Les lois de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum
Dans la paracha Chemot, il est dit : « ואלה שמות בני ישראל » — « Voici les noms des enfants d’Israël ». Le Baal HaTourim écrit : « Les initiales font allusion à : ואדם אשר לומד הסדר שנים מקרא ואחד תרגום בקול נעים ישיר, יחיה שנים רבות ארוכים לעולם » — “Un homme qui étudie l’ordre de ‘deux fois le texte biblique et une fois la traduction’ et le chante d’une voix agréable vivra de nombreuses et longues années pour toujours”.
[Conformément aux paroles de la Guemara (Berakhot 8a) : « Quiconque achève ses sections hebdomadaires avec la communauté, deux fois le texte biblique et une fois la traduction, on lui prolonge ses jours et ses années »].
La lecture
La manière de lire :
Quelle que soit la manière et l’ordre dans lesquels on lit Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum, on s’acquitte de son obligation, mais il existe deux façons de lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum qui sont préférables :
A — lire chaque verset deux fois, puis la traduction de ce verset.
B — lire chaque paracha ouverte ou fermée deux fois, puis lire la traduction.
En pratique, selon la halakha — celui qui agit selon l’une des opinions agit correctement, et celui qui agit selon l’autre agit également correctement [et l’on peut parfois adopter une pratique et parfois l’autre].
Certains ont l’usage, a priori, de lire une fois avec le baal koré [en plus d’une lecture supplémentaire du texte biblique ainsi que de la lecture de la traduction, qui sont lues séparément], et ils ont sur qui s’appuyer. De même, ceux qui lisent le texte biblique, puis la traduction, puis de nouveau le texte biblique, ont sur qui s’appuyer (Minhaguim du Mahara Tirna, Mekor ‘Haïm de l’auteur du ‘Havot Yaïr ; voir Levouch et Da’at Torah ; et c’est également rapporté au nom du ‘Hazon Ich. L’auteur du Tossefot Yom Tov écrit dans son ouvrage Tov Ta’am sur Rabbénou Ba’hya (paracha Matot) de lire de cette manière ; toutefois, dans son ouvrage Divrei ‘Hamoudot sur le Roch (Berakhot, chap. 1, § 41), il ressort clairement que ce n’est valable qu’a posteriori ; voir Cha’ar HaTzioun, § 10).
[Selon la deuxième opinion ci-dessus, il faut souligner que seule une paracha ouverte ou fermée est considérée comme une interruption de section ; en revanche, les interruptions des aliyot ne sont pas considérées comme des interruptions de section. Ceux qui ont l’usage de lire chaque jour une partie de la paracha veilleront donc à terminer le dimanche à la paracha ouverte ou fermée qui précède ou suit la deuxième aliya, et de même les autres jours. Toutefois, si l’interruption des aliyot correspond à la fin d’un sujet, on peut terminer à cet endroit (selon l’opinion du Gaon de Vilna, d’après laquelle on peut diviser la lecture selon chaque fin de sujet, et pas nécessairement selon une paracha ouverte ou fermée)].
Lecture avec les signes de cantillation
Selon le strict din, il n’y a pas d’obligation de lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum avec les signes de cantillation, mais il y a une qualité particulière à le lire avec les signes, surtout selon la Kabbale.
Terminer Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum par le texte biblique
Certains estiment qu’il faut terminer la lecture par le texte biblique [c’est-à-dire qu’après avoir achevé la lecture du dernier verset deux fois comme texte biblique et une fois en traduction, on reviendra lire le verset une troisième fois comme texte biblique, afin de terminer par le texte biblique].
Selon cela, celui qui répartit la lecture en plusieurs fois et ne lit pas toute la paracha d’un seul trait reviendra terminer par un verset du texte biblique chaque fois qu’il s’interrompt.
Celui qui lit la traduction sans comprendre ce qu’il dit s’acquitte-t-il de son obligation ?
Il semble qu’il faille comprendre la traduction ; toutefois, même s’il ne l’a pas comprise, il s’est acquitté de son obligation.
Lecture de la haftara et lectures des fêtes
Il n’y a pas d’obligation de lire la haftara [bien que certains aient cet usage], et il n’y a pas non plus d’obligation de lire la lecture de la fête [qu’il s’agisse de celle de Yom Tov ou de celle du Chabbat de ‘Hol HaMoed].
Interruption au milieu de la lecture
A priori, il ne faut pas s’interrompre par des paroles au milieu de la lecture de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum. Toutefois, pour répondre Amen et à la Kedoucha, ainsi que pour des bénédictions que l’on risquerait de manquer [comme la bénédiction sur les éclairs et le tonnerre], ou pour les besoins d’une mitsva, on s’interrompt.
Si l’on a soif au milieu de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum et que l’on souhaite boire, on peut s’interrompre, réciter la bénédiction et boire.
Lecture de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum dans le désordre
A priori, il faut lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum dans l’ordre. Toutefois, si l’on a lu dans le désordre [par exemple, si l’on a commencé à lire avec le baal koré à partir de la deuxième aliya, puis que l’on a complété depuis le début de la paracha], on s’est acquitté de son obligation.
Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum avec le commentaire de Rachi
Est-il obligatoire de lire Rachi en plus de la traduction, et celui qui lit deux fois le texte biblique avec le commentaire de Rachi [à la place de la traduction] s’acquitte-t-il de son obligation ?
Selon le principe de la loi, si l’on a lu deux fois le texte biblique et une fois la traduction, ou si l’on a lu deux fois le texte biblique avec le commentaire de Rachi [à la place de la traduction], on s’est acquitté de son obligation. Toutefois, une personne craignant le Ciel lira à la fois la traduction et le commentaire de Rachi.
Si l’on peut lire soit la traduction soit Rachi, lequel des deux est préférable ?
Les décisionnaires sont partagés sur ce point ; celui qui agit selon l’une des opinions agit correctement, et celui qui agit selon l’autre agit également correctement.
Peut-on lire la traduction pour certains versets et le commentaire de Rachi pour d’autres ?
Il semble que cela soit possible [toutefois, une personne craignant le Ciel lira, pour toute la paracha, à la fois la traduction et le commentaire de Rachi, comme indiqué ci-dessus].
Faut-il lire le commentaire de Rachi à voix haute ?
Si l’on lit seulement le commentaire de Rachi et que l’on ne lit pas la traduction [conformément au principe de la loi], il faut articuler les mots avec la bouche. Mais si l’on lit le commentaire de Rachi en plus de la traduction [comme le font les personnes craignant le Ciel], il suffit de lire le commentaire de Rachi par la pensée.
Celui qui lit deux fois le texte biblique avec le commentaire de Rachi à la place de la traduction [conformément au principe de la loi], comment doit-il agir pour un verset sur lequel Rachi n’a pas de commentaire [ou lorsque Rachi n’a expliqué qu’une partie du verset] ?
Si Rachi n’a pas du tout expliqué le verset, il doit lire trois fois le texte biblique, ou lire deux fois le texte biblique et une fois la traduction. Il semble que la seconde possibilité soit préférable.
Mais si Rachi a expliqué une partie du verset, il semble qu’il se soit acquitté de son obligation pour la partie que Rachi a expliquée.
Le temps de la lecture
Le moment idéal pour lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum
Certains ont écrit que la manière la plus parfaite d’accomplir la mitsva est de lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum la veille de Chabbat ; toutefois, lire un peu de la paracha chaque jour de la semaine est également inclus dans la manière la plus parfaite d’accomplir la mitsva.
Le début du temps de lecture de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum
À partir de Min’ha de Chabbat, on peut lire la lecture du Chabbat suivant.
Il semble que cela signifie à partir du moment où l’on a soi-même prié Min’ha ; mais si l’on n’a pas encore prié Min’ha, même si la communauté avec laquelle on a l’habitude de prier l’a déjà priée, et même si l’heure de min’ha ketana est passée, on ne peut pas lire tant que l’on n’a pas prié soi-même.
La fin du temps de lecture de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum de ce Chabbat
Si l’on n’a pas terminé Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum avant le repas du Chabbat matin, on doit le terminer jusqu’à Min’ha. Il semble que cela signifie : le terminer avant que l’on prie soi-même Min’ha.
Rattraper une paracha le Chabbat suivant
Celui qui, en raison d’un empêchement, n’a pas lu Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum jusqu’après Chabbat doit le lire jusqu’à la fin du mardi. S’il ne l’a pas lu jusqu’au mardi, il doit le lire par la suite au cours de l’année, jusqu’à Sim’hat Torah.
Celui qui rattrape la lecture de la paracha précédente la semaine suivante dira, a priori, d’abord la paracha qu’il a manquée, puis la paracha de la semaine en cours ; toutefois, cela n’est pas indispensable.
Mais s’il sait qu’il ne parviendra en aucun cas à lire ce Chabbat-là les deux parachiot, il donnera la priorité à la paracha de la semaine en cours, puis complétera ensuite la paracha manquée, puisque selon la majorité des Richonim, après Min’ha de Chabbat, le temps de lecture de la paracha est déjà passé.
La fin du temps pour rattraper la paracha
La fin du temps de lecture de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum est à Sim’hat Torah, jusqu’à ce que l’on termine la lecture de la Torah de la paracha « Vezot HaBerakha ».
Ceux qui sont tenus à la lecture
Lecture de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum — obligation ou mitsva ?
La lecture de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum est une obligation complète, même pour les érudits en Torah dont l’étude de la Torah est l’occupation. Celui qui ne lit pas Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum est appelé transgresseur.
Éducation des enfants à Chnayim Mikra
Il faut l’y éduquer à partir de l’âge où il a la capacité de lire et de comprendre par lui-même ce qu’il lit ; c’est un âge plus tardif que l’âge habituel du ‘hinoukh [et bien souvent proche de l’âge de la bar-mitsva].
Un garçon bar-mitsva
Un enfant qui a commencé à lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum alors qu’il était encore mineur, et qui est devenu bar-mitsva au milieu de la semaine, n’a pas besoin de relire.
Un endeuillé pendant les sept jours, que le Miséricordieux nous en préserve
Il est interdit à un endeuillé de lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum pendant les jours de chiva, mais le Chabbat il est tenu de le lire [toutefois, il ne doit pas lire, en plus de la traduction, le commentaire de Rachi ; et celui qui se montre indulgent en cela a sur qui s’appuyer]. Il semble que même si le deuil se termine avant mardi, il lira néanmoins le Chabbat.
Questions supplémentaires
Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum la nuit
A priori, si l’on peut lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum pendant la journée, on le lira le jour. Mais si l’on n’a pas d’autre moment pour lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum, on peut lire même la nuit. La nuit de vendredi et la nuit de Chabbat, il est permis de lire la nuit a priori.
Manger avant d’avoir terminé la récitation de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum
Il faut terminer la récitation de Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum avant le repas de pain du Chabbat matin. Toutefois, selon la halakha, il est permis de manger lors d’un kiddouch fait sur des gâteaux avant d’avoir terminé Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum.
Lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum pendant les Pessoukei DeZimra
Après avoir récité Baroukh Che’amar, il est interdit de lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum, et même entre Yichtaba’h et Yotser Or.
Lire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum avant la répétition de l’officiant
Les jours où l’on dit Ta’hanoun, c’est interdit, car il est interdit de parler avant Ta’hanoun. Les jours où l’on ne dit pas Ta’hanoun, c’est permis [toutefois, selon la Kabbale, il est interdit de parler du tout].
Un habitant d’Erets Israël qui voyage à l’étranger et entend de nouveau la paracha
Les années où il existe des différences de parachiot entre Erets Israël et la diaspora, si un habitant d’Erets Israël prend l’avion pour l’étranger et y entend de nouveau la paracha, il n’a pas besoin de relire Chnayim Mikra Ve-E’had Targoum une nouvelle fois, puisqu’il a déjà lu cette paracha la semaine précédente. Toutefois, il doit compléter la paracha que l’on lit en Erets Israël.