En quoi consiste l’obligation de lire « deux fois le texte et une fois la traduction » ? Partie I | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

En quoi consiste l’obligation de lire « deux fois le texte et une fois la traduction » ? Partie I

En quoi consiste l’obligation de lire « deux fois le texte et une fois la traduction » ? Partie I

Sujets de l’article

En quoi consiste l’obligation de Chnayim Mikra Ve-é’had Targoum ? Est-il possible de remplacer le Targoum par un autre commentaire, comme celui de Rachi ? Quelle est la loi si une personne souhaite étudier Ibn Ezra ou le Ramban à la place de Rachi ? Quelle est la loi concernant les versets qui n’ont pas de Targoum ? Et quelle est la loi concernant les versets qui n’ont pas de commentaire de Rachi ? Peut-on combiner : lire une partie de la paracha avec le commentaire de Rachi et une partie avec le Targoum ? Qu’est-il préférable de lire : Rachi ou le Targoum ? Faut-il lire à voix haute, ou peut-on aussi lire avec les yeux — par la pensée seulement ? Faut-il comprendre le Targoum ?

L’obligation de lire la paracha

Outre l’obligation qui incombe à la communauté de lire la paracha à la synagogue, chaque particulier a l’obligation de lire deux fois la paracha dans le ‘Houmach, ainsi que le Targoum. Ces lois sont appelées, en abrégé, Chnayim Mikra Ve-é’had Targoum — Ch nayim M ikra V e-é’had T argoum. Il existe une allusion bien connue écrite par le Baal HaTourim (Chemot 1, 1) sur le verset : « ואלה שמות בני ישראל » — « Et voici les noms des enfants d’Israël », car ce verset forme les initiales de la phrase suivante : « V e-adam A cher L omed H aseder [de la paracha] Ch nayim M ikra V e-é’had T argoum, B ekol N a’im Y achir, Y i’hyeh Ch anim R abot A roukim L e-olam » — « Et un homme qui étudie l’ordre [de la paracha] deux fois le texte et une fois la traduction, chantera d’une voix agréable, vivra de nombreuses et longues années à jamais ». Cette halakha est expliquée dans le Choulhan Aroukh (Ora’h ‘Haïm, siman 285). Dans cet article, nous expliquerons les détails des lois de ce sujet.

Est-il suffisant de lire Chnayim Mikra avec le commentaire de Rachi ?

Les Richonim sont en désaccord quant à savoir s’il est possible de lire la paracha deux fois, puis d’étudier le commentaire de Rachi à la place de la lecture du Targoum. En pratique, la halakha est tranchée dans le Choulhan Aroukh (Ora’h ‘Haïm, siman 285, sé’if 2) : si l’on a étudié Chnayim Mikra uniquement avec le commentaire de Rachi, on est quitte de son obligation ; toutefois, une personne craignant le Ciel lira aussi le Targoum et étudiera aussi le commentaire de Rachi.

Faut-il étudier précisément avec le commentaire de Rachi, ou peut-on aussi utiliser d’autres commentaires des Richonim ?

La question se pose : faut-il étudier précisément avec le commentaire de Rachi, ou peut-on aussi utiliser les autres commentaires des Richonim ? Par exemple, si une personne se sent davantage liée au commentaire du Ramban, du Rachbam ou d’Ibn Ezra, peut-elle étudier l’un de ces commentaires à la place du commentaire de Rachi ? Il est courant qu’une personne qui a déjà étudié la paracha avec le commentaire de Rachi pendant plusieurs années souhaite maintenant enrichir ses connaissances par un autre commentaire ; cette année, elle veut donc étudier la paracha avec un autre commentateur. Est-ce permis ? Et s’acquitte-t-on ainsi de son obligation ?

La réponse est que, selon la halakha pratique, a priori il faut étudier précisément avec le commentaire de Rachi, comme l’a écrit le Choulhan Aroukh (Ora’h ‘Haïm, siman 285, sé’if 2) en ces termes : « S’il a étudié la paracha avec le commentaire de Rachi, cela est considéré comme le Targoum ». Le Maguen Avraham (sé’if katan 3) explique ses paroles ainsi : « Car il est essentiel, puisqu’il est construit sur le fondement du Talmud ». De même, la Michna Broura (sé’if katan 4) explique que Rachi commente l’Écriture comme le fait le Targoum, et même davantage. Des formulations du Choulhan Aroukh, du Maguen Avraham et de la Michna Broura, il ressort qu’il faut étudier précisément le commentaire de Rachi, qui est fondé sur la base du Talmud, et que seul ce commentaire particulier peut remplacer le Targoum. [Alors que l’objectif d’une partie des autres premiers commentateurs de la Torah était d’expliquer le sens simple du texte, ou d’autres aspects de la Torah au-delà de l’explication exposée dans le Talmud ; or, pour s’acquitter de l’obligation, il faut d’abord étudier la base, c’est-à-dire l’explication du Talmud, et seulement ensuite on peut ajouter d’autres commentaires].

D’un autre côté, la source des paroles du Choulhan Aroukh se trouve dans les paroles du Roch (Berakhot, chap. 1, siman 8), qui écrit ainsi : « Il semble que celui qui lit un commentaire de la Torah s’acquitte par lui de l’obligation du Targoum, puisque chaque mot y est expliqué ». D’après les paroles du Roch, il semblerait a priori qu’avec n’importe quel commentaire parmi les commentateurs de la Torah on s’acquitte de l’obligation, à condition que le commentaire couvre tous les mots de la Torah qui nécessitent explication et éclaircissement. Cela est également expliqué dans les responsa du Rama (siman 129 ; et siman 130). Cependant, comme nous l’avons dit, des paroles du Choulhan Aroukh et du Maguen Avraham il ressort qu’il faut étudier précisément le commentaire de Rachi, et c’est ainsi que l’on tranche la halakha. (Azmera Lichmekha, numéros 79 ; 80).

Les versets qui n’ont pas de Targoum

Quelle est la loi pour un verset qui n’a pas de Targoum, par exemple dans les noms des villes conquises par les fils de Gad et les fils de Réouven : « Atarot et Divon » (Bamidbar 32, 3) ? Comment accomplit-on alors la loi de Chnayim Mikra Ve-é’had Targoum ?

La Guemara (Berakhot 8a) dit : « Une personne doit toujours achever ses parachiot avec la communauté, deux fois le texte et une fois le Targoum, même “Atarot et Divon” ». Autrement dit, dans ces versets où Onkelos n’a pas traduit les noms de ces villes, il existe malgré tout la loi de Chnayim Mikra Ve-é’had Targoum. Toutefois, les Richonim (ad loc.) sont en désaccord : dans le verset « Atarot et Divon », qui n’a pas de Targoum, faut-il lire le texte biblique 3 fois, ou suffit-il de lire deux fois le texte ? Certains sont stricts et estiment qu’il faut lire le Targoum Yerouchalmi [voir Rachi et Tossafot (Berakhot 8a), Rambam (Hilkhot Tefila, chap. 13, halakha 25) ; Tour (Ora’h ‘Haïm, siman 285) ; Choulhan Aroukh (Ora’h ‘Haïm, siman 285, sé’if 1) ; Michna Broura (ibid., sé’if katan 3)].

En pratique, pour ces versets, il faut lire le texte biblique 3 fois. Cependant, concrètement, dans nos ‘Houmachim, on a déjà imprimé à l’intérieur du Targoum la formulation du texte biblique pour les versets qui n’ont pas de Targoum ; on peut donc lire le Targoum tel qu’il est, et cela couvre aussi les versets qui n’ont pas de Targoum. Mais certains sont stricts, dans ces endroits, et lisent le Targoum Yerouchalmi. (Azmera Lichmekha, numéro 80).

Lire une partie avec Rachi et une partie avec le Targoum

Une autre question à examiner est la suivante : pour celui qui suit la loi principale et qui, en plus de Chnayim Mikra, lit soit le Targoum soit Rachi, peut-il lire le Targoum sur une partie des versets, et lire Rachi sur une autre partie des versets de la paracha ?

Réponse : il semble qu’il soit possible de lire le Targoum sur une partie des versets et Rachi sur une autre partie. Cependant, une personne craignant le Ciel lira aussi le Targoum et étudiera aussi le commentaire de Rachi ; pour elle, cette question n’a donc pas lieu d’être. (Azmera Lichmekha, numéro 80).

Lire une traduction différente de celle d’Onkelos

Une autre question est de savoir s’il est possible de lire une traduction différente de celle d’Onkelos, par exemple une traduction de la Torah dans une langue étrangère que l’étudiant comprend mieux. La Michna Broura (siman 285, sé’if katan 4) écrit qu’une traduction littérale ne suffit pas, et que l’on s’acquitte précisément par le Targoum Onkelos, car il ajoute des éléments supplémentaires qu’il est impossible de comprendre à partir du texte biblique sans le Targoum. Il faut donc s’en tenir au Targoum Onkelos, au sujet duquel nos Sages nous ont transmis qu’il comprend les ajouts nécessaires à l’accomplissement de cette halakha.

Cependant, concernant celui qui ne comprend pas le Targoum, la Michna Broura (siman 285, sé’if katan 5) écrit qu’il n’y a pas d’utilité à lire le Targoum sans le comprendre ; et s’il ne comprend pas non plus le commentaire de Rachi, qu’il trouve un commentaire fondé sur Rachi, comme le « Tze’enah Ure’enah », qui traduit la Torah en yiddish et inclut les explications de Rachi et les midrachim de nos Sages. C’est pourquoi une personne qui ne comprend pas le Targoum et ne peut pas étudier Rachi cherchera une traduction faite par un homme craignant le Ciel, qui a traduit le texte biblique et a intégré dans la traduction les explications de Rachi et les paroles des Sages fondées sur la base du Talmud. Mais on ne s’acquitte pas de son obligation par une traduction littérale du texte biblique, ni par une traduction qui s’attache uniquement au sens simple du texte sans les ajouts des Sages dans le Talmud.

Celui qui ne peut lire que soit le Targoum soit Rachi : lequel des deux est préférable ?

Une autre question à clarifier : une personne qui ne peut avoir le temps que de lire Chnayim Mikra Ve-é’had Targoum, ou bien Chnayim Mikra avec le commentaire de Rachi, y a-t-il une préférence à choisir précisément l’un des deux ? Et lequel est préférable ?

Les décisionnaires sont en désaccord à ce sujet. Selon le Maharshal (Yam Chel Chlomo, Kiddouchin, chap. 2, siman 14), il est préférable de lire le commentaire de Rachi. D’un autre côté, selon le Beit Yossef (Ora’h ‘Haïm, siman 285), d’après l’opinion de Rav Amram Gaon et de Rav Natronai Gaon, il est préférable de lire le Targoum, car il possède la qualité d’avoir été donné au Sinaï. Cependant, la Michna Broura (Biour Halakha, siman 285, sé’if 2, s.v. « Targoum ») émet des réserves à ce sujet. Le Chaarei Techouva a écrit au nom du Birkei Yossef que, selon l’opinion des sages de la Kabbale, il faut préférer la lecture du Targoum. Par conséquent, en pratique, quoi que fasse l’étudiant, il agit selon de grands décisionnaires, et il peut faire comme il le souhaite.

Ceux qui s’acquittent par la lecture de Chnayim Mikra avec Rachi : comment agir pour un verset qui n’a pas de Rachi ?

Une autre question à clarifier est la suivante : ceux qui s’acquittent de leur obligation en lisant Chnayim Mikra uniquement avec le commentaire de Rachi, comment doivent-ils agir pour un verset qui n’a pas de Rachi ? La Michna Broura (siman 285, sé’if katan 5) écrit que, dans ce cas, ils liront le texte biblique 3 fois ; dans ces versets, ils liront deux fois le texte biblique et une fois le Targoum. Il semble que la seconde possibilité soit préférable. (Voir Responsa Maharam Mintz, siman 87). Mais dans un verset où Rachi n’a expliqué qu’une partie du verset, il semble qu’on s’acquitte par la lecture de la partie que Rachi a expliquée, et qu’il n’est pas nécessaire de compléter l’explication du reste du verset par la lecture du Targoum.

La raison en est qu’il est expliqué chez les A’haronim (Responsa Maharam Mintz, siman 87 ; Michna Broura, siman 285, sé’if katan 5) que les versets qui n’ont pas de commentaire de Rachi doivent être lus 3 fois ; il en ressort que les parties de versets qui n’ont pas de commentaire de Rachi n’ont pas besoin d’être relues une fois supplémentaire comme texte biblique. (Voir Biour Halakha, fin du passage commençant par « Targoum »). De plus, dans le Choulhan Aroukh (Ora’h ‘Haïm, siman 285, sé’if 2), il est expliqué que, selon la loi principale, le commentaire de Rachi suffit sans le Targoum, et le Choulhan Aroukh n’a pas indiqué que les mots qui n’ont pas de Rachi doivent être lus 3 fois comme texte biblique, bien que cela soit fréquent dans presque chaque verset où le commentaire de Rachi ne porte pas sur chaque mot. Le fait que le Choulhan Aroukh n’ait rien mentionné à ce sujet implique qu’il suffit du commentaire de Rachi sur les mots qu’il a expliqués.

Mais il faut comprendre la raison de cette loi : si la raison est que les mots que Rachi n’a pas expliqués sont suffisamment clairs, et qu’il suffit de lire le commentaire sur les mots qui nécessitent une explication, alors un verset que Rachi n’a pas expliqué est lui aussi clair par lui-même et n’a pas besoin de commentaire. Pourquoi a-t-on donc tranché qu’il faut les lire 3 fois ? Cela demande examen. (Azmera Lichmekha, numéro 80).

Faut-il lire le commentaire de Rachi à voix haute ?

Une autre question à clarifier est de savoir s’il faut lire le commentaire de Rachi avec sa bouche, ou s’il suffit de lire avec les yeux, en s’acquittant par la pensée du commentaire de Rachi, et en comprenant ainsi le sens du texte biblique qu’on a lu avec sa bouche.

Sur cette question, il semble que si l’on lit uniquement le commentaire de Rachi et que l’on s’appuie sur le fait que, selon la loi principale, on s’acquitte par le commentaire de Rachi à la place du Targoum, il faut prononcer les mots avec sa bouche. Mais si l’on est une personne craignant le Ciel qui lit à la fois le commentaire de Rachi et le Targoum, il semble qu’il suffise de lire le commentaire de Rachi par la pensée, sans devoir prononcer les mots avec sa bouche. Toutefois, dans toute étude, il est préférable de prononcer les choses avec sa bouche et de ne pas seulement y réfléchir. (Azmera Lichmekha, numéro 80).

Celui qui lit le Targoum sans comprendre ce qu’il dit s’acquitte-t-il de son obligation ?

Cette question dépend d’une autre : celui qui étudie sans comprendre ce qu’il lit accomplit-il ainsi la mitsva d’étude de la Torah ? En pratique, le Maguen Avraham (siman 50, sé’if katan 2) et le Choulhan Aroukh HaRav (Hilkhot Talmud Torah, chap. 2, halakha 12) ont établi une distinction : pour la Torah écrite, il existe une mitsva de lire même si l’on ne comprend pas les mots ; mais pour la Torah orale, si l’on ne comprend pas ce que l’on lit, on n’accomplit pas la mitsva d’étude de la Torah.

À la lumière de ces éléments, il faut maintenant examiner si le Targoum fait partie de la Torah orale, auquel cas il faudrait le comprendre pour accomplir cette halakha, ou peut-être le Targoum est-il considéré comme faisant partie du texte biblique et de la Torah écrite, de sorte que l’on accomplit la mitsva en le lisant même sans en comprendre le sens. Voir ce qu’a écrit le ‘Hafets ‘Haïm (Likoutei Amarim, siman 18). En pratique, il semble qu’il faille comprendre le Targoum ; toutefois, même si l’on n’a pas compris, on s’est acquitté de son obligation. (Azmera Lichmekha, numéro 80).

Source

Choulhan Aroukh (Ora’h ‘Haïm, siman 285) ; Azmera Lichmekha (numéros 79 ; 80).