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La kavana lors de la récitation du Chema

« Chema Israël, etc. » (Devarim 6, 4) ; « Vehaya im chamoa, etc. » (Devarim 11, 13)

L’obligation de kavana dans « Chema Israël »

La Guemara (Berakhot 13b) explique que les Tannaïm discutent jusqu’où il faut avoir la kavana lors de la récitation du Chema : « Les Sages ont enseigné : “Chema Israël, Hachem Elokénou, Hachem é’had” — jusqu’ici l’intention du cœur est requise, paroles de Rabbi Méir. Rava dit : la halakha suit Rabbi Méir. »
Les Richonim discutent si cette kavana est indispensable ou seulement requise a priori. Selon le Rambam (Lois du Chema 2, 1), elle est indispensable : sans kavana, on n’est pas quitte. Telle est aussi la conclusion du Rachba et d’autres Richonim, bien qu’au début le Rachba ait écrit qu’elle n’est requise qu’a priori.
En pratique, le Choulhan Aroukh tranche comme le Rambam : la kavana dans le premier verset est indispensable. Il écrit : « Celui qui lit le Chema sans diriger son cœur dans le premier verset, Chema Israël, n’est pas quitte » (Ora’h ‘Haïm 60, 5), et encore : « L’essentiel de la kavana est dans le premier verset ; s’il l’a lu sans y diriger son cœur, il n’est pas quitte et doit relire. »

Quelle kavana est requise — les avis des Richonim
Les Richonim discutent aussi de la nature de cette kavana. Il existe trois approches : certains disent qu’il s’agit de la kavana ordinaire des mitsvot ; d’autres disent qu’il faut comprendre le sens des mots ; d’autres enfin disent que le premier verset exige la kavana d’accepter le joug de la Royauté du Ciel.
[1] Le Ramban comprend qu’il s’agit de la kavana ordinaire des mitsvot. Cet avis n’a pas été retenu comme halakha pratique, car la kavana générale de la mitsva concerne tout le Chema et pas seulement le premier verset.
[2] Le Ritva explique qu’il faut viser le sens des mots : « diriger son cœur vers chaque mot, méditer le sujet et le comprendre ». Cela ressort aussi du Sefer HaBatim et du Kad HaKemah.
[3] Le Eshkol et le Méïri expliquent qu’il s’agit de l’acceptation du joug de la Royauté du Ciel, c’est-à-dire de reconnaître l’unité de Son Nom béni et d’accepter Sa royauté. Cela ressort également du Sefer HaChoulhan, des Or’hot ‘Haïm et du Rachba, bien que certains passages du Rachba demandent analyse.

Quelle kavana est requise — avis des A’haronim et halakha pratique
Les A’haronim discutent. Rabbi Akiva Eiger écrit qu’il suffit d’accepter le joug de la Royauté du Ciel et qu’il n’est pas nécessaire de comprendre le sens des mots. En revanche, la Michna Broura indique que comprendre le sens des mots est indispensable.
En pratique, il faut tenir compte de l’avis selon lequel le sens des mots est indispensable. Toutefois, celui qui est indulgent et ne recommence pas a sur qui s’appuyer. Même selon l’avis strict, cela ne concerne pas la kavana des lettres du Nom divin, qui n’empêche pas l’accomplissement. De même, si l’on a compris le sens simple des mots et prêté attention à ce que l’on disait, même sans viser leur explication détaillée, on est quitte a posteriori.

Acceptation du joug de la Royauté du Ciel dans le Chema

La Michna (Berakhot 13b) explique que la lecture du verset « Chema Israël » a pour objet l’acceptation du joug de la Royauté du Ciel : « Pourquoi Chema précède-t-il Vehaya im chamoa ? Afin que l’homme accepte d’abord le joug de la Royauté du Ciel, puis le joug des mitsvot. » Il faut donc avoir l’intention d’accepter le joug de la Royauté du Ciel.

Cette kavana est-elle indispensable ?

Il semble que cette kavana soit indispensable : même si l’on a compris tous les mots, si l’on n’a pas eu l’intention d’accepter le joug de la Royauté du Ciel, on n’est pas quitte. Cela ressort du ‘Hatam Sofer et des Richonim qui définissent la kavana ainsi. Le Siddour du Yaavets et le Ben Ich ‘Haï écrivent qu’avant le Chema il faut viser la mitsva de lire le Chema et la mitsva d’unifier le Nom divin. Le Siddour du Chla et le Gra ne mentionnent que la mitsva du Chema, sans mention séparée de l’unification du Nom, peut-être parce qu’il s’agit d’une mitsva constante.

La kavana lors de la mention des Noms divins

Nous ne trouvons pas dans les paroles de ‘Hazal ni chez la plupart des Richonim de source explicite obligeant à penser au sens du Nom lorsqu’on mentionne un Nom divin.
Cependant, le Tour (Ora’h ‘Haïm 5) écrit qu’il faut comprendre les mots des bénédictions et, lorsqu’on mentionne le Nom, penser au sens de sa lecture : Adnout signifie qu’Il est Maître de tout ; le Nom écrit youd-hé-vav-hé signifie qu’Il était, est et sera ; Elokim signifie qu’Il est puissant et fort, possédant la capacité dans les mondes supérieurs et inférieurs. Ainsi tranche le Choulhan Aroukh.
Il semble que, bien qu’il faille penser au sens des Noms, on ne transgresse pas d’interdit si l’on n’a pas pensé à leur signification. Les paroles sévères concernent celui qui ne prête pas du tout attention au fait qu’il prononce le Nom d’Hachem. Mais s’il sait qu’il prononce le Nom divin, même sans en viser le sens, ce n’est pas une mention vaine du Nom.

La kavana des autres Noms
Il n’est pas explicite si cela concerne seulement Havaya, Adnout et Elokim, ou tous les Noms qui ne peuvent être effacés. Il semble que le même principe s’applique à tous les Noms non effaçables.

Kavana du Nom dans la prière, Chnayim Mikra et Tehilim

Il n’est pas explicite si cette obligation concerne seulement les bénédictions, également la prière, ou toute mention du Nom divin, comme dans les Tehilim, Chnayim Mikra ou l’étude du Tanakh. Le Levouch et la Michna Broura indiquent que cela concerne aussi la prière ; le Kaf Ha’Haïm considère évident que cela vaut pour toute mention du Nom.

Déclaration préalable concernant la kavana du Nom

Afikei Yam et le Siddour Tefila LeDavid écrivent qu’au début de chaque jour on peut déclarer qu’à chaque mention du Nom on vise sa signification correcte. Cette idée est toutefois nouvelle : de telles déclarations sont connues pour les vœux, non pour l’honneur du Nom divin, où il s’agit de penser à sa signification. Néanmoins, puisque l’obligation principale est de savoir que l’on prononce le Nom d’Hachem, si cela est difficile à chaque fois, on peut être indulgent et s’appuyer sur cette déclaration ; a priori, il faut toutefois penser au sens.

Comment dire le verset « Chema Israël »

Le Rama (61, 14) écrit qu’il faut diviser le verset « Chema Israël… » en trois parties : Chema Israël ; Hachem Elokénou ; Hachem é’had — afin que l’on entende : « Écoute, Israël : Hachem, Qui est notre Dieu, est Hachem, l’Unique ». Le but est de montrer que l’on accepte le joug de la Royauté du Ciel. La majorité des Richonim comprennent tout le verset comme une seule affirmation : Hachem, Qui est notre Dieu, est Hachem l’Unique, le seul Maître de toute la création. Rachi explique qu’Hachem, aujourd’hui notre Dieu et non celui des nations, sera à l’avenir reconnu comme Un. En pratique, on suit la majorité des Richonim et le Rama.

En disant « Elokénou », on doit aussi viser l’acceptation du joug de la Royauté du Ciel.

Le sens du verset « Chema Israël »

Chema Israël comprends et accepte dans ton cœur que :
Hachem Maître de tout, Qui était, est et sera ;
Elokénou Tout-Puissant et notre Dirigeant ; nous acceptons sur nous le joug de Sa royauté ;
Hachem Maître de tout, Qui était, est et sera ;
É’had seul Maître dans les cieux, sur la terre et dans les quatre directions du monde.

L’obligation de kavana dans « Baroukh Chem »

Certains disent que la kavana dans « Baroukh Chem… » est indispensable. Toutefois, le Biour Halakha indique que même si l’on n’a pas dit du tout « Baroukh Chem », on est quitte ; et si l’on a déjà commencé « Veahavta », il n’est pas nécessaire de revenir.

Le sens de « Baroukh Chem »

Baroukh béni.
Chem kevod malkhouto Son Nom, Sa gloire et Sa royauté ; quant à Lui-même, Il est au-dessus de toute bénédiction et louange.
Leolam vaed pour toujours, lorsque Sa royauté se révélera ouvertement sur tout le monde.

Le sens de la bénédiction des Avot dans la Amida

Hachem Maître de tout. Sefataï tifta’h demande de permission de prier devant le Saint béni soit-Il. Oufi yaguid tehilatekha afin que je puisse dire Ta louange. Baroukh source de toutes les bénédictions. Ata Toi. Hachem Maître de tout. Elokénou Tout-Puissant et notre Dirigeant. Ve-Elokei avoténou Qui a dirigé nos patriarches. Elokei Avraham, Elokei Yits’hak, ve-Elokei Yaakov le Tout-Puissant qui dirigea Avraham, Yits’hak et Yaakov. HaKel Dieu fort. HaGadol le grand Dirigeant. HaGibor Qui accomplit des merveilles contre la nature. VeHaNora Qui inspire la crainte au monde. Kel Elyon Maître des mondes supérieurs. Gomel ‘hassadim tovim Qui nous prodigue des bontés sans attendre de retour. Ve-koneh hakol Créateur et Auteur de tout. Ve-zokher ‘hasdei avot Qui se souvient des bontés promises aux patriarches. Oumevi goel livnei veneihem Qui apporte la délivrance à leurs descendants. Lemaan chemo pour Son Nom. Beahava par amour pour nous. Melekh Roi. Ozer, oumochia, oumagen Celui qui aide, sauve et protège. Magen Avraham Qui protégea Avraham Avinou et nous protégera aussi par son mérite.

Kavana des Noms divins

Havaya Maître de tout, Qui était, est et sera ; les Séfarades ont coutume de viser cela. Selon le Gra, cela ne concerne que le Chema, tandis qu’ailleurs il suffit de penser qu’Il est Maître de tout.
Adnout Maître de tout.
Kah selon Rachi, lié à la crainte ; selon le Radak, indiquant que le monde provient de Lui.
Eké Celui qui fait exister toute chose.
Eké acher Eké idem, dans la perfection.
Kel Dieu fort.
Elokim Tout-Puissant, détenteur de toutes les forces.
Elokénou Tout-Puissant, notre Dirigeant.
Elokei le Tout-Puissant qui dirige quelqu’un.
Elokaï le Tout-Puissant qui me dirige.
Elokékha le Tout-Puissant qui te dirige.
Elokeikhem le Tout-Puissant qui vous dirige.
Chakkaï selon Rachi : Celui dont la divinité suffit à toute créature ; selon le Ramban et Ibn Ezra : Celui qui domine et soumet toute la création.
Tsevakot Celui dont la gloire se reconnaît parmi Ses armées.
Hallelouka l’usage est d’être strict et de le considérer comme un Nom saint ; son sens est lié au Nom Kah. Il existe une discussion s’il s’agit d’un mot ou de deux, et s’il est saint ; en pratique, l’usage répandu est de le considérer comme un Nom saint.