Recueil de questions sur le Érouv Tavchiline
Question
Shalom au Rav,
J’ai plusieurs questions concernant l’Érouv Tavchiline (institution rabbinique consistant à préparer un plat avant la fête afin de préparer à l'avance depuis Yom Tov pour Shabbat qui le suit instantanément):
A. Lorsque Yom Tov tombe jeudi et vendredi (en dehors d’Israël, où l’on observe deux jours de Yom Tov), et que le Shabbat vient immédiatement après — est‑ce que le Érouv permet déjà, dès le premier jour de Yom Tov (c’est‑à‑dire jeudi), de cuisiner et de préparer des mets directement pour le Shabbat, ou bien cette permission ne s’applique‑t‑elle que le deuxième jour de Yom Tov, qui est la veille de Shabbat ?
B. Dans le texte du Érouv Tavchiline nous disons :
« בהדין עירובא יהא שרא לנא לאפויי ולבשולי ולאטמוני ולאדלוקי שרגא ולמעבד כל צרכנא מיום טוב לשבת » - "Avec ce Érouv, il nous est permis de cuire, d'enfouir, d'allumer une bougie et de faire tous nos besoins de Yom Tov pour Shabbat " .
À propos de « ולאדלוקי שרגא » (allumer une bougie)— s’agit‑il de l’allumage même des bougies de Shabbat, et faut‑il pour cela également un Érouv Tavchiline ? Ou bien cela se réfère‑t‑il seulement à l’allumage du feu pour les besoins de la cuisson et de la pâtisserie ?
C. A‑t‑on besoin d’un Érouv Tavchiline aussi pour des préparatifs qui n’impliquent pas un travail de cuisson proprement dit, comme mettre la table, préparer les lits, et d’autres préparatifs en l’honneur du Shabbat, en raison de l’interdit de Hakhana (préparer de Yom Tov pour Shabbat), ou bien le Érouv n’est nécessaire que pour des Melakhot à proprement parler tels que cuire, faire cuire au four, etc. ?
D. Une femme peut‑elle faire elle‑même le Érouv Tavchiline et réciter la bénédiction dessus, ou est‑il préférable que le mari fasse le Érouv et la bénédiction ? Et si les deux en sont capables — existe‑t‑il une préférence halakhique quant à celui qui doit le faire ?
E. Dans un cas où tous les mets de Yom Tov et de Shabbat ont déjà été préparés la veille de Yom Tov, et que l’on ne prévoit pas, pendant Yom Tov même, de cuisiner, cuire ou faire des travaux liés à la cuisson pour les besoins de Shabbat — reste‑t‑il malgré tout une obligation de faire un Érouv Tavchiline ?
Par exemple, si en pratique les seules actions qui seront faites pendant Yom Tov en vue de Shabbat sont l’allumage des bougies de Shabbat, mettre la table, laver la vaisselle, sortir des aliments du congélateur, couper des légumes et d’autres préparatifs seulement — mais sans cuisson, pâtisserie ni allumage du feu pour la cuisson — doit‑on faire dans ce cas un Érouv Tavchiline ? Et si oui, le fait‑on avec bénédiction ou sans bénédiction ?
Si vous pouvez également indiquer les sources halakhiques sur ces points, j’en serais très reconnaissant.
Merci beaucoup.
Réponse
Shalom Ouvrakha,
A. Le Érouv ne permet de cuisiner que le vendredi. (Michna Broura, 527, 41).
B. Il s’agit de l’allumage des bougies. Les décisionnaires (Poskim) sont partagés sur le fait de savoir si un Érouv est requis pour cela (voir le Choulhan Aroukh, Ora’h ‘Haïm 527, §19, et Michna Broura ad loc.). En pratique, le Michna Broura écrit qu’il convient de mentionner cela dans le texte du Érouv, car l’opinion principale suit ceux qui sont rigoureux à ce sujet.
Cependant, puisqu’il y a des avis divergents, celui qui sait qu’il ne fera pas de cuisson et choses semblables, mais qu’il n’allumera que les bougies, fera un Érouv mais sans réciter la bénédiction dessus. (Instruction de notre maître, le Gaon Rav Amram Fried Shlita).
C. Sur ce point, il y a une controverse. Le Michna Broura (307, 17) écrit :
"ביום טוב שחל בע"ש מותר לקפל טליתו כשפושטו אם היא חדשה ולבנה אף שאין דעתו ללבשו בו ביום והיינו כשעשה עירובי תבשילין דאל"ה הרי אסור לו להכין לצורך מחר כ"כ בא"ר אבל בחידושי רע"א הוכיח דאף בלא הניח ע"ת שרי אם היא סמוכה לשבת"
«Lorsqu’un Yom Tov tombe un soir de Chabbat, il est permis de plier son Talith en le retirant, s’il est neuf et blanc, même s’il n’a pas l’intention de le remettre ce jour‑là ; et cela, lorsqu’il a fait un Érouv Tavchiline, sinon il lui est interdit de préparer pour le lendemain — ainsi a écrit le Ba’er Hétev. Mais dans les ‘Hidouché Rabbi Akiva Eiger, il a été démontré que même s’il n’a pas déposé d’Érouv Tavchiline, c’est permis si cela est immédiatement attenant au Chabbat."
D’un autre côté, le Michna Broura (528, 3) écrit :
"דעירובי תבשילין אינו מתיר אלא לתקן צרכי סעודה לצורך מחר"
«Car le Érouv Tavchiline ne permet que de régler/préparer ce qui concerne les besoin du repas pour le lendemain».
En pratique, notre maître Rav Amram Fried Shlita écrit :
«S’il a déposé un Érouv Tavchiline, selon la stricte loi il est permis de mettre la maison en ordre à un moment où il reste encore suffisamment de temps de jour pour en profiter (comme indiqué plus haut au Séif 100). Et il est préférable d’ordonner la maison tant qu’il fait encore grand jour, afin qu’il ne soit pas flagrant qu’il le fait spécifiquement en l’honneur du Chabbat.» (puis il renvoie au Michna Broura 503,1, et au Sha’ar HaTsiyoun 503,2).
D. Une femme peut faire le Érouv Tavchiline, et lorsqu’elle le fait pour elle‑même, elle peut, ce faisant, en faire bénéficier également d’autres personnes. (Michna Broura 527, 34).
E. Dans tous ces cas on fera un Érouv Tavchiline sans bénédiction. (Comme cela est expliqué dans les sources mentionnées plus haut).