Birkat HaTorah lors de l'écoute d'un cours de Torah en ligne
Question
Bonjour,
Chaque matin, lorsque je me réveille et bois mon café du matin, j'écoute un cours de Daf Hayomi. Je trouve que c'est une très bonne façon de commencer ma journée. Cependant, ma question est la suivante : dois-je dire la birkat haTorah avant d'écouter le cours, ou puis-je la réciter plus tard lorsque je dis toutes les birkat hashachar ?
Réponse
Merci pour votre question.
La réponse :
Cela dépend si vous écoutez un cours en direct ou un cours enregistré;
S'il s'agit d'un cours préenregistré, alors selon le Mechaber, il n'est pas nécessaire de réciter la birkat haTorah. Cependant, le Gaon de Vilna soutient qu'il faut réciter la birkat haTorah et dire Yevorechecho avant d'écouter le cours.
Cependant, s'il s'agit d'un cours en direct, selon tous les avis, il faut réciter la birkat haTorah et dire Yevorechecho avant de rejoindre le cours.
La réponse expliquée en profondeur :
C'est une halakha très complexe, et HaGaon HaRav Amrom Fried, shlita, a écrit un numéro entier d'Azamroh Lishmech couvrant ce sujet (numéro 308). Je voudrais partager et expliquer le contexte impliqué dans cette halakha.
Cours préenregistré :
Le Mechaber, siman 47 seif 4, écrit que celui qui ne fait que penser aux divrei Torah et ne les verbalise pas réellement n'a pas besoin de réciter la birkat haTorah. Cela est basé sur le Tosafot dans Berakhot 20b que hirhur lo ke dibbur dami, ce qui signifie que penser n'est pas la même chose que parler.
Le Gaon, dans son commentaire sur le Shulchan Aruch, soutient que, surtout en ce qui concerne les divrei Torah, nous devrions dire que penser a la même halakha que parler, puisque, comme il est écrit והגית בו יומם ולילה, on devrait méditer et penser à la Torah jour et nuit. Ainsi, nous voyons que penser aux divrei Torah est la véritable mitzvah d'apprendre la Torah, donc il faudrait réciter la Birkat HaTorah avant même de penser et de méditer sur les pensées de la Torah.
Il semblerait donc que la base de l'argument, si l'on doit réciter la birkat haTorah avant même de penser aux divrei Torah, serait de savoir si l'on est mekayem la mitzvah de limud haTorah en pensant à la Torah. Le Shulchan Aruch tiendrait que l'on n'est pas mekayem la mitsvah, et le Gaon tiendrait que l'on est mekayem la mitzvah de Talmud Torah par la pensée.
Nous trouvons que le Ritva sur Berakhot, cité dans le Shittah Mekubetzet (Berakhot 15a), écrit que l'on peut être mekayem la mitzvah de Talmud Torah même par la seule pensée. Cependant, le Penei Yehoshua (ibid) écrit que simplement en pensant, on n'est pas mekayem la mitzvah de Talmud Torah.
Hagaon Harav Amrom Fried, shlita, écrit (Azamroh Lishmech, numéro #308) que nous pourrions dire qu'il ne s'agit pas d'un machlokes entre le Mechaber et le Gaon. Même le Mechaber soutient que l'on est mekayem la mitzvah de Talmud Torah par la pensée. Cependant, il soutient que néanmoins, on ne récite pas la Birkat HaTorah avant de penser aux divrei Torah, il pourrait y avoir plusieurs raisons à cela.
1. La source selon laquelle il faut réciter la bracha avant d'apprendre est apprise du verset כי שם ה' אקרא הבו גודל לאלקינו. Quand on veut lire la Torah, on doit d'abord louer Hachem en le bénissant. Ainsi, nous voyons que la bracha a été initiée spécifiquement lors de la lecture de la Torah à haute voix, et donc, même si penser peut être une mitzvah, la bracha a été établie uniquement lorsque l'on lit réellement à haute voix les divrei Torah. Ce raisonnement se trouve dans le Shagat Aryeh, siman 24, et le Chayei Adam Nishmat Adam klal 9.
נשמת אדם חלק א כלל ט
הרמב"ן במנין המצות מצוה ט"ו כתב דברכת התורה לפניה היא מ"ע מדאורייתא, מהא דברכות כ"א (ב') [ע"א], דאמר ר' יהודה מנין לברכת התורה לפניה מן התורה, שנאמר "כי שם כו' הבו גודל"
2. Le Pri Megadim, Mishbetzot Zahav (ibid), écrit que puisque c'est une mitzvah que l'on fait par la pensée et non par la parole, on ne récite pas de bracha avant de faire une telle mitzvah. Par exemple, nous trouvons que par le bitul chametz avant Pessa'h, quand on annule le chametz balev, même si on fait la mitzvah de tashbisu, néanmoins, puisque cela se fait uniquement par la pensée, on ne récite pas de bracha. Il en va de même lorsque l'on ne fait que penser aux divrei Torah, on ne dit pas de bracha au préalable.
Cours en direct :
Selon tous les avis, il faut dire une bracha avant d'écouter, car ici il y a la question de shomea ke-oneh, ce qui signifie qu'en écoutant la personne parler, c'est comme si vous parliez réellement. Et même si c'est un grand sujet, si l'on considère shomea ke-oneh par téléphone ou cours en direct en ligne, néanmoins, on devrait dire la bracha avant le cours et dire Yevorechecho afin d'être yotzeh tous les avis.
Je vous souhaite beaucoup de succès dans votre limud haTorah, et que vous alliez 'mechayil el choyil'.
Source
- Shulchan Aruch, Orach Chaim 47:4
- Tosafot Berakhot 20b
- Gaon de Vilna (Biur hagra) sur Shulchan Aruch, O.C. 47
- Ritva Berakhot 15a, cité dans Shittah Mekubetzes
- Penei Yehoshua Berakhot 15a
- Azamroh Lishmecho, numéro #308 – HaGaon Rav Amrom Fried, shlita
- Shagat Aryeh, siman 24
- Nishmat Adam Vol 1, klal 9
- Pri Megadim, Mishbetzot Zahav (O.C. 47)