Réflexions éducatives à partir de la paracha Tsav — inculquer une simple conduite de derekh erets !
Il y a parfois des choses dont il nous semble qu’il ne nous appartient pas de les expliquer et de les clarifier à nos élèves et à nos enfants, puisqu’elles sont
simples et évidentes.
Mais en réalité, si nous essayons de prendre un élève qui a des difficultés à se conduire convenablement dans un domaine élémentaire, comme le derekh erets, ou autre,
et que nous travaillons avec lui la situation, que nous le guidons et l’orientons sur la manière d’agir dans certains cas et dans des situations complexes, nous pourrons
constater chez lui un changement béni, parfois même du tout au tout.
Cela ne demande de notre part, en tout et pour tout, que de la conscience et la volonté d’influencer, et bien sûr un peu de temps (« que nous n’avons pas tous »...).
Noa’h demande la permission
Lorsqu’on habitue un enfant au derekh erets, mais que l’on ne reçoit pas de sa part un retour approprié et suffisant — c’est-à-dire qu’il semble ne pas intérioriser
les choses — il faut nous demander : pourquoi ? Que s’est-il passé ?
Parfois, la réponse est simple : il faut un peu plus d’explication, et alors les notions prendront un autre sens dans son
monde intérieur.
Je donnerai un exemple.
Il y a quelque temps, j’ai parlé avec un adolescent qui se comportait et s’exprimait envers son entourage d’une manière peu respectueuse.
Nous avons commencé à travailler sur de petites choses, comme dire « merci », « s’il vous plaît », « puis-je », « je sors » (en informant à la maison
ses parents, etc.). Au cours de la discussion, je lui ai demandé : lorsque Noa’h est sorti de l’arche après le Déluge, devait-il
demander à Hachem la permission de sortir, ou était-il évident que, puisque le Déluge était terminé, il sortait ?
Dans le Midrach Tan’houma (13, 14), il est rapporté : « צא מן התיבה » — « Sors de l’arche ». Noa’h dit : De même que je ne suis entré dans l’arche qu’avec permission, ainsi
je ne sortirai qu’avec permission : « בוא אל התיבה » — « Entre dans l’arche » — « ויבוא נח » — « et Noa’h entra » ; « צא מן התיבה » — « Sors de l’arche » — « ויצא נח » — « et Noa’h sortit ». Hachem lui dit :
Tu demandes la permission ; voici ta permission : « צא מן התיבה » — « Sors de l’arche ».
Noa’h s’est conduit selon le derekh erets : de même qu’il n’est entré qu’après une instruction de Hachem, ainsi il a attendu l’ordre de sortir.
Nous apprenons de là que même une chose qui paraît a priori simple, comme sortir vers un certain endroit, je dois l’annoncer, et plus encore
« demander la permission », même s’il est clair que je ne suis pas obligé de demander — et « recevoir la permission ». Car c’est là une qualité de derekh erets.
Du temps passa, et je rencontrai le père de ce jeune homme, qui fut heureux de m’annoncer le changement survenu chez son fils : il s’était transformé,
et il donna même un exemple : « Quand il sort, il nous le dit et nous tient au courant ».
Après une autre période, je rencontrai le jeune homme, et il me dit alors, au cours de la conversation, que l’exemple de Noa’h l’accompagne
toujours.
Parfois, une bonne explication accompagnée d’un exemple et d’une illustration concrète de la conduite que l’on souhaite inculquer produit dans la conscience une perception et une réflexion plus profondes.
Ce n’est pas une obligation, mais du derekh erets
Ce principe, selon lequel même les choses simples doivent être transmises à nos élèves et à nos enfants, la Torah nous l’enseigne dans notre paracha.
Le verset dit : « ופשט את בגדיו ולבש בגדים אחרים והוציא את הדשן אל מחוץ למחנה אל מקום טהור » — « Il retirera ses vêtements, revêtira d’autres vêtements, et emportera les cendres hors du camp, vers un lieu pur » (6,
4). Rachi écrit : « Ce n’est pas une obligation, mais du derekh erets : afin qu’en emportant les cendres il ne salisse pas les vêtements avec lesquels il sert constamment ;
des vêtements avec lesquels on a cuisiné un plat pour son maître, on ne les portera pas pour verser une coupe à son maître. C’est pourquoi : “il revêtira d’autres vêtements” — de moindre importance que ceux-là ».
Même ce qui paraît simple, la Torah doit nous l’enseigner ; que répondrons-nous donc, nous, éducateurs, au sujet de notre devoir (qui est notre mérite)
d’enseigner, d’inculquer et d’exercer l’âme de nos élèves aux bonnes midot et au derekh erets.
Source
Rav Michael Zechariahu
Directeur spirituel à la grande yéchiva Torat David et président de l’organisation Légion du Roi