Réflexions éducatives tirées de la paracha Emor — le portrait de l’éducateur et de celui qui exerce une influence | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Réflexions éducatives tirées de la paracha Emor — le portrait de l’éducateur et de celui qui exerce une influence

L’un des principes fondamentaux qui caractérisent la figure de l’éducateur, nous l’apprenons dans notre paracha.
Le verset dit : « ויאמר ה' אל משה אמור אל הכהנים בני אהרן ואמרת אליהם לנפש לא
יטמא בעמיו » (21, 1) — « Hachem dit à Moché : Dis aux kohanim, fils d’Aharon, et tu leur diras : qu’aucun ne se rende impur pour un mort parmi son peuple. »
Nos Sages ont demandé (Yevamot 114a ; ainsi que dans Torat Kohanim, paracha 11) : quel est le sens du redoublement dans le verset, « אמור »
et « ואמרת » — « dis » et « tu leur diras » ? N’aurait-il pas suffi que le verset dise : « Dis aux kohanim », etc. ? Pourquoi le verset a-t-il ajouté et répété
de nouveau : « et tu leur diras » ? La Guemara explique (comme le rapporte Rachi ici) que cela vise à « להזהיר גדולים על
הקטנים » — « avertir les grands au sujet des petits », c’est-à-dire qu’il incombe aux adultes de surveiller et d’avertir les petits afin qu’ils se séparent de tout interdit.
De là, nous apprenons la responsabilité qui repose sur les adultes : prendre soin des petits, des jeunes enfants,
savoir les séparer et les éloigner de toute chose interdite, et les empêcher d’emprunter un mauvais chemin.
C’est pourquoi Hachem parle à Moché par une expression redoublée : « Dis aux kohanim, fils d’Aharon, et tu leur diras ». « Dis
aux kohanim » — aux adultes — qu’ils se conduisent de telle et telle manière et s’abstiennent de ceci et de cela. « Et tu leur diras » — car ces mêmes
mises en garde auxquelles ils sont eux-mêmes soumis doivent être transmises à la génération suivante. En un mot : l’obligation d’éduquer.
Un grand principe est ici posé concernant la base du lien et sa forme dans la médiation entre grands et petits,
entre ceux qui influencent et ceux qui reçoivent l’influence, comme un père et ses fils, ou le rav envers ses élèves. Si un homme veut transmettre une voie et influencer
son entourage, il doit d’abord exercer une influence sur lui-même. S’il souhaite que ses paroles soient acceptées par
ceux qui l’écoutent, il doit lui-même être lié au contenu de ces paroles et les mettre en pratique, bien qu’il existe assurément
de nombreux degrés chez chacun dans l’échelle des valeurs et dans le travail des middot.
Lorsqu’il s’agit de transmettre l’étude de la Torah, il est certainement approprié et nécessaire que les élèves voient dans le rav une personne de
stature, plongée dans l’étude et peinant dans le labeur de la Torah même au-delà des sujets indispensables qu’il doit
étudier afin d’enseigner à ses élèves.
L’eau qui coule, l’eau stagnante, et ce qu’il y a entre les deux !
Le Gaon Rabbi Meir Shapiro de Lublin disait : dans l’étude de la Torah, il doit nécessairement y avoir une réalité de
progression, de flux et d’ajout permanent, sans interruption, car la Torah est comparée à l’eau, comme il est dit : « הוי
כל צמא לכו למים » — « Ô vous tous qui avez soif, allez vers l’eau. » Or l’eau doit forcément être dans un état d’écoulement, car si elle reste au même endroit —
elle se corrompt ; et plus elle reste longtemps, plus elle devient nauséabonde et moisit (et ce n’est pas pour rien que toutes les mouches et les moustiques
viennent vers les sources d’eau stagnante). Ainsi en est-il de l’étude de la Torah : il faut se conduire selon un mode d’ajout
constant, en quantité comme en qualité.
C’est là un immense principe dans le service d’Hachem. Non seulement pour les élèves, mais aussi pour les éducateurs : ils doivent fixer un temps dans la journée
et dans la semaine où ils ajoutent à leur Torah et continuent de faire grandir le « talmid hakham » qui est en eux, afin qu’il y ait
un bon courant qui conserve également.
Il en va de même dans l’approche éducative : nous devons essayer et nous efforcer de transmettre aux élèves une voie par laquelle ils aspireront à connaître
la Torah — non par contrainte, mais par une soif personnelle et un désir intérieur d’ajouter connaissance et étude.
Il y a ici une couche supplémentaire. Bien souvent, l’élève est plongé dans les problèmes et les doutes que lui présente
son environnement ; il tente d’y faire face, mais ne cherche pas les points où lui-même doit et a besoin de changer,
de s’améliorer ou de se corriger.
Parfois, précisément lorsque le projecteur est dirigé vers soi-même, et qu’un véritable travail y est accompli, alors même
s’il est lent, on peut résoudre beaucoup de problèmes — ou bien ils se régleront déjà d’eux-mêmes.
L’oiseau qui répand une odeur...
Il y avait un élève qui, dans chaque cadre où il étudiait, trouvait des éléments négatifs et demandait à passer d’un lieu à un autre
et à changer fréquemment de cadre d’étude. Un jour, il vint consulter Maran le Steipler au sujet d’un certain endroit,
mais le rav discerna sa nature et lui raconta, au cours de la conversation, qu’il existe un oiseau qui, partout où
il se trouve, répand une mauvaise odeur... Son intention était de faire remarquer à cet élève qu’il devait s’examiner
lui-même et ne pas chercher les défauts chez les autres. Bien entendu, Maran le Steipler, dans sa sagesse, comprit que c’était ce qu’il devait
entendre selon son état et sa situation.
À partir de là, on peut peut-être proposer une autre explication des paroles de nos Sages : « אמור ואמרת. להזהיר גדולים על
הקטנים » — « Dis et tu diras : avertir les grands au sujet des petits », c’est-à-dire que les grands doivent avertir les petits de se regarder comme des grands, comme des personnes
qui prennent responsabilité d’elles-mêmes et changent les choses en mieux en elles-mêmes ; alors, d’eux-mêmes, ils verront
que les choses changent aussi en mieux dans leur environnement.
Cependant, d’un autre côté, tout cela doit nécessairement être sous le contrôle des adultes, car c’est chez les adultes que se trouve le regard
capable de discerner dans quoi l’on peut donner au petit l’autorité d’être comme un grand, ou de se sentir comme un grand, et dans quoi non. Malheureusement,
plus d’une fois, j’ai rencontré un jeune homme, et même un enfant, qui décide à la maison où il veut étudier et dans quel cadre,
tandis que les parents essaient de le convaincre et de le satisfaire, en disant : « Nous voulons qu’il choisisse lui-même », sans comprendre qu’il existe
des types de choses pour lesquelles il n’a pas encore la capacité de choisir ni la faculté de juger. [Ce sujet relève fondamentalement
de la question de l’autorité parentale, et cela sera traité dans un autre article.]
« Avertir » — du langage de la splendeur
L’Admour, le « Imrei ‘Haïm » zatzal de Vizhnitz, avait l’habitude de dire que le terme « להזהיר » provient du langage de la splendeur
et de l’éclat. Du fait qu’il est écrit « להזהיר גדולים על הקטנים », et non « להזהיר גדולים את הקטנים »,
il ressort que l’intention est que les grands influencent « sur » les petits. Et l’explication du mot « להזהיר » ne relève pas seulement du langage
de « l’avertissement », mais aussi de celui de la « splendeur », comme dans « מזהירים כזוהר הרקיע » — « ils brillent comme la splendeur du firmament ». L’explication est que les grands
doivent transmettre, par leur conduite, « splendeur » et « lumière », et constituer un exemple personnel dont les enfants apprendront par les actes,
et grandiront sur les fondements de la Torah et de la crainte du Ciel.
Une fois, un homme fut victime d’un brigandage sur la route. Les brigands l’attachèrent à un arbre et attendirent le chef
de la bande pour qu’il décide de son sort. Quelle ne fut pas la douleur de la victime lorsqu’il vit que le chef des bandits qui se tenait
devant lui était son propre fils, et nul autre ! La douleur et le chagrin furent multipliés. Le père ne put se retenir et lança
à son fils : Mon fils, que t’est-il arrivé ? Jusqu’où es-tu tombé ? Comment as-tu pu me faire cela ? Qu’es-tu devenu ?
Tu détrousses les gens et voles sur les routes ?!
Le fils prit son père à part et lui dit qu’il le libérerait à une condition. Il désigna un arbre touffu
qui se trouvait là et lui dit : si tu réussis à déplacer cet arbre de sa place, je te rendrai ta liberté.
Le père ne comprit pas, mais dans son grand désespoir il essaya de déplacer l’arbre ; bien entendu, il ne parvint même pas à en faire bouger une seule branche.
« Je ne peux pas », gémit le père, les yeux ruisselant de larmes.
Son fils lui répondit : Bien sûr que tu ne peux pas. Ce n’est que lorsque l’arbre était un jeune plant tendre que tu pouvais en faire ce que
tu voulais. Mais aujourd’hui, lorsque ses racines sont si profondes, il est trop tard pour le déplacer ou l’arracher de sa place.
« Il en est ainsi de moi aussi », poursuivit le fils. « Lorsque j’étais jeune en années, tu pouvais encore me sauver, tu pouvais encore
me réprimander par des paroles de moussar ; mais toi, tu riais seulement lorsque je “prenais” quelque chose sans permission. Tu disais alors que ce n’était
qu’une espièglerie d’enfant, et tu fermais les yeux sur de telles choses. Aujourd’hui, lorsque mes racines sont profondes dans ce
monde, il est trop tard pour m’arracher »...
Nous devons donc avertir les grands au sujet des petits : être un exemple de droiture, de vérité et de sincérité pour les jeunes.
Sinon, la critique principale ne vise pas la société, ni le cadre d’étude. La critique
commence à la maison.
« אמור אל הכהנים ואמרת אליהם » — « Dis aux kohanim et tu leur diras » — avertir les grands au sujet des petits, car lorsque les parents
servent de figures lumineuses, c’est-à-dire d’exemple personnel et de modèle, c’est la meilleure manière d’influencer
les petits.
Le « ‘Hatam Sofer » dit à propos du verset du Keriat Chema : « ושננתם לבניך ודברת בם » — « Tu les enseigneras à tes enfants et tu parleras d’eux », qu’il aurait fallu
dire : « et ils parleront d’eux ». C’est-à-dire : du fait que tu les enseignes à tes enfants, eux parleront d’eux. Mais le
« ‘Hatam Sofer » dit que si tu veux que tes enfants s’occupent de l’étude de la Torah, il ne suffit pas que tu leur enseignes.
Le conseil est : « ודברת בם » — « et tu parleras d’eux » ! Toi-même, tu dois parler de paroles de Torah.


C’est par cette voie que le père réussira à faire pénétrer les paroles de Torah dans le cœur de ses enfants plus que par toute exhortation et tout

moussar. Rien ne vaut l’exemple personnel.

Source

Rav Michael Zecharyahu

Directeur spirituel à la Yechiva Guedola Torat David et président de l’organisation « Légion du Roi »