Parachat Shemot – Se désigner par un nom non juif
Question
A gutn Shabbes !
Dans notre paracha il est écrit :
Chémot, chapitre 1, verset 1 :
« Voici les noms des fils d’Israël qui vinrent en Égypte avec Yaakov ; chacun avec sa maison, ils vinrent. »
Le Baal HaTourim sur Chémot 1,1 :
« “Et voici les noms des fils d’Israël qui viennent...” – les initiales des mots forment le mot “cheviya” (captivité), pour enseigner que même lorsqu’ils étaient en captivité, ce furent encore les “noms des fils d’Israël”, car ils n’ont pas changé leurs noms. Et c’est ce que disent nos Sages (Pirkei de-Rabbi Eliezer 48) : pour trois choses ils furent délivrés d’Égypte – parce qu’ils n’ont pas changé leurs noms, etc. »
Nous voyons de même dans la Pessikta au sujet du verset Devarim 26,5 :
« Et là, il devint une grande nation, forte et nombreuse. »
Pessikta Zoutrata, Devarim, parachat Tavo, p. 46a :
« Autre explication de “et là il devint une nation” : cela enseigne qu’Israël y était distinct. Leur vêtement, leur nourriture et leur langue étaient différents de ceux des Égyptiens. Ils étaient marqués et connus comme un peuple à part, distinct des Égyptiens. »
De tout ce qui précède, on voit combien il était important pour les Juifs de garder leurs noms juifs pendant l’exil d’Égypte.
La question : de nos jours, dans le monde des affaires, des personnes se désignent par des noms non juifs comme John, Erik. Est-il correct d’agir ainsi ? Et si oui, pourquoi ?
Réponse
Pour répondre à la question, il faut la diviser en deux cas :
A. Lorsque quelqu’un le fait parce qu’il estime les non-Juifs et veut leur ressembler par son habillement et par son nom.
Le Maram Shik écrit dans Yoré Déa, siman 169, que cela est interdit non seulement en raison du midrash, cf. là-bas, mais par la loi de la Torah, à partir du verset « Je vous distinguerai des peuples ». En voulant se conduire comme un non-Juif, en portant des vêtements de non-Juif et en se donnant aussi un nom non juif, cela est interdit par la Torah, comme l’explique le Rambam dans Hilkhot Avoda Zara au début du chapitre 10.
Lorsque le Maram Shik écrit à ce sujet, il rapporte d’abord un incident qui lui est arrivé lorsqu’il était rabbin de la ville de Yargin, près de Pressbourg. Un jour, lorsqu’il rencontra un ministre local, celui-ci se plaignit devant lui et dit qu’il n’est pas digne que les Juifs se donnent des noms de non-Juifs. Selon lui, toutes les autres nations considèrent comme précieuses les appellations qui leur viennent de la tête de leur peuple — comme les Hongrois, les Français, etc. — et toutes sont attachées à leur langue et à leurs noms et ne les changent en aucune façon, car elles y voient un honneur et une gloire. Tandis que les Juifs, qui sont parmi les plus anciens des peuples et dont dépend l’existence du monde, ont honte d’être appelés par leurs propres noms et les changent pour des noms de non-Juifs — et cela, à ses yeux, était une grande honte.
Le rabbin raconte qu’il n’avait rien à répondre à cela, et il écrit qu’il éluda la question en disant que c’est le long exil qui en est la cause.
B. Lorsqu’une personne ne change pas complètement son nom, mais le fait uniquement pour des raisons de subsistance. Puisqu’elle travaille parmi des non-Juifs, il leur est plus facile de prononcer un nom auquel ils sont habitués, et aussi parce qu’elle ne veut pas trop se faire remarquer ni attirer une attention superflue, etc.
Dans les responsa du Maharshdam, Yoré Déa, siman 199, il est question de Juifs contraints (anusim) venus du Portugal, qui portaient des noms comme ceux des non-Juifs. Après leur retour vers Hachem et Sa Torah, ils ont changé leurs noms pour des noms juifs. Ils ont ensuite eu besoin d’écrire, depuis leur lieu de résidence en tant que Juifs, vers l’endroit où ils étaient connus sous leurs noms non juifs — que ce soit à des proches ou à des personnes avec lesquelles ils avaient des relations d’affaires.
Ils demandèrent s’il leur était permis d’écrire et de signer avec les noms qu’ils avaient lorsqu’ils étaient dans leur état de « non-Juifs », ou bien s’il y avait là un risque d’interdit, car cela pourrait donner l’impression qu’ils maintiennent encore une identité non juive et ne reconnaissent pas la Torah d’Hachem.
Le Maharshdam leur répondit que tout ce que les décisionnaires de mémoire bénie interdisent et sur quoi ils sont rigoureux, c’est uniquement que la personne ne se modifie pas elle-même et son apparence devant les non-Juifs au point qu’ils la prennent pour un non-Juif et disent en la montrant du doigt : « Celui-ci est un non-Juif », ce qui impliquerait une profanation du Nom divin. Mais lorsqu’il ne fait qu’écrire ses affaires et signe ensuite son nom par un nom non juif, et que celui qui reçoit la lettre sait certainement qu’il est juif, tandis que d’autres qui voient la lettre pensent que ces biens n’appartiennent pas à un Juif, mais à un non-Juif, sans connaître la personne elle-même — et de plus, ce n’est pas une chose qui se fait en public, de sorte qu’on puisse dire qu’il y a là une profanation du Nom divin, à D. ne plaise — alors cela est permis. « Ce qui me semble correct, je l’ai écrit », conclut-il.
À la lumière de ce que nous avons appris, nous pouvons revenir à la « question de la semaine ».
Le midrash décrit comment ils se distinguaient des non-Juifs en ne changeant pas leurs noms pour des noms non juifs, ainsi que par leur vêtement et leur langue, et agir ainsi aujourd’hui encore serait interdit, comme expliqué plus haut.
La halakha pratique concernant les noms non juifs dans le monde des affaires, et en général : notre maître, le Gaon Rav Amram Fried shlita écrit qu’il ne faut pas se désigner par un nom non juif si son intention est de se mêler aux non-Juifs et que l’on ne voie pas qu’il est juif. Mais si l’on utilise un nom juif, et que l’on n’emploie un nom non juif que pour les besoins des affaires avec des non-Juifs, cela est permis.