Les lois de pat haba’ah bekisnin
Dans la Guemara (Berakhot 41–42), il est expliqué que la pat haba’ah bekisnin possède des lois particulières, aussi bien concernant la première bénédiction [sa bénédiction est Mezonot et non Hamotzi] que concernant la bénédiction finale [Al HaMichyah, sauf si l’on en mange une quantité constituant une fixation de repas], comme cela sera expliqué ci-dessous.
Définition de la pat haba’ah bekisnin
Les Richonim divergent quant à la définition de la pat haba’ah bekisnin, et le Beit Yossef et le Choulhan Aroukh (siman 168, sé’if 7) rapportent trois opinions à ce sujet :
[1] Un pain pétri avec de la farine et de l’eau, façonné comme des poches (c’est pourquoi il est appelé kisnin), que l’on remplit de miel, de sucre, de noix, d’amandes ou d’épices [opinion de Rabbénou Hananel (rapportée dans le Séfer HaAroukh, entrée kasan), Rabbénou Yona (Berakhot 29a, s.v. she’ein) et le Rachba (Berakhot 41b, s.v. nimtsa), et tel est l’avis du Tour].
[2] Une pâte cuite pétrie avec de la farine et de l’eau ainsi que du miel, de l’huile, du lait ou des épices [opinion du Rambam (Hilkhot Berakhot 3:9), de Rachi (Berakhot 41b, s.v. pat haba’ah bekisnin ; voir toutefois le Taz, s.k. 6)].
[3] Une pâte faite de pâte ordinaire, préparée sèche, comme des biscuits secs, que l’on croque (comme des crackers ; le pain sec en araméen se dit kisnin) [opinion de Rav Haï Gaon (rapportée là-bas dans le Aroukh)].
En pratique, le Beit Yossef a écrit (et cela a été tranché dans le Choulhan Aroukh, sé’if 7) que, puisque dans un doute concernant les bénédictions on adopte l’avis indulgent, il faut trancher comme les trois méthodes ci-dessus dans le sens de l’indulgence. C’est-à-dire que sur les trois catégories susmentionnées [rempli de douceurs, pétri avec des douceurs, et croquant], on récite Mezonot et Al HaMichyah, sauf si l’on en mange une quantité constituant une fixation de repas ; dans ce cas leur bénédiction est Hamotzi et Birkat HaMazon.
La question des Aharonim : pourquoi le doute sur les bénédictions conduit-il à réciter Mezonot ?
D’après les propos des Richonim, il ressort que tout gâteau brioché et semblable, ainsi que tout rugelach, sont dans le doute : s’agit-il de pain [Hamotzi] ou de pat haba’ah bekisnin [Mezonot]. En effet, selon Rabbénou Hananel, leur bénédiction est Mezonot puisqu’ils sont remplis de choses sucrées, et de même selon le Rambam leur bénédiction est Mezonot puisqu’ils sont pétris avec des ingrédients sucrés ; mais selon Rav Haï Gaon leur bénédiction est Hamotzi, puisqu’ils ne sont pas croquants.
De même, tout bagel est dans le doute entre Hamotzi et Mezonot, car selon le Rambam et Rabbénou Hananel sa bénédiction est Hamotzi, puisqu’il n’est ni rempli ni pétri avec des ingrédients sucrés [lorsqu’il ne contient pas d’huile], mais selon Rav Haï Gaon sa bénédiction est Mezonot, puisqu’il est croquant.
Effectivement, le Bah a questionné les paroles du Beit Yossef et du Choulhan Aroukh, qui ont tranché que leur bénédiction est Mezonot en raison du principe d’indulgence dans les doutes de bénédictions : quel rapport ce principe a-t-il ici, puisque l’on récite de toute façon une seule bénédiction — soit Mezonot, soit Hamotzi ?
De même, Rabbi Akiva Eiger a demandé (dans ses annotations au Choulhan Aroukh) : pourquoi n’a-t-on pas tranché que, dans tout cas où les trois conditions ne sont pas réunies, il faut les manger seulement au cours d’un repas afin de sortir du doute, comme nous trouvons (sé’if 13) qu’une personne craignant le Ciel mangera des soufganin seulement pendant le repas afin de satisfaire toutes les opinions [et en vérité, le Bah est d’avis que dans un tel cas il faut les manger seulement au cours d’un repas].
Résolution des questions
Le Taz (là-bas, s.k. 6 ; et de façon similaire le Derichah) a répondu à la question du Bah : puisque si l’on récite Mezonot on est quitte dans tous les cas [même selon les opinions qui considèrent qu’il s’agit d’un pain véritable], car la bénédiction Mezonot acquitte tous les aliments nourrissants, il s’ensuit que dans tout cas où ce n’est pas du pain selon toutes les opinions, il est préférable de réciter Mezonot et d’être quitte selon tous, plutôt que de réciter Hamotzi et Birkat HaMazon, ce qui ferait réciter les trois bénédictions de Birkat HaMazon dont on est peut-être exempt. Ainsi, le principe d’indulgence dans les doutes de bénédictions conduit à réciter Mezonot et Al HaMichyah.
Le Maamar Mordekhaï (rapporté dans le Biour Halakha, s.v. vehalakha, et de même dans le Aroukh HaChoulhan, sé’if 23) a répondu qu’il est possible que les trois opinions concernant la définition de la pat haba’ah bekisnin ne soient pas du tout en désaccord, et que chacune ait seulement donné un exemple de pat haba’ah bekisnin ; en pratique, chaque opinion reconnaît l’autre. Par conséquent, si une des trois conditions n’est pas remplie, selon tous les avis on ne doit pas réciter Hamotzi et Birkat HaMazon, mais Mezonot et Al HaMichyah.
Selon le Maamar Mordekhaï, il ne s’agit donc pas d’une décision fondée sur « safek berakhot lehakel », mais d’une loi admise par tous ; toutefois, le Beit Yossef, qui a écrit d’être indulgent en raison de ce principe, semble considérer que les trois opinions sont en désaccord.
Pourquoi ne récite-t-on pas Birkat HaMazon sur un gâteau ?
Il faut examiner pourquoi nous récitons Al HaMichyah sur un rugelach ou sur des bagels, alors qu’il s’agit d’un doute de la Torah concernant Birkat HaMazon (dans le cas où l’on est rassasié par le gâteau tandis que d’autres ne le seraient pas ; voir siman 168, sé’if 6) [et ici la réponse du Beit Yossef de safek berakhot lehakel ne s’applique pas, car elle ne concerne que la première bénédiction].
Rabbi Akiva Eiger a répondu (dans ses annotations au Even HaOzer, siman 168) que celui qui récite Al HaMichyah sur du pain est quitte au niveau de la Torah, et ce n’est que rabbinquement qu’il doit revenir et bénir (voir siman 168, Chaar HaTzioun, s.k. 71). C’est pourquoi, dans un doute entre pain et pat haba’ah bekisnin, on récite Al HaMichyah.
Lavage des mains pour un gâteau et un bagel
Il faut encore examiner pourquoi nous ne nous lavons pas les mains [sans la bénédiction Al Netilat Yadayim] avant de manger un gâteau ou un bagel, et pourquoi nous ne sommes pas rigoureux de procéder au lavage des mains, acte facile à accomplir, par crainte que le gâteau ait le statut de pain (voir siman 160, sé’if 11).
Zimoun lorsque trois personnes ont mangé des gâteaux ou des bagels
Il faut encore examiner pourquoi nous ne faisons pas le zimoun lorsque trois personnes mangent ensemble des gâteaux ou des bagels [bien entendu, elles ne diraient pas « Elokeinou » si elles étaient dix, en raison du doute], alors que le zimoun est une chose simple ; pourquoi ne pas sortir du doute ?
La bénédiction Shehakol sur l’eau après avoir mangé un gâteau ou un bagel
Il faut encore examiner pourquoi, lorsque l’on boit de l’eau après avoir mangé un gâteau, on récite Shehakol sur l’eau, et l’on ne craint pas les opinions selon lesquelles ces aliments ont le statut de pain, alors qu’au cours d’un repas de pain on ne récite pas de bénédiction sur l’eau (voir siman 174, sé’if 7). Il semblerait donc qu’il ne faille pas réciter de bénédiction sur l’eau après avoir mangé un gâteau ou un bagel.
Dans les responsa HaElef Lekha Chelomo (Orah Haïm, siman 86), il a répondu que la raison pour laquelle on ne récite pas de bénédiction sur l’eau au cours d’un repas de pain est qu’il n’y a pas de repas fixe sans boisson. Ainsi, les gâteaux et les bagels, bien qu’ils soient un doute de pain, restent considérés comme une consommation occasionnelle ; or dans une consommation occasionnelle, on peut manger sans boire. Il faut donc réciter une bénédiction sur l’eau.
Différence pratique entre le Maamar Mordekhaï et le Beit Yossef
En vérité, toutes ces discussions dépendent de la controverse susmentionnée entre le Beit Yossef et le Maamar Mordekhaï. Selon le Beit Yossef, chaque opinion contredit l’autre, et tout gâteau est donc un pain douteux. Mais selon le Maamar Mordekhaï, toutes les opinions s’accordent, et un pain rempli d’ingrédients sucrés, ou pétri avec des ingrédients sucrés, ou croquant, n’est pas du pain selon tous les avis. Il s’ensuit qu’un gâteau n’est pas du pain selon tous les avis ; c’est pourquoi on ne se lave pas les mains dessus, on récite une bénédiction sur l’eau que l’on boit ensuite, etc.
La bénédiction Mezonot au cours d’un repas de pain
Question : Sur quels aliments récite-t-on Mezonot au cours d’un repas de pain ?
Réponse : [1] Sur les aliments dans lesquels les trois conditions de pat haba’ah bekisnin sont réunies [rempli de douceurs, pétri avec des douceurs et croquant], à condition de ne pas les manger pour être rassasié. Il faut savoir qu’il est rare de trouver des aliments réunissant les trois conditions ; ci-dessous seront détaillés quelques aliments où les trois conditions sont bien réunies, et il faut donc réciter Mezonot sur eux lorsqu’on les mange au cours d’un repas de pain. [2] Sur les aliments qui n’ont pas le statut de pain, par exemple un aliment cuit dans l’eau ou frit dans une huile profonde, même si on les mange pour se rassasier, sauf s’ils viennent en raison du repas. Il faut savoir que la plupart des plats cuisinés viennent en raison du repas [comme les pâtes], et c’est pourquoi on ne récite pas Mezonot sur eux pendant le repas ; mais le Bisli frit dans une huile profonde [comme c’est courant en Israël] ne vient pas en raison du repas, et on récite Mezonot sur lui pendant le repas, comme expliqué ci-dessous.
[3] « Havitza » — c’est-à-dire des miettes de pain/matsa/biscuits agglomérées par de la graisse ou autre, qui n’ont pas du tout le statut de pain (siman 168, sé’if 10) [toutefois, des miettes de pain sans aucun autre mélange ont pour bénédiction Hamotzi].
[4] Des aliments Mezonot qui viennent certainement pour le plaisir [comme Klik, dont la bénédiction est Mezonot, ainsi qu’un cône de glace].
[5] Des aliments Mezonot faits à partir d’une pâte liquide [comme des oblatim].
D’après ce qui précède, sur la majorité des aliments on ne récitera pas Mezonot au cours du repas, à l’exception des aliments suivants : Kabukim, Kariot [lorsqu’on les mange pour le plaisir et non pour être rassasié ; voir la source], Bisli frit dans une huile profonde [comme c’est courant en Israël], boules au chocolat ou boules au fromage mêlées à des biscuits émiettés, glace ou chocolat avec morceaux de biscuits perceptibles, Klik [dont la bénédiction est Mezonot], cône de glace, oblatim.
Source : Il est expliqué dans le Choulhan Aroukh (sé’if 6) que l’on récite Mezonot sur la pat haba’ah bekisnin au cours du repas parce qu’elle n’est pas acquittée par la bénédiction Hamotzi sur le pain [contrairement à l’avis du Rachba, qui estime qu’on ne récite pas de bénédiction sur la pat haba’ah bekisnin au cours du repas] ; voir Hazon Ich (siman 27, s.k. 2).
Bénédiction sur les gâteaux au cours du repas
D’après ce qui a été expliqué, les trois conditions doivent être réunies pour considérer un aliment comme pat haba’ah bekisnin. Il en ressort que presque tous les gâteaux courants de nos jours sont un doute de pain, puisque les trois conditions ne sont pas réunies [car ils ne sont pas croquants]. Par conséquent, il ne faut pas réciter Mezonot sur les gâteaux courants de nos jours au cours du repas ; toutefois, a priori, il convient d’avoir l’intention de les acquitter par la bénédiction Hamotzi (Biour Halakha là-bas, sé’if 8, s.v. te’ounim). On peut également les acquitter au moyen d’aliments dans lesquels les trois conditions sont réunies et sur lesquels on récite Mezonot pendant le repas.
Kabukim
Sur les Kabukim, on récite Mezonot pendant le repas, car les trois conditions y sont réunies : ils sont pétris avec du jus de fruits, remplis et croquants. Il y a aussi lieu de discuter qu’ils sont considérés comme n’ayant pas « le statut de pain » [« tourita denahama »].
Kariot
Sur les Kariot, on récite Mezonot pendant le repas, car les trois conditions y sont réunies. Cependant, il faut distinguer entre le cas où on les mange pour le plaisir, où l’on récite la bénédiction comme ci-dessus, et le cas où on les mange pour être rassasié, où, bien qu’ils soient certainement pat haba’ah bekisnin, on ne récite pas Mezonot sur eux (voir Michna Broura là-bas, s.k. 41 ; Biour Halakha, sé’if 13, s.v. veyerei).
Toutefois, il y a lieu de discuter que, puisqu’ils n’ont pas le statut de pain, même si on les mange pour être rassasié, on récite la bénédiction. Il faut examiner si effectivement ils n’ont pas le statut de pain, et aussi s’ils ne sont pas considérés comme des choses venant en raison du repas, puisqu’ils sont également destinés à rassasier.
Bisli
Le Bisli frit dans une huile profonde et dont la taille est inférieure à un kazaït a pour bénédiction Mezonot, car il n’a certainement pas le statut de pain (comme expliqué dans le siman 168, sé’if 13) [et les Richonim divergent quant à sa loi lorsque chaque morceau contient un kazaït].
Il semble que même si l’on mange le Bisli pour être rassasié, on récitera Mezonot sur lui pendant le repas, car il n’a absolument pas le statut de pain ; il est comme les fruits, sur lesquels on récite une bénédiction au cours du repas même si on les mange pour se rassasier (voir siman 177).
Chkedei marak et croûtons
Les shkedei marak ou croûtons, bien qu’ils soient frits dans une huile profonde et inférieurs à un kazaït, puisqu’ils viennent pour rassasier, ont le statut de choses venant en raison du repas (siman 177). C’est pourquoi il ne faut pas réciter Mezonot sur eux pendant le repas.
Boules au chocolat
Les boules au chocolat dans lesquelles sont mélangés des biscuits ont pour bénédiction Mezonot (comme la loi de havitza au siman 168, sé’if 10), et puisqu’elles n’ont pas le statut de pain, on récite une bénédiction sur elles au cours du repas. Il semble que même si on les mange pour être rassasié, on récite la bénédiction sur elles.
Klik / cône de glace
Klik [biscuits enrobés de chocolat] — il semble que, puisqu’il s’agit certainement d’une chose venant pour le plaisir, on récite une bénédiction dessus au cours du repas. Car toute la raison pour laquelle on ne récite pas de bénédiction sur les gâteaux pendant le repas est qu’il est possible qu’ils aient le statut de pain venant pour rassasier [puisque les trois conditions n’y sont pas réunies]. Mais Klik, les cônes de glace et similaires, puisqu’ils viennent certainement pour le plaisir, on récite une bénédiction sur eux pendant le repas.
Oblatim
Les oblatim — leur loi est celle de terita (Berakhot 37b ; siman 168, sé’if 15) : il n’y a pas à leur sujet de fixation de repas, car ils sont fins et l’on peut en manger sans limite. Puisqu’ils n’ont pas le statut de pain, on récite une bénédiction sur eux au cours du repas lorsqu’ils viennent comme dessert (et lorsqu’on les mange pour se rassasier, cela nécessite examen, d’après ce qui est expliqué dans la Michna Broura, siman 168, s.k. 90).
Gaufrettes
On ne récite pas de bénédiction sur les gaufrettes au cours du repas. Bien qu’il y ait eu lieu de dire qu’il faut bénir sur elles parce qu’elles comportent les trois conditions [remplies, pétries et croquantes], en pratique il semble que la condition d’être remplies n’y soit pas réalisée, car une garniture ajoutée après la cuisson n’est pas considérée comme une garniture, puisque le statut de pain s’est déjà appliqué au moment de la cuisson [Choulhan Aroukh HaRav (siman 168, sé’if 9). Et bien que l’on puisse dire que, puisqu’elles sont destinées à être garnies, même si la garniture est ajoutée après la cuisson elles sont considérées comme remplies, en pratique il semble qu’il ne faut pas distinguer]. C’est pourquoi il ne faut pas réciter de bénédiction dessus pendant le repas.
Bien qu’il y ait eu lieu de dire qu’il faut bénir sur elles selon la loi de terita [comme les oblatim ci-dessus], il semble que puisqu’elles comportent plusieurs couches, elles n’ont pas la loi de terita.