Réflexions éducatives à partir de la paracha Vayéchev — « l’image de son père » ! | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Réflexions éducatives à partir de la paracha Vayéchev — « l’image de son père » !

Cela se passa lorsqu’un des jeunes hommes était de temps à autre absent du second seder d’étude. J’ai essayé de vérifier où il se trouvait, mais j’ai eu du mal à trouver une réponse satisfaisante.

Après un certain temps, il vint de lui-même et raconta : « Je sors dans les rues de la ville pour regarder ici et là… » (et à bon entendeur, salut).

Je fus surpris. Il s’agissait d’un excellent élève à tous égards. J’ai demandé à mon maître, notre maître le Gaon Rav Yaakov Edelstein zatzal, comment me comporter avec lui. Il me dit : « Tu peux lui conseiller que chaque fois qu’il rencontre une épreuve, il se représente devant les yeux l’image de son père ou l’image de son Rav. »

Le jeune homme écouta effectivement le conseil et, à ma grande joie, quelques jours plus tard, il vint me raconter qu’il s’était défait de sa mauvaise habitude.

Cela s’apprend de notre paracha.

Yossef le juste résiste à l’épreuve avec la femme de Potiphar. Dans les paroles de nos Sages, de nombreux détails sont rapportés longuement, témoignant de la grandeur et de la profondeur de cette épreuve. Et la question qui se pose est : d’où lui est venue la force de surmonter ? D’où a-t-il puisé le courage et la puissance de refuser et de résister ?

Nos Sages ont expliqué (Sota 36b) : À ce moment-là, l’image de son père vint et lui apparut à la fenêtre. Il lui dit : « Yossef ! Tes frères sont destinés à être inscrits sur les pierres de l’éphod, et toi parmi eux. Veux-tu que ton nom soit effacé d’entre eux ? » En raison de sa crainte et de sa honte devant son saint père, Yossef s’abstint de la faute et s’enfuit de là tant qu’il le pouvait.

Il est donc clair que sans l’image de son père qui lui fut révélée, Yossef aurait cédé aux séductions de cette méchante femme, et seule la révélation du visage de son père l’a sauvé de la faute !

Yossef le juste aurait pu avoir de nombreuses excuses pour fauter. Après tout, ses frères l’avaient jeté dans une fosse, il avait été vendu de main en main, il avait vécu de nombreuses années dans la société égyptienne corrompue, et qui savait même s’il rentrerait un jour chez lui. Et surtout à la lumière des paroles de nos maîtres, de mémoire bénie, selon lesquelles il vit par son esprit saint qu’une partie de la future génération de tout Israël devait sortir d’elle. Alors pourquoi Yossef choisit-il de rester fidèle à l’éducation qu’il avait reçue ?

« L’image de Yaakov, son père, lui apparut » ! Dans les moments de crise et de doute, Yossef se souvint de son père, de l’éducation

pure qu’il avait implantée en lui, et alors il se revêtit de courage et de force.

La qualité de l’éducation ne se mesure pas forcément lorsque les parents sont dans les environs, surveillant et supervisant, mais lorsqu’ils sont une « image » positive et forte dont on se souvient même en leur absence.

Yaakov Avinou, outre le fait qu’il était le père de Yossef, était aussi son Rav principal, et c’est de lui qu’il apprit la majeure partie de sa sagesse. C’est pourquoi, à ce moment où son penchant prit le dessus sur lui, il vit dans son esprit l’image de Yaakov l’avertissant contre la faute ; aussitôt il fut rempli de crainte et de honte devant lui, et il s’enfuit et sortit dehors.

Yossef le juste se demandait avant chaque acte qu’il accomplissait et dans chaque épreuve qu’il affrontait : « Que dirait Papa à ce sujet s’il me voyait maintenant ? » « Si je me comporte de telle ou telle manière, comment Papa réagirait-il ? »

Lorsque l’on se représente l’image du père ou du Rav, on ne se souvient pas seulement de la forme de son visage, mais de sa personnalité, de sa dimension intérieure, de sa Torah et de ses voies ; et lorsque cela se tient devant les yeux de l’homme, cela se tient en réalité devant son esprit et lui donne la force de rester ferme.

Dans le même esprit, le juste Gaon Rav Shlomo Wolbe zatzal écrivit dans son livre Zeri’a Ouvinyan Be’hinoukh (« Semer et construire dans l’éducation », p. 16) : « L’éducation est un processus qui doit, dès le départ, être envisagé à long terme. Déjà lorsque l’enfant a deux ou trois ans, il faut savoir et prendre en compte que lorsqu’il aura quatorze ou quinze ans, il traversera une période très difficile. Pour traverser sereinement la période de quatorze ans, il doit être lié à ses parents par une relation chaleureuse… Les parents doivent construire une relation chaleureuse avec l’enfant, de sorte que lorsque l’enfant sera à l’âge de l’adolescence, qui est une période difficile, cette relation chaleureuse le soutienne et l’aide. »

Le chien distingue-t-il ceux qui craignent Hachem — vraiment ?

À ce sujet, j’ai entendu de mon oncle, le Rav Gaon Yé’hiel Baroukh Elandaf shlita, qui raconta :

« Dans ma jeunesse, lorsque nous habitions à Tel-Aviv, il y eut une période où se produisirent de nombreuses effractions et des vols dans les maisons. L’un des frères décida d’amener un grand chien dans la cour de la maison afin de dissuader les voleurs et les gens malintentionnés de s’approcher de notre maison. Or, je remarquai un phénomène étrange : chaque fois que mon père zatzal (mon grand-père, le juste Gaon Rav Saadia Elandaf zatzal) arrivait à la maison, le chien s’enfuyait et se cachait jusqu’à ce qu’il passe ! C’était étonnant, car le chien n’avait peur de personne ; au contraire, s’il connaissait quelqu’un il lui sautait dessus, et s’il ne le connaissait pas il l’attaquait…

En effet, même un animal s’écarte et s’effraie devant le visage d’un talmid ‘hakham sur lequel se lit la crainte de Hachem.

Toutefois, même celui qui n’est pas à de tels niveaux, où l’éclat de son visage influence et rayonne sur son entourage, il est certain que son image même en tant que père, éducateur, guide, homme de stature, homme de valeurs authentiques, exerce une grande influence sur l’âme des enfants et des élèves, qui cherchent toujours et désirent s’attacher à une figure estimée dans leur monde et la suivre. Cela nous oblige beaucoup à être une telle figure, comme l’a écrit Rav Samson Raphaël Hirsch dans son livre Fondements de l’éducation (vol. 2, p. 55) : « Des parents autoritaires ne réussiront pas à éduquer à la patience ; des parents irascibles ne pourront pas éduquer à la modération ; des parents grossiers ne pourront pas éduquer aux bonnes manières ; et des parents rusés ne pourront pas éduquer à la simplicité et à la droiture. Toutes les paroles ne font pas sur l’enfant une impression comparable à l’exemple vivant qu’il voit chez ses parents et ses maîtres.

Et comme l’a dit le roi Chlomo dans Chir HaChirim : « צְאִי לָךְ בְּעִקְבֵי הַצֹּאן וּרְעִי אֶת גְּדִיֹּתַיִךְ עַל מִשְׁכְּנוֹת הָרֹעִים » — « Sors sur les traces du troupeau, et fais paître tes chevreaux près des demeures des bergers. » Et ils ont dit dans la Guemara (Ketoubot 67a) : « Ne lis pas “gediyotayikh” — “tes chevreaux”, mais “geviyotayikh” — “tes corps”. » Autrement dit, quelle est la voie pour faire paître nos chevreaux près des demeures des bergers ? Comment peut-on véritablement mériter de voir que les chevreaux, c’est-à-dire les enfants, continuent sur la voie des bergers, les pères, et ne l’abandonnent pas ?

Lorsque tu feras paître tes chevreaux — tes « corps » !!!

Lorsque l’homme lui-même, son « corps », son corps et son image, marche dans la voie tracée par les pères de génération en génération, alors il méritera de voir les chevreaux (tes chevreaux) continuer sur cette même voie.

L’image — n’est pas seulement un symbole, mais la désignation même de l’essence de l’homme, de sa personnalité, de son mode de vie et de la voie qu’il représente dans le monde.

Telle est notre responsabilité en tant que parents et éducateurs : être un exemple personnel d’« image ». Alors, assurément, elle « le sauve de la faute ».


Source

Rav Michael Zacharyahu

Directeur spirituel à la grande yéchiva Torat David et président de l’organisation Légion du Roi