Dans Ta foi : un article fortifiant pour chaque Juif (Béchala’h 5784) — l’inquiétude du lendemain | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Dans Ta foi : un article fortifiant pour chaque Juif (Béchala’h 5784) — l’inquiétude du lendemain


L’inquiétude du lendemain
A.
— Se tenir debout et voir le salut d’Hachem
— Une cause « finaliste » et une cause « auxiliaire » (Rav Dessler)
— « D’où viendra ma subsistance ? » demanda le jeune homme. « Ce que moi j’ai reçu, aucun de vous ne l’a reçu », dit le cocher aux ‘hassidim de l’Admour de Tchernobyl.
— Les mains du jeune homme furent sauvées miraculeusement.
— Si tu n’avais pas pris d’assurance, la maison n’aurait pas brûlé… (le Gaon Rav Yaakov Edelstein zatzal)

Tou BiChevat
B.

« L’arbre du champ » et « l’homme » — jusqu’où va leur lien profond ?
A. Investissement et entretien constants.

B. Notre rôle est de « faire notre effort » pour prendre soin des pousses, mais non de produire des « réussites ».

C. La Création est « parfaite ». Le fondement de la foi — les saisons de l’année et les fruits qui leur correspondent.
D. Maran le Gaon Rav Elazar Menachem Shach dans un dialogue avec un grand médecin — le regard porté sur autrui — ce que nous apprenons de l’arbre du champ — marcher sur une orange — pourquoi les fruits de la terre sont-ils ronds ? E. L’arbre du champ se contente d’eau, de terre et d’engrais.
F. L’inquiétude du lendemain — et l’arbre du champ !
— Existe-t-il un lien entre l’hostilité ou la haine, à Dieu ne plaise, et les fondements de la foi ?
— Un tableau vivant et parlant — est-ce possible ?
— La vision profonde d’un grand homme : entrer au cœur des sentiments d’autrui.
— Pourquoi le Rav refusa-t-il de manger la bouillie ? « Se faire honneur par la honte de son prochain. »
— « Nous ne pouvons pas causer de peine à un Juif », dit le machguia’h.

Provision pour la route
Lorsque la réussite ne te sourit pas :
A. Ne te laisse pas impressionner par ce que le monde diffuse : la force de l’influence du milieu, la mode, les publicités, « Coca‑Cola », les usages des nations.
B. Parfois, il faut savoir ne pas tenir compte de l’entourage.
C. Lorsque la réussite te paraît lointaine — ne t’affole absolument pas !
— Des points profonds et infiniment fondamentaux pour un travail cognitif juste sur la vie.

L’inquiétude du lendemain — et Tou BiChevat
Il nous arrive souvent de rencontrer des dialogues entre différentes personnes, et même parmi les plus jeunes, au cours d’une conversation ordinaire ou dans les questions et conseils qu’ils demandent à des personnes compétentes, à des talmidé ‘hakhamim et à de grands maîtres… À leur racine, ces sujets sont liés à ce que l’on appelle : « l’inquiétude du lendemain ».

Sans aucun doute, il s’agit d’un point très central qui apparaît de temps à autre à certaines périodes de notre vie. Pourtant, nous devons intégrer et ramener à notre cœur que le cœur même de la question dépend des fondements de la foi dans le Créateur et y est enraciné.

Au cours de la vie, nous nous trouvons devant d’innombrables carrefours, et notre rôle est seulement de nous arrêter — oui, de nous tenir debout et de contempler. Nous ouvrirons notre article par l’enseignement qui se dégage du « Cantique » jailli de la bouche des enfants d’Israël après l’ouverture de la mer des Joncs, et nous relierons ces idées au jour de Tou BiChevat qui approche.
Tout cela, et davantage encore, dans les chapitres A et B de l’article qui suit.

Chapitre A
Se tenir debout — et voir le salut
Il est dit dans notre paracha :
« Moché dit au peuple : Ne craignez pas ; tenez-vous debout et voyez le salut d’Hachem qu’Il accomplira pour vous aujourd’hui ; car les Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne continuerez plus à les voir, à jamais. Hachem combattra pour vous, et vous garderez le silence » (Chemot 14, 13–14).

Il faut méditer ces versets :
A. Quel est le sens de l’ajout dans l’ordre : « tenez-vous debout et voyez le salut d’Hachem » ? Pourquoi faut-il se tenir debout pour voir le salut — ne suffit-il pas de le voir ?
B. Il semble y avoir ici une répétition : après qu’Israël a déjà reçu la promesse « Hachem combattra pour vous, et vous garderez le silence », pourquoi le verset répète-t-il : « tenez-vous debout et voyez le salut d’Hachem », ce qui semble signifier la même chose — voir le salut du Créateur béni sans aucun besoin de mener soi-même la guerre ?

« Et vous garderez le silence » — même dans la prière
Notre maître, le saint Or Ha’Haïm, éclaire la question. Les mots « et vous garderez le silence » s’expliquent selon l’enseignement de nos Sages : il y eut quatre rois justes, et ce que l’un demanda, l’autre ne le demanda pas. Le niveau le plus élevé fut celui de ‘Hizkiyahou, qui dit : « Je n’ai la force ni de tuer, ni de poursuivre, ni de prier ; je dors sur mon lit, et Toi, Tu agis. » Et ainsi fit Hachem, comme il est écrit : « Cette nuit-là, un ange d’Hachem sortit… » (II Melakhim 19, 35). C’est le niveau que Moché exprima lorsqu’il dit : « et vous garderez le silence » — même de la prière : si vous n’avez pas la force, comme l’a dit ‘Hizkiyahou, gardez le silence, et Il combattra pour vous.

Le Midrach relate l’histoire de quatre rois justes : David, Asa, Yehochafat et ‘Hizkiyahou. David dit : « Je poursuivrai mes ennemis et je les atteindrai » (Tehilim 18). Le Saint, béni soit-Il, lui dit : « Je le ferai », comme il est dit : « David les frappa depuis le crépuscule jusqu’au soir du lendemain » (I Chemouel 30).

Asa déclara : « Je n’ai pas la force de les tuer ; je les poursuivrai seulement, et Toi, Tu agiras. » À lui aussi, le Saint, béni soit-Il, dit : « Je le ferai », comme il est dit : « Asa les poursuivit… car ils furent brisés devant Hachem » (II Divré HaYamim 14). Il n’est pas écrit « devant Asa », mais « devant Hachem et devant Son camp ».

Yehochafat déclara : « Je n’ai la force ni de tuer ni de poursuivre ; je dirai seulement un chant, et Toi, Tu agiras. » Le Saint, béni soit-Il, lui répondit : « Je le ferai », comme il est dit : « Lorsqu’ils commencèrent par le chant et la louange, Hachem plaça des embuscades… et ils furent frappés » (ibid. 20).

‘Hizkiyahou déclara : « Je n’ai la force ni de tuer, ni de poursuivre, ni de chanter ; je dors sur mon lit, et Toi, Tu agis. » Le Saint, béni soit-Il, lui dit : « Je le ferai », comme il est dit : « Cette nuit-là, un ange d’Hachem sortit et frappa le camp d’Achour… » (II Melakhim 19).

‘Hizkiyahou dormait et Hachem combattait
Le plus grand miracle s’exprima aux jours de ‘Hizkiyahou, où le salut vint sans aucune action de la part du peuple. ‘Hizkiyahou dormait, et Hachem combattait pour eux. Cette même dimension existait alors, à la veille de l’ouverture de la mer des Joncs : la promesse n’était pas seulement que la guerre serait menée par Hachem béni soit-Il, et pas seulement que le peuple d’Israël n’avait rien à faire ni à entreprendre, mais même qu’il n’était pas tenu de prier pour voir le salut. Ils pouvaient garder le silence, car Hachem combattrait pour eux.

Et véritablement, il y a lieu de s’étonner : que signifie cela ? Pourquoi n’avaient-ils même pas besoin de prier pour vaincre dans la guerre ?

Israël s’était habitué à l’esclavage
Pour répondre à cette question, méditons les paroles d’Ibn Ezra, dont nous tirerons une perle merveilleuse et précieuse : « Tenez-vous debout et voyez le salut d’Hachem » — car vous ne ferez pas la guerre, vous verrez seulement le salut d’Hachem qu’Il accomplira pour vous aujourd’hui. Il faut s’étonner : comment un grand camp de six cent mille hommes pouvait-il craindre ceux qui le poursuivaient ? Pourquoi ne combattaient-ils pas pour leur vie et pour leurs enfants ? La réponse est que les Égyptiens étaient les maîtres d’Israël, et que cette génération sortie d’Égypte avait appris depuis sa jeunesse à supporter le joug égyptien ; son âme était abaissée. Comment pouvait-elle maintenant combattre ses maîtres ? Israël était affaibli et non formé à la guerre ; vois qu’Amalek vint avec un petit peuple, et sans la prière de Moché, il aurait affaibli Israël.

Lors de la sortie d’Égypte, le peuple d’Israël était un peuple d’esclaves. Dans son âme, il était encore asservi à Pharaon — abaissé et soumis — et il n’avait ni courage ni souffle pour combattre, certainement pas contre ceux qui, peu auparavant, avaient été ses maîtres.

Pourquoi toute la génération sortie d’Égypte mourut-elle dans le désert ? Une révélation merveilleuse !
Ibn Ezra ajoute que, pour cette raison, il fut bon que la génération venue conquérir la Terre ne soit pas celle sortie d’Égypte, mais la génération suivante, qui n’avait pas vécu l’esclavage.

De ses paroles il ressort clairement que, bien qu’Israël soit sorti d’Égypte, l’Égypte n’était pas encore sortie d’eux ; elle demeurait dans les profondeurs de leur conscience. Il ne suffit pas de sortir physiquement de la maison des esclaves pour intégrer l’idée de liberté. Pour cela, le peuple devait traverser un processus complexe : les dix plaies qui frappèrent les Égyptiens tandis que le peuple demeurait indemne en Gochen ; la sortie prodigieuse d’Égypte ; le miracle de l’ouverture de la mer des Joncs et les autres miracles ; le don de la Torah ; et quarante ans de marche dans le désert jusqu’à la conquête de la Terre.

Pendant des centaines d’années, les enfants d’Israël travaillèrent durement comme des esclaves humiliés. Pharaon ne leur donna volontairement pas des travaux honorables, afin qu’ils ne finissent pas par se révolter contre lui, et aussi afin de les avilir, de les soumettre et d’arracher d’eux tout sentiment d’importance humaine, d’indépendance et d’identité personnelle.

Il est plus facile de faire sortir les Juifs de l’exil que de faire sortir l’exil des Juifs…
Ibn Ezra nous place devant un point important et essentiel : le facteur déterminant n’est pas toujours la situation physique extérieure, mais l’état intérieur de l’âme. Israël avait grandi comme esclave ; son âme était une âme d’esclave, et c’est pourquoi il n’envisageait même pas la possibilité de combattre. Les Égyptiens lui apparaissaient encore comme des maîtres tout-puissants.

Devenir un homme libre, changer de position et l’intégrer au plus profond de l’âme, est un long processus qui prend des années. De même, le Rambam écrit dans le Moré Névoukhim (III, 32) qu’il n’est pas dans la nature de l’homme, après avoir grandi dans un travail d’esclavage avec l’argile et les briques, de se laver aussitôt les mains de cette saleté et de combattre soudainement les enfants d’Anak.

Un dicton courant dit qu’« il est plus facile de faire sortir les Juifs de l’exil que de faire sortir l’exil des Juifs ». Cette expression reflète la crainte de « que diront les nations », l’incapacité à se redresser et à se sentir homme. De tels sentiments demandent longtemps pour être déracinés. Ici aussi, l’esclavage avait pénétré si profondément dans l’âme de cette génération que, même après sa libération, la crainte de ses maîtres demeurait en elle.

Une cause finaliste et une cause auxiliaire
Le machguia’h, le Gaon tsaddik Rav Éliyahou Dessler zatzal, dans son ouvrage Mikhtav MéÉliyahou, nous guide sur le chemin du travail spirituel. Un jeune homme quitta sa ville pour une autre ville, afin d’étudier la Torah dans une yéchiva. Si on lui demandait : « Pourquoi es-tu venu ici ? », il répondrait : « Pour étudier la Torah. » Mais s’il répondait : « Parce que le train m’a amené », il manquerait certainement de discernement, car la cause recherchée est le but pour lequel il a utilisé le train ; le voyage en train n’est qu’une cause auxiliaire au service du but. Le trajet en train est la réponse appropriée à la question moins importante : « Comment es-tu arrivé ici ? » Mais à la question « pourquoi ? », on ne doit répondre qu’en exposant le but du voyage.

Cela paraît très simple, mais puissions-nous nous en souvenir lorsque nous pensons aux événements quotidiens que nous rencontrons. En nous observant, nous verrons que, d’ordinaire, nous ne nous intéressons pas à la cause finaliste, mais surtout aux causes auxiliaires. Par exemple, lors d’une maladie, nous recherchons toujours comment elle s’est développée ou quelle suite d’événements y a conduit ; même si l’on nous demande pourquoi un tel est tombé malade, nous répondrons en détaillant les circonstances qui l’ont causée. Jamais ou presque nous ne songeons à nous interroger sur le but de la maladie.

L’homme matériel, l’homme de ce monde, ne voit en toute chose que l’événement et non le but. Mais l’homme spirituel connaît le but ; c’est pourquoi il ne s’intéresse pas outre mesure aux causes auxiliaires. Il lui est clair comme le soleil en plein midi que le but de tous les événements est de nous réveiller et de nous enseigner le droit chemin par lequel nous sanctifierons Son Nom béni — et c’est là le but même de notre existence dans le monde.

Il ressort de cela que, dans toute affaire — petite ou grande — des réalités de ce monde, le travail de l’homme consiste à contempler et à toujours voir la cause finaliste qui s’y trouve, et non seulement la cause auxiliaire. La cause finaliste est la plus importante de toutes les causes : savoir que toute chose dans la nature a un but.

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L’article complet développe longuement ces fondements : la foi, la confiance en Hachem, le lien entre l’homme et l’arbre à Tou BiChevat, l’obligation de voir la Main du Ciel dans chaque événement, la sensibilité à la dignité d’autrui, l’amour du prochain, l’éducation des enfants et des élèves à la lumière de la émouna, et la capacité de continuer à servir Hachem même lorsque la réussite n’est pas visible. Les nombreuses histoires de grands maîtres de Torah — Rav Éliyahou Lopian, Rav Mordekhaï de Tchernobyl, le ‘Hafets ‘Haïm, Rav Yaakov Edelstein, Rav Chlomo Zalman Auerbach, Rav Ovadia Yossef, Rav Elazar Menachem Shach et d’autres — éclairent toutes un message central : tout vient d’Hachem ; le devoir de l’homme est de faire la hishtadlout appropriée, de renforcer sa foi, de préserver les sentiments d’autrui et de se réjouir dans son service divin.

Source

Par le Rav Michael Zecharyahu

Directeur spirituel de la grande yéchiva Torat David et président de l’organisation Légion du Roi