Réflexions éducatives à partir de la paracha Vayikra — s’efforcer de donner même lorsque je n’ai pas ! Même lorsque je ne peux pas ! Même pour une seule personne !
Tout éducateur est mis à l’épreuve dans son travail, et ce bien souvent précisément dans les moments de difficulté : lorsqu’une situation complexe se présente, ou lorsqu’il a une raison — voire de nombreuses raisons — d’expliquer pourquoi, à présent, il n’est pas tenu de s’investir, ou pourquoi la chose ne se situe pas là où l’on attend de lui qu’il agisse ou apporte une aide.
« J’ai beaucoup appris du mochavnik » !!! dit le Rav avec admiration...
Un Juif, propriétaire d’une exploitation agricole dans l’un des mochavim, raconta un jour qu’un Rav de la région était venu donner un cours de Torah à la synagogue du mochav. Mais voilà que la synagogue était vide de ses fidèles, et qu’un seul Juif était venu écouter le cours. Il remarqua que le Rav était déçu et qu’il s’apprêtait à tourner les talons pour rentrer chez lui... Il s’adressa alors à lui avec une question : « Dans l’étable qui m’appartient, il y avait 70 vaches ; mais cette nuit, il y a eu une effraction dans l’étable et 69 vaches ont été volées. Apparemment, le voleur a “eu des égards” pour moi et m’en a laissé une rescapée... Ma question est la suivante : ai-je encore l’obligation de la nourrir ? Il n’est pas rentable pour moi d’entretenir toute une étable pour une seule vache... »
Le Rav comprit l’allusion ; un sourire se répandit sur son visage, et il alla donner le cours.
Et la leçon est claire.
Le devoir de chacun, en particulier à notre époque, celle de l’ikveta deMechi’ha, alors qu’une faim spirituelle règne dans notre pays, est de se dévouer pour chaque Juif, où qu’il soit. Et même s’il a réussi à sauver une seule âme, il a sauvé —
un monde entier !!!
Ce principe fondamental du dévouement — donner même dans une réalité difficile — nous l’avons appris de notre paracha. Le verset dit : « וְנֶפֶשׁ כִּי תַקְרִיב קָרְבַּן מִנְחָה לַה' סֹלֶת יִהְיֶה קָרְבָּנוֹ וְיָצַק עָלֶיהָ שֶׁמֶן וְנָתַן עָלֶיהָ לְבֹנָה » — « Et lorsqu’une âme offrira un sacrifice de min’ha à Hachem, son offrande sera de la fine farine ; il y versera de l’huile et y mettra de l’encens » (Vayikra 2, 1).
« Le terme “âme” n’est employé pour aucune offrande volontaire, sauf pour la min’ha. Qui a l’habitude d’offrir une min’ha ? Le pauvre. Le Saint béni soit-Il dit : Je le lui compte comme s’il avait offert son âme » (Rachi, d’après le Midrach de nos Sages, Mena’hot 104b).
Et le Gaon, le « ‘Hatam Sofer », a expliqué que celui qui apporte une min’ha prouve par là qu’il ne possède même pas les quelques pièces nécessaires à l’achat d’un jeune pigeon. Il prend donc un peu de fine farine et un peu d’huile de ce qu’il a recueilli par le léket, la chikh’ha et la péa, et il l’apporte en sacrifice. Il en ressort qu’il retire le pain de sa propre bouche afin d’apporter un sacrifice à Hachem ; c’est pourquoi il est considéré « comme s’il avait offert son âme ».
Le Saint béni soit-Il, qui sonde les reins et les cœurs, voit le véritable désir du pauvre de s’attacher à Lui, et ne méprise pas, à D.ieu ne plaise, son humble sacrifice. Au contraire, Il sait combien il fait d’efforts et économise sur son pain pour apporter cette min’ha. Il s’en réjouit et dit : « C’est cela que Je désire, et Je le lui compte comme s’il avait offert son âme devant Moi ! »
Et de cette qualité du Saint béni soit-Il, nous devons nous aussi apprendre dans l’éducation de nos enfants.
Nous aspirons à ce que le jeune homme s’occupe la majeure partie de la journée de l’étude de la Torah, de l’accomplissement des mitsvot et des prières en leur temps, comme il convient. Mais nombreux sont ceux qui ne sont pas encore dans cet état. Dans leur situation actuelle, ils ne peuvent pas s’adonner à la Torah jour et nuit ; il leur est difficile de se lever pour les prières à l’heure, et ils éprouvent même des difficultés plus grandes encore. Et malgré tout, ils n’abandonnent pas, à D.ieu ne plaise, mais s’efforcent dans la mesure du possible (malgré la compréhension et la conscience que ce n’est pas l’état idéal). Or parfois, parents et éducateurs ont tendance à minimiser cela. Ils sont frustrés de voir que leur fils ne suit pas le chemin qu’ils lui ont tracé. [Et ces choses prennent une importance particulière pendant les jours de bein hazemanim...]
Il semble que la notion de dévouement appartienne également à ce domaine. Cet effort et cette tentative, même minimes, que possède le jeune homme, relèvent de « l’âme qui offre ». Car à présent, pour lui, certaines choses constituent un sacrifice. Et si nous méprisons cela et en diminuons la valeur, nous risquons, à D.ieu ne plaise, de provoquer chez lui une rupture totale, dont qui pourra réparer les conséquences ?
Notre rôle est de renforcer et d’encourager, d’apprendre du Saint béni soit-Il qui accepte ce peu. Grâce à notre encouragement, le jeune homme saura apprécier ses actes et le bien qui existe en lui ; et de là, il continuera à s’élever, avec l’aide d’Hachem, dans les degrés de la Torah et de la crainte du Ciel.
Et l’enseignement pour nous est immense et considérable.
Plus une personne s’efforce et se donne de la peine pour donner, plus elle s’efforce et fait de son mieux, alors même qu’elle n’a pas, par ses actes mêmes elle exprime son dévouement pour l’accomplissement d’une mitsva. Dès lors, la pureté de son âme apparaît de plus en plus, et la profondeur de son service se manifeste clairement ; elle mérite alors davantage de « proximité avec D.ieu ».
L’accomplissement simple d’une mitsva n’est pas comparable à l’accomplissement d’une mitsva avec dévouement !!!
Le jeune homme « dérangeant »
Le Gaon tsaddik Rav Mena’hem Fisher shlita, Av Beit Din de « Kahal Adat Yereim » à Monsey, raconta :
Il était une fois un jeune homme originaire de la diaspora qui, à notre grande peine, ne trouvait aucun goût ni dans la Torah ni dans la prière. Or nos Sages ont déjà dit : « בטלה מביאה לידי שעמום » — « l’oisiveté mène à l’ennui et au désarroi » ; et, de fait, le jeune homme descendit de plus en plus bas...
Cependant, le Saint béni soit-Il a inscrit dans Son monde une nature : l’âme ne se remplit pas sans « satisfaction » et sans plaisir provenant de quelque chose qui lui donne de la vitalité. C’est pourquoi ce jeune homme se trouva une « occupation » condamnable : il téléphonait au cœur de la nuit aux domiciles des rabbanim [sachant qu’un Rav en Israël a pour habitude d’être prêt et disponible pour ceux qui l’interrogent — surtout si le téléphone sonne à 2 ou 3 heures au milieu de la nuit, car cela prouve manifestement qu’il s’agit d’une question urgente et nécessaire, qui ne souffre pas même quelques heures de délai]. Lorsqu’on lui répondait, il les importunait avec des « klatz kachyot » — des questions halakhiques simples, auxquelles tout débutant sait répondre, par exemple : « J’ai oublié de dire Veten tal oumatar... », « Une goutte de sang a été trouvée dans un œuf que j’ai ouvert... », et d’autres questions diverses dont tout le but était seulement de déranger celui qui répondait au milieu de la nuit.
L’audace du jeune homme augmenta, jusqu’à ce qu’une nuit il appelle le décisionnaire de la génération, le Gaon Rav Moché Feinstein zatzal, alors que l’horloge indiquait 3 h 00. Rav Moché fut alarmé en entendant la sonnerie du téléphone et comprit qu’il s’agissait vraisemblablement d’un cas de pikoua’h néfech (ce qui, en fin de compte, s’avéra effectivement être le cas), et il répondit immédiatement. Avant même d’entendre la question, il s’excusa de ne pas avoir encore récité la Birkat HaTorah, puis, après la Birkat HaTorah, il se tourna pour écouter la question...
Par sa sagesse de vie, il comprit ce qui se trouvait devant lui... qu’à l’autre bout du téléphone se tenait une âme brisée et malheureuse, cherchant une satisfaction dans la vie. C’est pourquoi il répondit d’abord calmement à la question. Ensuite, il dit au jeune homme : « À présent, je vais te poser une “question” : quel traité étudie-t-on actuellement dans la yéchiva où tu apprends ? »
Par un miracle extraordinaire, le jeune homme connaissait le nom du traité et répondit : « Tel traité ». Rav Moché poursuivit et demanda : « À quelle page en êtes-vous maintenant ? » Le jeune homme, ne sachant pas ce qui l’attendait... peut-être Rav Moché allait-il l’interroger sur ce qui était étudié... répondit sans réfléchir et sans savoir : « Daf 30, amoud a... »
Rav Moché lui dit : « Je t’en prie, je te demande de me rendre un “service” : puisque de toute façon je suis éveillé à cette heure, et toi aussi, peut-être pourrions-nous étudier en ‘havrouta la page étudiée à la yéchiva — par téléphone... » N’ayant pas le choix, le jeune homme prit une Guemara — acte nouveau qu’il n’avait pas accompli depuis longtemps — et ils étudièrent ensemble avec une merveilleuse assiduité et une immense clarté. Lorsqu’ils eurent terminé un amoud entier, ils conclurent leur étude, Rav Moché lui posant une question considérable au cours de la souguia, jusqu’à ce qu’il soit clair pour lui que le jeune homme comprenait et retenait très bien la question. Il prit alors congé de lui et le salua, en lui demandant : « Demain, va donc voir ton Roch Yéchiva et présente-lui cette question remarquable. »
Et le lendemain, le jeune homme s’approcha avec une immense émotion du Roch Yéchiva et lui dit : « Mon Rav et maître, j’ai une question remarquable en réserve. » Le Roch Yéchiva pensa en lui-même : « Voyons, quelle question un jeune homme comme celui-ci peut-il bien poser... » Mais lorsque le jeune homme exposa ses propos, le Roch Yéchiva sortit de ses gonds d’admiration, et son émerveillement monta jusqu’aux cieux. Il tenta de trouver une résolution et une réponse dans la souguia de la Guemara, dans les commentateurs, chez les Richonim et les A’haronim, mais il ne trouva pas de réponse à la question du jeune homme... la question était plus forte que lui... Dès lors, il commença à se dire : « S’il en est ainsi, il se trouve que nous nous sommes trompés au sujet de ce jeune homme ; nous ne savions pas combien sa stature, sa clarté et sa profondeur en Torah étaient grandes. »
Il présenta la question aux ramim, mais eux non plus ne trouvèrent pas de résolution. Ceux-ci présentèrent la question aux élèves, « et toute la ville fut en émoi » : toute la yéchiva bruissait et s’agitait autour du jeune homme et de la question.
Bien entendu, le jeune homme reçut une place d’honneur, du renforcement et de l’encouragement ; de là, il se reprit en main et monta sur la voie royale.
À présent, réfléchissons : toute son élévation et son renforcement furent dus à ce Gaon et tsaddik qui, dans la profondeur de sa compréhension, saisit ce qui se trouvait devant lui — non pas un jeune homme mauvais, harceleur et perturbateur, mais une âme tourmentée et assoiffée de satisfaction. Il fallait lui fournir sa « nourriture » appropriée, et aussitôt elle s’élèverait et fleurirait comme un jardin arrosé... Si Rav Moché avait raccroché immédiatement, comme il semblait requis de le faire avec un tel insolent, qu’en serait-il sorti...
Et nous repartirons avec ce message : sachons que tout ce que telle personne nous dit... nous fait... nous inflige... ne provient pas du fait qu’elle serait mauvaise. Il n’y a pas de mauvais enfant — il y a un enfant qui va mal ! Voyons la « racine » de sa conduite, ce qui lui manque et ce que cela révèle de lui. Car la « réprimande » est un « traitement » extérieur — et même cela, elle ne l’est pas vraiment ; elle n’est d’aucune utilité. Mais si nous sommes « intelligents envers le pauvre », nous comprendrons qu’il agit ainsi parce qu’il ne va pas bien... Nous traiterons la racine, nous le renforcerons et l’encouragerons, et tout rentrera paisiblement dans l’ordre.
Source
Rav Michael Zecharyahu
Directeur spirituel à la grande yéchiva Torat David et président de l’organisation « Légion du Roi »