Interrompre la prière de Shemoneh Esrey en cas d'urgence
Question
Réponse
Merci pour votre question.
En ce qui concerne la prière de Shemoneh Esrei, nous trouvons une halakha intéressante dans le traité Brachot (chapitre 5, Mishnah 1), selon laquelle on ne peut pas s'arrêter au milieu de la Shemoneh Esrei même si un serpent est enroulé autour de sa cheville. Les commentateurs se demandent pourquoi c'est ainsi ? Ne disons-nous pas toujours que lorsqu'une personne est en situation de danger, cela s'appelle 'Pikuach Nefesh' et il est permis de violer même les interdictions de la Torah pour se sauver ? Cela s'apprend du verset (Lévitique 18,5).
וּשְׁמַרְתֶּם אֶת חֻקֹּתַי וְאֶת מִשְׁפָּטַי אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אֹתָם הָאָדָם וָחַי בָּהֶם אֲנִי ה'
"Il vivra par eux..." Il est expliqué dans le Talmud (Sanhedrin 74a) que nous apprenons de cela que les commandements ont été donnés pour que l'on vive par eux, et non pour mourir par eux, alors pourquoi est-il interdit d'interrompre la Shemoneh Esrei si un serpent est enroulé autour de sa cheville ? N'est-ce pas un cas de Pikuach Nefesh ?
Rabbeinu Yona, dans son commentaire sur cette halakha, écrit que l'on peut fuir le serpent, et l'intention de la Mishnah 'ne pas interrompre' est que l'on ne peut pas parler au milieu de la Shemoneh Esrei même si un serpent est enroulé autour de sa cheville. Cet avis est rapporté par le Rema le'halacha (Siman 104,3) cependant l'avis du Me'chaber est que l'on ne peut même pas s'éloigner du serpent, donc la question reste, pourquoi pas ?
Rashi explique (à la page 33a) que la plupart des serpents ne sont pas considérés comme dangereux car ils ne mordent généralement pas, donc rencontrer un serpent n'est pas considéré comme un danger. Cependant, si l'on voit un scorpion approcher, on peut fuir même au milieu de la prière, car les scorpions sont toujours considérés comme dangereux.
On pourrait se demander, même si dans la plupart des cas un serpent ne mord pas, lorsqu'il s'agit de danger, nous ne décidons pas en fonction des pourcentages car nous avons une règle selon laquelle l'obligation de se sauver du danger est plus stricte que la halakha générale de se sauver d'une interdiction. Par exemple, même si dans un cas de halakha nous décidons selon la majorité, lorsqu'il s'agit d'évaluer une situation dangereuse, nous prenons en compte même un petit pourcentage ?
Rebbi Elchanan Wasserman zt”l explique dans 'Kovets Shiurim' (traité Pessahim 8a) que puisque le danger d'un serpent ne représente qu'un petit pourcentage, nous avons une règle (cité dans le traité Pessahim, page 8) qu'une personne qui est au milieu de l'accomplissement d'une mitsvah n'a pas besoin de se soucier de la faible probabilité de danger. Le mérite de la mitsvah le protégera. Cependant, dans un cas où le danger est probable (שכיח), comme avec un scorpion, on doit s'échapper même au milieu de l'accomplissement d'une mitsvah.
En ce qui concerne le danger des roquettes, on pourrait argumenter que la plupart des roquettes ne touchent pas réellement les zones peuplées, car elles sont, Baruch Hashem, interceptées par le Dôme de Fer. Cependant, puisque chaque roquette représente un danger lorsqu'elle est lancée au-dessus des zones civiles et est capable de causer des dégâts si elle n'est pas interceptée, le'halacha elle est considérée comme similaire au danger d'un scorpion. Par conséquent, on doit quitter au milieu de la prière pour aller dans une pièce protégée, une cage d'escalier ou un abri.
Il est important de savoir qu'après avoir couru vers l'abri, et cela peut avoir pris, disons, trois minutes, doit-il continuer là où il s'est arrêté ou recommencer ? Le Shulchan Aruch (Siman 65,1. Mishnah Brurah, Se’if 6) écrit que cela dépend de savoir s'il lui aurait fallu plus de trois minutes pour finir la Shemoneh Esrei à partir de là où il était. Si c'est le cas, cela est considéré comme une interruption (hefsek), et il doit recommencer. Cependant, s'il lui aurait fallu cinq minutes pour finir la Shemoneh Esrei, alors l'interruption était moindre, et il peut continuer là où il s'est arrêté.
Puissions-nous mériter que la prochaine sirène que nous entendrons soit le shofar du Mashiach !
Source
Traité Brachot, Chapitre 5, Mishnah 1
Rabbeinu Yona ibid
Lévitique 18, 5
Talmud Sanhedrin 74a
Rema, Siman 104,3
Rashi, page 33a
Kovets Shiurim, Traité Pessahim 8a
Shulchan Aruch, Siman 65,1. Mishnah Brurah, Se’if 6