Birkat Hagomel : Pourquoi après un vol mais pas en voiture ?
Question
Bonjour,
Pourquoi dois-je dire Birkat Hagomel lorsque je prends l'avion, mais pas lorsque je conduis une voiture selon la coutume ashkénaze ? Les statistiques ne montrent-elles pas qu'il y a plus d'accidents de voiture que d'accidents d'avion ? Ne devrait-il donc pas y avoir une obligation de réciter Hagomel après un voyage en voiture ?
Réponse
Merci pour votre question.
Tout d'abord, pour le bénéfice de nos lecteurs, je voudrais expliquer la différence entre la coutume ashkénaze et la coutume séfarade concernant la récitation de Birkat Hagomel après un voyage en voiture. Il s'agit en fait d'une dispute entre les Ashkénazes et les Séfarades qui est rapportée dans le Tour et tranchée dans le Shulchan Aruch comme suit (notez : ce n'est pas le machlokes typique entre les coutumes séfarades et ashkénazes basé sur le Mechaber et le Rema, mais plutôt une dispute rapportée par le Mechaber lui-même) :
שולחן ערוך אורח חיים הלכות ברכת הפירות סימן רי"ט סעיף ז
באַשכנז וצרפת אין מברכין כשהולכין מעיר לעיר, שלא חייבו אלא בהולכי מדברות דשכיחי ביה חיות רעות ולסטים; ובספרד נוהגים לברך, מפני שכל הדרכים בחזקת סכנה; ומיהו בפחות מפרסה אינו מברך, ואם הוא מקום מוחזק בסכנה ביותר, אפילו בפחות מפרסה.
Le Shulchan Aruch (Siman 119, Se’if 7) écrit que selon la coutume ashkénaze, qui est basée sur le Rosh (Berachot, Perek Haroeh, Siman 3), on ne récite Hagomel que lorsqu'on voyage à travers des zones réellement dangereuses, comme les déserts où les animaux sauvages et les voleurs étaient courants. Mais pour les voyages routiers réguliers, où ces dangers ne sont pas courants, on est exempté de réciter Hagomel.
La coutume séfarade, basée sur l'avis du Ramban rapporté dans le Tour, est plus stricte. Selon cet avis, on devrait réciter Hagomel même lorsqu'on voyage dans des conditions moins dangereuses, car la route implique toujours un certain niveau de danger. Par conséquent, même de nos jours, bien que nous ne rencontrions pas de chayot raot (bêtes sauvages), il existe d'autres dangers comme les accidents de voiture (Hashem yerachem), et c'est une raison suffisante pour dire Hagomel.
Mais la coutume ashkénaze soutient que la simple présence de danger n'est pas suffisante — il doit s'agir d'un danger commun. Et puisque les accidents de voiture, bien que possibles, ne sont pas considérés comme un événement commun, on ne récite pas Hagomel.
Maintenant, pour revenir à votre question :
Pourquoi, selon la coutume ashkénaze, récite-t-on Hagomel après un vol, mais pas après un voyage en voiture, même si les accidents de voiture sont statistiquement plus fréquents ?
Cette question a été discutée par de grands Poskim, et je voudrais partager deux explications qu'ils offrent :
1. Rav Moshe Feinstein – Igros Moshe, Orach Chaim, Vol. 2, Siman 59 :
Il explique que voyager en bateau est intrinsèquement dangereux, car la vie d'une personne dépend du fait que le bateau reste à flot. S'il tombe en panne, la personne est en danger immédiat.
Il en va de même pour un avion : étant haut dans les airs, la survie dépend entièrement de l'avion. Si l'avion cesse de fonctionner, chas v’shalom, le risque est immédiat et grand. C'est pourquoi, lorsqu'on atterrit en toute sécurité, on doit réciter Hagomel.
En revanche, lorsqu'on voyage en voiture, on n'est pas dans une situation intrinsèquement dangereuse où sa vie dépend du bon fonctionnement du véhicule à chaque seconde. La situation elle-même est sûre — seul un événement possible (comme un accident) pourrait créer un danger. Et comme de tels événements ne sont pas courants, selon l'avis ashkénaze, on ne récite pas Hagomel.
2. Tzitz Eliezer – Vol. 1, Siman 14 :
Ajoute un autre point :
Bien que les accidents de voiture soient statistiquement plus fréquents que les accidents d'avion, lorsque quelqu'un est dans un accident de voiture, les services d'urgence peuvent généralement répondre rapidement, et les chances de survie sont beaucoup plus élevées.
Mais lorsqu'on est dans un avion et que quelque chose ne va pas, chas v’shalom, les chances de survie sont très faibles. C'est pourquoi, même si c'est moins fréquent, voler est considéré comme intrinsèquement plus dangereux, et donc, on récite Hagomel après un vol en toute sécurité.
Il est important de noter que, selon la coutume séfarade, on récite Hagomel uniquement pour un vol qui a duré au moins 72 minutes (cependant, le trajet vers l'aéroport peut être ajouté aux 72 minutes). S'il était plus court, on devrait essayer de s'acquitter de son obligation en écoutant la bénédiction de quelqu'un d'autre. Selon la coutume ashkénaze, le vol doit couvrir une distance minimale de 4 kilomètres.
Je vous souhaite le meilleur !
Source
1. Shulchan Aruch, Orach Chaim 219:7
2. Tour, Orach Chaim 219
3. Rosh, Berachot, Perek Haro’eh, Siman 3
4. Ramban, cité dans le Tour
5. Igros Moshe, Orach Chaim Vol. 2, Siman 59 – Rav Moshe Feinstein
6. Tzitz Eliezer, Vol. 1, Siman 14