutn erev Chabbat !
Lorsque Moché Rabbénou avertit les Égyptiens au sujet de la plaie des premiers-nés, il ne précisa pas exactement l’heure à laquelle elle surviendrait, comme il est dit :
(Chémot, chapitre 11, verset 4) « וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה כֹּה אָמַר ה' כַּחֲצֹת הַלַּיְלָה אֲנִי יוֹצֵא בְּתוֹךְ מִצְרָיִם » — « Et Moché dit : Ainsi a dit Hachem : vers minuit, Je sortirai au milieu de l’Égypte. »
Rachi explique que la raison pour laquelle Moché n’a pas dit « à minuit précisément » est que les astrologues égyptiens pourraient se tromper et discréditer Moché en disant que la plaie des premiers-nés ne s’est pas produite exactement à minuit.
Voici les mots de Rachi :
« …שאמר משה כחצות, דמשמע סמוך לו או לפניו או לאחריו, ולא אמר בחצות, שמא יטעו אצטגניני פרעה ויאמרו, משה בדאי הוא ».
…Moché a dit « vers minuit » (כַּחֲצוֹת), ce qui implique “proche de là”, soit un peu avant, soit un peu après, et il n’a pas dit « à minuit » (בַּחֲצוֹת), de peur que les astrologues de Pharaon ne se trompent et ne disent : Moché est un menteur.
La difficulté est que plus loin, lorsqu’il est question de la plaie des premiers-nés, la Torah dit : « Et Je passerai à travers l’Égypte », et Rachi explique : « comme un roi qui passe d’un endroit à un autre, et en un seul passage, en un seul instant, tous sont frappés ».
N’est-ce pas une contradiction ? D’un côté, nous disons qu’ils furent tués en un instant, et d’un autre côté, c’est décrit comme Hachem passant d’un lieu à l’autre, ce qui semble indiquer qu’ils furent tués à des moments différents.
De plus, pourquoi Moché craignait-il tellement que les astrologues disent qu’il avait menti et que la plaie des premiers-nés n’avait pas eu lieu à minuit, alors qu’ils n’avaient aucun moyen de le prouver et que leur affirmation n’aurait de toute façon pas été crédible ?
Allusion à la réponse :
Question halakhique : une personne qui voyage en avion et souhaite prier Min’ha doit tenir compte des règles relatives à l’heure de la chékiya (coucher du soleil).
Réponse
Nous savons que l’heure du coucher du soleil à Bné Brak n’est pas la même qu’à Tsfat. Pourquoi ? Parce que l’heure de la chékiya (coucher du soleil) dépend de la position de la ville par rapport au soleil et varie donc d’un endroit à l’autre. Le soleil « se couche » selon l’horizon propre à chaque lieu.
De là découle la question suivante : lorsque quelqu’un se trouve dans un avion, comment définir l’heure de la chékiya ? L’avion est en mouvement permanent : à un moment il survole une zone où le coucher du soleil aura lieu, par exemple, dans trois heures, puis dix minutes plus tard il est déjà au-dessus d’une zone où le coucher aura lieu dans deux heures et demie, et ainsi de suite. Il s’ensuit que, pendant un vol — par exemple d’Europe vers la Terre d’Israël —, l’heure du coucher du soleil ne cesse de « se déplacer ».
Il faut donc déterminer comment mesurer l’heure de la chékiya en avion.
On peut poser une question similaire à propos d’un jeûne : à quel moment, au cours du vol, est-il permis de rompre le jeûne, alors que l’horaire de la nuit change sans cesse ?
On peut encore ajouter l’exemple suivant : à Dubaï se trouve un immeuble très élevé, la Burj Khalifa, qui atteint presque un kilomètre de hauteur. On y dit qu’il est possible d’y voir le coucher du soleil deux fois : après le coucher du soleil au niveau du sol, on monte en ascenseur aux étages supérieurs et l’on voit de nouveau le soleil se coucher. On peut donc demander : à quel coucher du soleil doit-on se référer pour calculer la chékiya ?
Notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita écrit :
On juge toujours une personne selon l’endroit où elle se trouve. Par conséquent, s’il est dans un avion, on considère l’espace aérien situé sous l’avion : y est-il jour ou nuit ? Et c’est en fonction de cela qu’il faut se conduire dans l’avion.
Il en résulte que celui qui voyage d’un endroit à un autre un jour de jeûne (selon le pays d’où il part) devra parfois jeûner trente heures, et parfois seulement dix-huit heures.
Sur cette base, nous comprenons la réponse donnée par le Maharil Diskin (Hidouché ha-Gaon Rav Yehochoua Leib Diskin) : dans un grand pays comme l’Égypte, l’heure exacte de ‘hatsot (minuit) varie d’un lieu à l’autre. C’est pourquoi Hachem dit à Moché qu’à ‘hatsot, Il frappera chaque premier-né, et en effet, chaque premier-né fut frappé exactement au moment de ‘hatsot selon l’heure locale de son emplacement.
Cela répond à la première question que nous avons posée sur Rachi : il n’y a aucune contradiction. Hachem « passe » comme un roi qui va d’endroit en endroit et frappe chaque premier-né « en un seul instant », car tous furent frappés au même « moment de ‘hatsot », mais en fonction de ‘hatsot propre à chaque lieu.
De même, la seconde question est résolue : pour les astrologues de Pharaon, il apparaîtrait que les premiers-nés meurent à des heures différentes dans les diverses régions du pays, et ils diraient donc que ce n’était pas à ‘hatsot. C’est pourquoi Moché leur dit : « ke’hatsot ha-layla » — vers le milieu de la nuit.
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Chabbat paisible et rempli de bénédictions.