Réflexions éducatives à partir de la Paracha Vayéra — « Il est encore vivant » ! | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

Réflexions éducatives à partir de la Paracha Vayéra — « Il est encore vivant » !

- Est-il juste de dire qu’il existe des personnes auxquelles je n’ai aucune capacité d’être utile ou que je ne peux pas faire progresser ?

- « Quelque chose en lui est mort ! » a dit le mélamed. À première vue, il a raison ; mais est-ce vraiment le cas ?

Lorsqu’il semble que toutes les possibilités sont épuisées et que tout le monde a baissé les bras, reste-t-il encore une place pour une action — fût-elle la plus petite — qui exprime une pensée à son sujet ou une certaine considération pour lui ?

Un point profond de réflexion :

Contemplons le regard de la Torah sur une réalité de vie accompagnée d’une épreuve.

Faire revivre l’âme de l’enfant

Il est vivant, il est ici, il est devant nous, mais en vérité, il est mort !

Peut-être est-il trop dramatique d’employer une telle expression au sujet d’un être vivant. Mais lorsque nous comprenons, voyons et discernons que quelque chose dans son monde intérieur — émotionnel et psychique, et peut-être aussi dans sa conscience — est éteint et desséché, sans aucune vitalité, alors, en apparence, il n’y a pas d’autre choix que de l’assimiler à un mort !!!

N’ai-je vraiment rien à faire ? Peut-être n’est-ce pas mon rôle, comme parent ou éducateur, car je n’ai pas affaire aux morts mais aux vivants.

Observons donc et voyons comment notre paracha se rapporte à ce sujet.

L’une des épreuves les plus importantes et les plus difficiles, si ce n’est la plus difficile de toutes, auxquelles Avraham Avinou fut soumis, est l’épreuve de la Akéda. À sa suite, le Saint béni soit-Il lui annonça : « Maintenant Je sais que tu crains Dieu et que tu ne M’as pas refusé ton fils, ton unique. »

Nos Maîtres ont demandé : pourquoi le nom de cette épreuve et ses mérites ont-ils été gravés pour les générations au nom d’Avraham Avinou, comme il est dit : « Et Dieu éprouva Avraham » ? Pourtant, ce fut une épreuve non moins difficile aussi pour Yits’hak Avinou, qui avait alors trente-sept ans, et qui malgré tout tendit son cou sur l’autel. S’il en est ainsi, il aurait semblé approprié de dire : « Et Dieu éprouva Avraham et Yits’hak ».

Plusieurs explications ont été données pour résoudre cette difficulté, mais l’explication de notre maître le Beit HaLévi est particulièrement intéressante. Il l’a définie ainsi : l’épreuve de mourir pour le kiddouch Hachem est plus facile que l’épreuve de vivre pour le kiddouch Hachem.

Yits’hak allait pour mourir pour le kiddouch Hachem, tandis qu’Avraham allait vivre pour le kiddouch Hachem, car après la Akéda, il continuerait à vivre sans son fils unique et bien-aimé. C’est certainement une épreuve plus grande : vivre à chaque instant avec la connaissance et la compréhension qu’il n’a plus de fils pour lui succéder, car il a été lié sur l’autel — et par qui ? Par son père ! Et sur ordre de Hachem ! Et malgré tout, ne pas nourrir à ce sujet même la moindre pensée de remise en question.

Nous apprenons donc qu’un état et une réalité de « vie » liés à des difficultés constituent une épreuve extrêmement grande et significative.

La Providence amène à la porte d’un père ou d’un éducateur un enfant\jeune\adolescent chez qui « quelque chose est mort », et peu importe dans quel domaine il s’agit : les valeurs, la spiritualité, les traits de caractère ou l’identité juive. Si je parviens à insuffler en lui un peu de vitalité, alors, en réalité, j’ai apporté davantage de « vie » au monde ; la vie d’un Juif, ce sont des instants immenses de kiddouch Hachem, et nous avons appris qu’il est plus difficile de vivre pour le kiddouch Hachem que de mourir pour le kiddouch Hachem.

Heureux celui qui mérite d’insuffler un esprit de vie dans des ossements desséchés et de sanctifier ainsi, avec encore plus de force, le Nom du Créateur dans le monde.

Le revers du col — un signe de vie !

« J’étais totalement désespéré de la vie », raconta le jeune garçon assis en face de moi, la tête baissée. « J’avais compris que je n’avais aucune chance, car personne ne croyait en moi ; tout le monde était certain que j’étais inutile (et donc aussi sans espoir...), et la réalité prouvait elle aussi que personne ne se souciait vraiment de moi et que personne ne s’inquiétait pour moi, en rien. »

Le résultat fut que le jeune garçon quitta la maison, se coupa de sa famille, et en fait, la famille aussi lui fit comprendre qu’il n’y avait pas de place pour lui en son sein.

« Ce jour-là, j’ai pensé mettre fin à mes jours », continua-t-il à raconter avec franchise. « Mais alors que j’étais assis à l’arrêt de bus, l’un des mélamdim du Talmud Torah arriva derrière moi. Il me reconnut, bien que j’aie changé d’apparence, me tapa sur l’épaule et me demanda comment j’allais. Soudain, je sentis son contact : il arrangeait le col de ma chemise, qui était retourné (je ne m’en étais pas aperçu). Et avant de me quitter, il lança aussi une phrase qui est gravée dans mon cœur jusqu’à aujourd’hui : “J’ai de bons souvenirs de toi.”

Le soir, j’ai changé d’avis. J’ai senti qu’il restait encore quelqu’un à qui j’importais !

Par ce geste d’arranger le revers du col, il m’a en réalité donné la vie !

Oui, au sens le plus simple : il m’a offert ma vie en cadeau.

Nous avons appris :

A. Il ne faut désespérer de personne.

B. Même lorsque « quelque chose semble mort chez lui », c’est en réalité mon défi : comment éveiller et rallumer les côtés éteints et dépourvus de vitalité.

C. Le rôle d’éducateur et de parent ne se termine dans aucune situation ; peut-être nous met-il au défi de penser autrement, hors des cadres habituels.

D. On ne peut décrire ce que peut accomplir l’action la plus petite et la plus apparemment marginale.

Source

Par le Rav Michael Zecharyahu

Directeur spirituel à la grande yéchiva Torat David et président de l’organisation Legiono Shel Melech